OPHTHALMIE SYMPATHIQUE
On désigne sous le nom d' ophthalmie sympathique les diverses altérations inflammatoires ou même les simples troubles fonctionnels que peuvent déterminer dans un œil certaines lésions traumatiques ou spontanées de son congénère.
Ainsi envisagée, Tophthalmie sympathique comprend deux grands groupes d'accidents: ries altérations sympathiques avec lésions appréciables des différentes membranes de l'œil; 2° les troubles fonctionnels sympathiques ou névroses sympathiques sans lésions apparentes.
Chacun de ces groupes se subdivise à son tour en plusieurs variétés. Ainsi les altérations sympathiques présentent à étudier : T une forme commune, qui est l'iridocycHte sympathique; 2° des formes rares, telles que : i° la conjonctivite sympathique; 2° la kératite sympathique; 3° la rétinite et la névro-rétinite sympathique ; 4° ï atrophie sympathique de la papille ; 5° le décollement sympathique de la rétine ; 6° le glaucome sympathique.
A leur tour les troubles fonctionnels ou névroses sympathiques sont très nombreux et peuvent être rangés en plusieurs classes, ainsi que nous le verrous tout à l'heure.
DES IRIDO-CIIOROIDITES.
r FORME COMMUNE.
iiido- L'irido-choroïdite sympathique, qu'on peut avec plus de ' "o"" ' raison appeler irido-cyclite, car le cercle ciliaire est tou-
irido-cyclite . i p i i 1
sympathi- jours gravcment atteint, est la forme la plus commune de
que.
séreuse.
la maladie qui nous occupe. C'est cette forme signalée par Demours et à laquelle Mackeusie a donné le premier le nom d'ophtlialmie sympathique, qui pendant longtemps a été regardée comme la seule manifestation possible des accidents sympathiques.
Cette irido-cycUte présente deux variétés: T l'iridocyclite séreuse; 2° l'irido-cyclite plastique, division qui est surtout justifiée par la gravité fort différente de ces deux genres d'altérations.
C'est par l'irido-cyclite séreuse que débute le plus souirido-cyciiie vcut l'ophthalmic sympathique: aussi se caractérise-t-elle d'abord par une marche indolente et insidieuse.
Au début, on voit se déposer sur la membrane de Descemet un fin pointillé qui n'est souvent visible qu'à la loupe et à l'éclairage latéral ; la chambre antérieure s'agrandit et se trouble légèrement; l'iris se décolore ; la pupille devient paresseuse et présente quelques rares synéchies postérieures, de sorte que la maladie ressemble d'abord complètement à une simple iritis séreuse.
Mais le diagnostic ne peut rester longtemps incertain, car il suffit d'éclairer l'œil à l'ophthalmoscope pour constater un trouble plus ou moins prononcé du corps vitré, qui fait
immédiatement reconnaître la participation de la choroïde à l'inflammation.
Ce trouble, dû à des flocons extrêmement fins, rend la pupille nuageuse, comme si on la voyait à travers un verre dépoli et donne au fond de l'œil un aspect qui rappelle beaucoup celui de la choroïdite spécifique. En même temps la tension intra-oculaire diminue, et ce qui est non moins caractéristique, c'est que tous ces symptômes se développent et persistent sans réaction inflammatoire bien vive et avec une injection périkératique peu prononcée.
Quant aux troubles fonctionnels, ils consistent en photopliobie, en larmoiement et en un trouble souvent considérable de la vision. Un des plus significatifs est ta douleur que fait naître une pression même légère de la région cihaire. De Grapfe a appelé l'attention sur ce point douloureux et a fait voir combien son importance est grande pour le diagnostic.
Ce sont là les principaux signes de l'irido-cyclite séreuse, mais celte affection change souvent de caractères pour prendre une marche plus aiguë, se comphquér d'accidents inflammatoires intenses et se transformer en une forme maligne, qu'on désigne sous le nom d'irido-choroïdite plastique.
L'irido-choroïdite plastique naît quelquefois d'emblée
j. X choroïdite
OU succède le plus souvent à la forme précédente. Ses p'astique. allures sont violentes, et dès son début une injection périkératique très vive se manifeste ; l'iris change de couleur, devient bientôt rougeâtre, rigide, présente des vaisseaux sur sa surface, se recouvre de dépôts plastiques qui oblitèrent rapidement la pupille, et enfin s'accole sur toute l'étendue de la crislalloïde antérieure, de façon à donner
Galezowski et Daguenet. 21
322 DES miUO-CHOHOIDlTES.
lieu à une synéchie postérieure totale. Dans ces conditions la membrane irienne paraît plus iendue; puis, par suite de son gonflement et des produits exsudalifs sous-jacents, par suite aussi de la disparition de l'humeur aqueuse dont la sécrétion se tarit, elle se porte en avant et fait disparaître presque complètement la chambre antérieure.
A ces symptômes qui sont très caractéristiques, il faut ajouter l'engorgement et les stases veineuses des vaisseaux ciliaires qui forment des anses vasculaires très nombreuses et très serrées autour de la cornée.
Dans les cas où on peut encore éclairer le fond de l'œil, on trouve le corps vitré nuageux comme dans la forme précédente et quelquefois rempli de flocons noirâtres et très fins. Un certain degré de névrite optique et de névrorétinite a parfois aussi été signalé.
Les troubles fonctionnels sont de même nature que ceux de l'irido-cyclite séreuse, mais beaucoup plus prononcés. La nutrition du globe souffre également davantage, sous l'influence de l'infiltration plastique qui envahit l'iris et le corps ciUaire; c'est pourquoi on voit le cristallin s'opacifier, la tension intra-oculaire diminuer et l'œil finir par s'atrophier. La maladie parcourt toutes ses périodes d'une façon plus ou moins rapide ; mais le plus souvent l'œil met plusieurs semaines et même plusieurs mois à se désorganiser.
Telle est la physionomie générale de l'irido-cychte sympathique. Il y aurait un intérêt considérable à être prévenu de l'arrivée de cette redoutable affection par quelques symptômes précurseurs, mais s'il est vrai qu'elle est souvent précédée de larmoiement, de photophobie, de réduction de l'accommodation et d'un afl:aibfissement visuel plus ou moins prononcé, il n'en est pas moins certain
qu'elle éclate souvent d'emblée et que lorsque ces troubles fonctionnels existent, ils n'annoncent pas toujours sûrement l'explosion de la maladie. Toutefois, dès qu'on les voit apparaître, il est bon de se mettre sur ses gardes et de tenir l'œil suspect sous une surveillance attentive.
Si on soumet en effet cet œil à un examen méthodique, si on explore journellement la région ciliaire par la palpation avec le doigt ou avec un stylet boutonné, on tînit souvent par trouver un signe qui a une grande valeur diagnostique ; c'est le point douloureux de de Graefe. Dès que ce point douloureux, quelque circonscrit qu'il soit, est reconnu, il acquiert une haute signification, et, s'il coïncide avec une douleur de l'œil sympathisant en un point symétrique, il annonce d'une façon non douteuse l'arrivée prochaine de la maladie.