CORPS ÉTRANGEHS DE L'HUMEUR VITRÉE
Lorsque le corps étranger est caché derrière l'iris et reste inaperçu, ou lorsque la perte de transparence des milieux ne permet pas d'éclairer le fond de l'œil, on établit le diagnostic en prenant en considération la nature et le peu de volume du corps vulnérant, en recherchant sur la cornée, sur l'iris et sur le cristallin les traces de son passage, en constatant dans le fond de l'œil des désordres graves qui deviennent des signes presque irrécusables de sa présence, d'après les circonstances où ils se sont manifestés (apoplexie du corps vitré, décollement de la rétine, irido-choroïdite). Une lacune plus ou moins étendue du champ visuel et une douleur à la pression, dans un point circonscrit de la sclérotique, sont également des signes d'une certaine valeur, pour révélernon seulement l'existence d'un corps étranger' mais le siège probable qu'il occupe. ^
Les aimants peuvent aussi devenir de précieux agents de diagnostic, lorsqu'il s'agit de reconnaître la prés'ence d'une parcelle de fer ou d'acier dans le fond de l'œil. L'approche d'un fort électro-aimant au voisinage du globe détermine quelquefois une douleur vive et subite, qui est due au déplacement de la particule métallique et' devient ainsi caractéristique de la présence du corps étranger.
Le pronostic des corps étrangers de l'humeur vitrée est toujours fort grave. Il est vrai que ces corps peuvent s'enkyster, surtout quand ils ont une surface lisse et pohe (grains de plomb), et rester ainsi silencieux et inofTensifs pendant de nombreuses années; mais, même sous cette forme ils ne mettent pas l'œil à l'abri de tout danger, car on les voit quelquefois se déplacer et produire des accidenis redoutables. Du reste, cet enkystement est exceptionnel et le plus souvent le corps étranger détermine, soit un phlegmon du globe, soit une irido-cydite chronique qui aboutit au dé-
collement de la rétine et à la phthisie de l'œil, soit quelquefois un abcès localisé qui s'ouvre par la sclérotique et lui permet de s'échapper. Ce n'est pas tout encore, car il est pour l'autre œil une menace constante d'oplithalmie sympathique.
Dans le cas de corps étranger de l'humeur vitrée, la conduite à tenir est souvent assez embarrassante. Faut-il temporiser, dans l'espérance de le voir s'enkyster, et doit-on simplement chercher à modérer les phénomènes inflammatoires et en surveiller la marche, de façon à être prêt à pratiquer l'énucléation, dès qu'ils deviennent violents? Doit-on, au contraire, intervenir de suite et débarrasser l'œil de l'hôte malfaisant qu'il recèle, au prix de manœuvres opératoires délicates et qui ne sont pas sans danger? C'est à ce dernier parti que nous nous rangeons avec de Graefe et un grand nombre d'auteurs, toutes les fois que sa position dans le corps vitré fait espérer qu'on pourra le saisir.
Le procédé d'extraction diftère alors selon le siège occupé par le corps étranger. Quand il se trouve au voisinage du crislallin, c'est par la cornée qu'on va à sa recherche, en pratiquant préalablement une iridectomie et l'extraction de la lentille; quand il est très profondément situé, c'est du côté de la sclérotique qu'il faut l'attaquer, on incisant cette membrane dans une étendue de 6 à 8 millimètres, perpendiculairement au bord de la cornée et au delà de la région cihaire. Il est alors possible que l'issue brusque d'une petite quantité d'humeur vitrée l'entraîne au dehors : sinon, on cherche à l'extraire au moyen de pinces ou de l'aimant. C'est là une manœuvre opératoire dont il ne faut pas toutefois se dissimuler le danger : l'atrophie de l'œil en est le plus souvent la conséquence. Mais on peut quel-