RÉTINITE SYPHILITIQUE
Nous en dirons autant des taches exsudatives : tantôt elles font complètement défaut; tantôt elles se montrent en même temps que les hémorrhagies ; tantôt enfin elles sont la seule lésion existante. Cependant ces taches exsudatives existent plus souvent sur la macula que sur toute autre région. Elles ne sont ni groupées en éventail, ni brillantes comme celles de la rétinite néphrétique, mais constituent de petites opacités grisâtres, ponctuées et très irrégulièrement disséminées.
Dans une forme delà maladie qui est extrêmement rare, et que de Grsefe a décrite sous le nom de rétinite centrale à récidive, ces petites taches n'ont qu'une existence éphémère de quelques jours, et disparaissent pour se reproduire bientôt, en s'accompagnant d'un trouble visuel très prononcé.
3° Altérations de voisinage. — La choroïde participe souvent à l'affection et en témoigne par des taches exsudatives ou atrophiques et par un trouble caractéristique du corps vitré. Ce n'est plus alors à une forme pure de rétinite que nous avons affaire, mais à une véritable rétino-choroïdite, ce qui aggrave le pronostic et rend le traitement beaucoup plus long.
^"Altérations ultimes. — Lorsque l'affection n'a pas été soignée ou appartient à une forme de syphilis grave et rebelle, on voit la maladie amener peu à peu la dégénérescence alrophique de la papille et l'infiltration pigmentaire de la rétine, ainsi que nous l'avons souvent observé avec le professeur Fournier.
Les symptômes fonctionnels sont nombreux, mais n'ont sympiômes
' fonction-
également rien de caractéristique. «'^is.
r Yision centrale. — La vision centrale est souvent plus compromise que ne semble l'indiquer l'image ophthalmoscopique, à l'inverse de ce qui se produit dans d'autres
espèces de rétinilcs. Toutefois son affaiblissement est surtout en rapport avec la présence des altérations dans la macula. Comme celte région est assez souvent atteinte, on a occasion d'observer ici des scotomes centraux, et les symptômes de métamorphosie et de micropie qui sont particuliers aux altérations de la tache jaune.
Notons aussi que la maladie marchant par crises, l'acuité visuelle présente de grandes variations, pendant lesquelles elle est tantôt améliorée, tantôt considérablement afTaiblie.
2° Visio?! périphérique. ■ — La vision périphérique est conservée ou présente parfois quelques lacunes, correspondant aux altérations de la rétine, lorsqu'elles sont très étendues.
3° Photopsies. — Les photopsies sont fréquentes, par suite d^ la compression éprouvée par les fibres nerveuses, et assez prononcées pour que le malade soit souvent tourmenté par des sensations de lueurs, d'étincelles, qui forment au-devant de ses yeux un véritable feu d'artifice.
4° Photophobie. — La photophobie fait rarement défaut et le malade est souvent complètement ébloui en passant d'un milieu sombre à une vive lumière. C'est pour remédier à ce symptôme que l'on doit toujours lui conseiller l'usage des conserves teinte fumée.
5° Dyschromatopsie. — Dans les périodes avancées de l'affection, la dyschromatopsie est fréquente; le malade con- ' fond surtout les couleurs composées et ne reconnaît pas le jaune, le vert et le violet.
6" Affection monoculaire. — La maladie ne frappe généralement qu'un seul œil; ce n'est qu'après une longue durée ou quand elle n'a pas été convenablement traitée, qu'elle devient binoculaire.
Diagnostic. Autant la choroïdite syphilitique est nettement caracté-
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risée par ses allures et sa marche, aulant la rélinite syphilitique est une affection mal dessinée, n'ayant rien de spécial, au moins tant que les lésions restent bornées à la rétine. On éprouverait donc les plus grandes difficultés à établir le diagnostic, si on ne trouvait dans les antécédents du malade, et quelquefois dans une autre affection oculaire, les éléments nécessaires pour faire reconnaître la maladie.
Du côté de l'œil, on sait toute l'importance que nous accordons pour mettre en évidence la syphilis oculaire, aux altérations qui frappent simultanément ou à court intervalle plusieurs membranes à la fois, surtout si ces membranes sont de structure différente. Ainsi, si en même temps qu'une rétinite nous trouvons une choroïdite, ou une iritis, mais surtout une périnévrite ou une paralysie des muscles de l'œil, la nature de l'affection nous est dévoilée. Il n'y a guère que le diabète qui puisse être une cause d'erreur, car il partage avec la syphilis le pouvoir de déterminer dans l'œil des locahsations morbides multiples, mais dans les cas douteux, l'analyse de l'urine tranche facilement toute incertitude.
Les manifestations cutanées syphilitiques font du reste souvent cortège à la rétinite syphilitique car il est de règle que celle-ci se développe à la fin des accidents secondaires ou dans la période intermédiaire entre ces accidents et les accidents tertiaires.
La rétinite syphilitique est plus rapidement curable que la choroïdite syphilitique et un traitement'mercuriel énergique peut en triompher. Les règles de ce traitement ont déjà été exposées à propos de cette dernière affection. Ajoutons que les injections hypodermiques de cyanure de mercure sont, selon nous, un des meilleurs moyens à employer pour favoriser la guérison.