‹ Diagnostic et traitement des affections oculaires [electronic resource]Chapitre 10 sur 134 · OPIITIIALMIË DES NOUVEAU-NÉS · texte numérisé non relu

OPIITIIALMIË DES NOUVEAU-NÉS

Cette maladie débute généralement le troisième jour après la naissance et atteint le plus ordinairement les deux yeux.

Cette date régulière du début, qui arrive presque tou jours à jour fixe, peut déjà faire pressentir qu'il s'agit ici d'une affection contagieuse, et de fait, c'est à l'inoculation des yeux de l'enfant pendant l'accouchement, par du pus blennorrhagique ouleucorrhéique, que la maladie est attribuée. Symptômes. La maladie débute chez l'enfant par un larmoiement insolite, et par l'apparition d'un peu de chassie dans les yeux et d'un liséré rouge sur le bord des paupières. Ces symptômes, légers en apparence, sont le prélude des graves accidents qui vont se dérouler. En effet dès le troisième ou le quatrième jour, la sécrétion conjonctivale prend un aspect jaune citrin et devient rapidement purulente. En même temps les paupières se gonflent et la maladie prend toutes les allures de l'ophthalmie purulente que nous venons de décrire. — 11 nous semble inutile de les exposer de nouveau et nous nous bornerons à faire ressortir les différences suivantes :

i° La conjonctive engorgée chez les enfants nouveau-nés saigne avec la plus grande facilité. Il suffit de retourner les paupières pour provoquer une légère hémorrhagie, laquelle n'a du reste aucune espèce de gravité.

2° Le gonflement de la muqueuse est surtout prononcé sur les culs-de-sac. Celui de la paupière inférieure tend à faire hernie dans la fente palpébrale, et entraîne avec lui le cartilage tarse, de sorte qu'un ectropion peut ici facilement se produire.

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Sur le bulbe, le gonflement de la muqueuse donne rarement lieu à un chémosis aussi développé que chez l'adulle.

3° La sécrétion purulente est remarquable par son abondance. Le pus s'écoule pour ainsi dire constamment sur la joue du petit malade. 11 s'accumule dans les culs-de-sac, comme dans une sorte de réservoir, de sorte qu'à chaque mouvement qu'on imprime aux paupières, il en sort une nouvelle quantité, que certains auteurs rapportent à tort à une sécrétion pour ainsi dire instantanée.

4" Les complications du côté de la cornée sont un peu plus tardives que dans l'ophthalmie purulente ordinaire. Elles n'arrivent guère que sept ou huit jours après le début de la maladie alors que dans l'ophthalmie des adultes elles peuvent déjà apparaître dans les premières quarante-huit heures. Cette résistance beaucoup plus grande delà cornée s'explique par une différence dans la densité et dans la structure des tissus. Chez les enfants, le tissu conjonctival et épiscléral où passent les nerfs de la cornée est mou, distensible, moins apte, lorsqu'il est engorgé, à comprimer et à étrangler les nerfs cornéens que chez l'adulte, oij il est plus dur et plus serré.

5° La maladie présente dans son évolution des alternatives fréquentes d'amélioration et d'aggravation. Cette remarque doit être portée à la connaissance des parents del'enfant, afin qu'ils ne s'effrayent pas des rechutes qui peuvent survenir.

Une question très importante de diagnostic se présente ici, mais elle est bien difficile sinon impossible à résoudre.

On voit quelquefois les nouveau-nés être atteints d'une légère conjonctivite, avec une sécrétion catarrhale peu abondante et un gonflement des paupières à peine marqué. Est-ce une conjonctivite catarrhale simple ou une conjonctivite

purulente qui commence, avec des apparences bénignes et trompeuses? Il est téméraire d'être affirmatif et on ne peut même baser un jugement certain sur la durée assez grande de cette période pour ainsi dire latente, car on peut voir la purulence de la conjonctive s'établir tout à coup et s'accompagner des symptômes les plus graves. Aussi avons-nous pris pour règle de conduite de considérer tous ces cas comme des ophthalmies purulentes et de les traiter en conséquence.

Une autre confusion qu'il faut savoir éviter est la suivante. On présente quelquefois à l'examen du médecin des nouveau-nés ayant les cornées détruites par des kératites graves, par la kératite neuro-paralytique par exemple. Si on ne se renseigne pas sur les antécédents, on est tenté d'attribuer à une ophthalmie purulente qui n'a jamais existé, ces affections qui sout habituellement sous la dépendance d'une syphilis héréditaire.

Toute ophthalmie des nouveau-nés guérit si elle est soignée à temps, avant l'arrivée des complications du côté de la cornée. Voilà ce que nous avons hâte de dire d'une affection qui faisait autrefois tant de victimes.

Le meilleur mode de traitement consiste, selon nous, dans les cautérisations pratiquées, non avec le crayon de . nitrate d'argent qui est ici beaucoup trop actif, mais avec la solution suivante :

On renverse les paupières du petit malade et après avoir essuyé avec un hngefin le pus qui les recouvre, on promène sur la surface de la muqueuse, un pinceau trempé dans la solution précédente, puis on neutralise l'excès du causti-

Nilrate d'argent cristallisé Eau distillée

10 gr.

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que, avec un second pinceau trempé dans de l'eau salée.

Mais un point que nous considérons comme très important et qui est pour nous la condition du succès, c'est la nécessité absolue de renouveler les cautérisations deux fois dans les vingt-quatre heures, et de les continuer jusqu'à la cessation complète de la maladie, de peur de voir celle-ci se reproduire et reparaître avec une nouvelle énergie. C'est ainsi que le traitement dure environ de quatre à six semaines.

Les lotions de la conjonctive avec de l'eau phéniquée (1 : 200) constituent aussi un bon moyen adjuvant. Mais nous proscrivons les injections faites entre les paupières, car elles sont irritantes pour Tœil et dangereuses pour les personnes qui les pratiquent.

Les complications qui peuvent se montrer du côté de la cornée, sont traitées comme celles de la conjonctivite purulente ordinaire. Une remarque qui a son importance, c'est que les taches de la cornée qui en résultent, peuvent, chez les enfants, se dissiper à la longue et disparaître spontanément, à la condition toutefois qu'elles n'aient pas contracté d'adhérences avec l'iiis. Il est donc inutile de diriger contre elles un traitement trop actif, et de porter d'avance un pronostic trop sombre.

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