ABCÈS DE LA CORNÉE. — TRAITEMENT
en effet, on voit l'œil devenir rouge et présenter des douleurs péri-orbitaires très intenses, il faut avoir directement recours à la mélhode antiphlogistique. Pour cela on se sert beaucoup en Allemagne de la ventouse Heurteloup, qui a l'avantage de tirer rapidement une assez grande quantité de sang; en France on a plus volontiers recours aux sangsues, que l'on applique sur la tempe au nombre de cinq à dix, selon l'âge et la force du malade.
Ces sortes de crises, qui sont assez dans les allures de la maladie, sont quelquefois très remarquables par les douleurs violentes qui siègent dans les branches de la cinquième paire, se manifestent sous forme d'accès névralgiques surtout pendant la nuit, et empêchent les malades de dormir. Sans doute les sangsues sont un des meilleurs moyens à leur opposer, car elles combattent directement les phénomènes cougestifs de l'œil qui en sont le point de départ ; mais on trouve aussi dans certains médicaments des adjuvants utiles et précieux pour calmer la douleur et amener un apaisement favorable à la guérison.
Parmi ces médicaments, un des plus puissants est le sulfate de quinine, qu'on administre dans des cachets médicamenteux, à la dose de 25 à 50 centigrammes par jour, deux heures environ avant l'arrivée présumée de la crise. Ainsi que Gublerl'a démontré, ce médicament a une action spéciale, non seulement contre les névralgies intermittentes, mais contre toutes les névralgies congestives qui, plus ou moins périodiques, reviennent habituellement le soir et s'accroissent par le sommeil et la chaleur du lit.
Les préparations belladonées et opiacées peuvent également être utiles, sous forme de solutions, de pommades, ou d'injections sous-cutanées.
Sous foi-mé de solution, nous employons souvent une préparation narcotique ainsi formulée :
Extrait de belladone 3 gr.
Eau distillée 300 gr.
On chauITe ce mélange et on y trempe des compresses que l'on applique sur l'œil malade, en remplacement des compresses simplement émollientes qui conviennent au début de la maladie.
Sous forme de pommades, nous faisons usage des préparations suivantes :
Chlorhydrate de morphine. Oe%10 Extrait de belladone. . . 2 à 3 gr. Vaseline 10 gr. Onguent napolitain 10 gr.
Le malade se frictionne les parties les plus douloureuses du front et de la tempe avec une petite quantité de l'une ou l'autre de ces pommades et renouvelle ces frictions plusieurs fois par jour.
Enfin, dans les cas où les douleurs sont encore plus accentuées, on peut avoir recours aux injections sous-cutanées de morphine, pratiquées au voisinage de l'œil, à la dose suivante :
Chlorhydrate de morphine
Eau de laurier-cerise 10 gr.
(Injecter 10 gouttes de cette solution, ce qui représente 1 centigramme de morphine.)
Ces injections se font généralement à la tempe et sont un moyen calmant très puissant, mais souvent de trop courte durée.
Lorsque tous ces traitements échouent et que l'abcès continue à s'étendre, il faut recourir au traitement chirur-
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gical, et, on trouve alors dans la kératotomie une ressource d'une grande valeur.
Cette opération consiste à débrider l'abcès ou l'nlcèrô et à le fendre de part en part avec un étroit couteau de Graefe, en ayant soin d'opérer lentement, afin que l'évacuation de l'humeur aqueuse ne soit pas trop rapide, et que l'iris ne vienne pas se jeter en quelque sorte dans la plaie. Dans le cas oti il y a hypopion, le pus est entraîné au dehors en même temps que l'humeur aqueuse, ou s'il est aggloméré et interposé entre les lèvres de la section, on peut facilement le retirer à l'aide d'une pince.
L'opération une fois faite, on instille quelques gouttes du collyre à l'ésérine et on applique sur l'œil un bandage compressif pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, jusqu'à ce que la coaptation des lèvres de la plaie soit bien établie.
Telle est la kératotomie conseillée d'abord par Saemisli dans les ulcères rongeants, mais qui trouve aussi son application dans bon nombre d'abcès de la cornée.
A quel moment est-elle indiquée? Il est difficile de le préciser d'une façon absolue; mais on peut dire que la persistance ou l'aggravation des douleurs, le développement toujours de plus en plus considérable de l'abcès ou de l'ulcère, l'augmentation continuelle de l'hypopion, la menace d'une perforation prochaine, sont autant d'indices qui sollicitent le chirurgien à agir le plus rapidement possible.
Cette opération est, selon nous, bien supérieure à la sclérotomie que quelques auteurs conseillent. Sans doute celleci a l'avantage de diminuer la tension intra-ocnlaire, en ne permettant pas aussi facilement que la kératotomie les enclavements de l'iris, mais on peut lui reprocher de ne pas s'attaquer directement à la cause du mal, c'est-à-dire à
l'étranglemenl du pus et des parties mortifiées dans le tissu cornéen, étranglement contre lequel aucune opération n'est plus rationnelle qu'un large débridement.
La cautérisation ignée, proposée par xMartinache de San- Francisco et par Gayet de Lyon, est venue augmenter le nombre des moyens dont le médecin peut disposer dans les abcès ouïes ulcères profonds de la cornée. Ouvrir au pus une large voie ou détruire en partie sui- place les parties à éliminer, tel était le but poursuivi dans ces essais et que des succès ont pleinement justifié.
On peut pour celte petite opération se servir d'une simple aiguille à tricoter chauffée jusqu'au rouge cerise à la flamme d'une lampe à alcool ou d'un thermo-cautère et pratiquer unod deux attouchements légers sur la surface de l'abcès. 11 est curieux de voir combien peu vive est la réaction de l'œil, qu'on pourrait croire devoir être considérable. C'est à l'avenir qu'il appartient de juger jusqu'à quel point cette opération prendra dans la pratique un rang important.
Tel est le traitement général des abcès et des ulcères de la cornée ; mais pour qu'il soit complet, nous devons nous arrêter encore sur certains accidents qui surviennent dans le cours de leur évolution et qui nécessitent une intervention spéciale.
rforaiion |o Qu'ou volt surveuir une perforation de la cor-
avec ^
hernie ^^q^, ^eruie de l'iris^ il est nécessaire de chercher à
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dégager la portion herniée, au moyen d'instillations répétées du collyre d'ésérine (5 centigrammes d'ésérine pour 10 grammes d'eau distillée) et du bandeau compressif. Si la perforation est récente, on peut espérer y parvenir, mais si elle résiste ou si elle augmente au lieu de disparaître, on doit alors recourir au traitement chirurgical.
On conseillait autrefois de toucher la partie herniée avec