‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 132 sur 355 · COMPRESSION DE LA TRACHÉE · texte numérisé non relu

COMPRESSION DE LA TRACHÉE

trouble respiratoire et cependant le fait s'accuse par un phénomène stéthoscopique remarquable.

L'application de la trachée contre la colonne donne lieu à la transmission des bruits trachéaux à la colonne vertébrale et il en résulte un bruit de soufOo trachéo-bronchique, ayant naturellement le rythme respiratoire et limité à la colonne vertébrale au niveau des premières vertèbres dorsales et surtout de la quatrième.

Je n'ai trouvé noté ce symptôme important dans aucun traité d'auscultation et pourtant je l'ai rencontré plusieurs fois. J'en rapporterai un exemple.

Observation LIV. — Le sieur J... (GLiillnumej, âgé de soixante et dix ans, scieur de pierre, entre à l'infirmerie de l'hospice de nicêtre, salle Saint- André, n" 24, le 6 juin 1872.

Cet homme atteint d'oppression et d'essoufflement, je procè.de àTexariien du cœur, qui donne les résultats suivants :

La pointe bat dans le cinquième espace intercostal à iO^ millimètres de la ligne médiane. Le bord supérieur du foie correspond à l'insertion du cinquième cartilage, le bord vertical se trouve cà 2 centimètres du bord droit du sternum, soit 33 millimètres de la ligne médiane. Il y a donc une hypertrophie du cœur gauche avec dilatation des cavités droites.

La percussion donne une matité étendue dans le premier et le second espace intercostal. L'auscultation de l'aorte donne à ce niveau un bruit svstolique rude, très accusé dans le deuxième espace intercostal droit. Hien à l'artère pulmonaire ni à la mitrale.

Au niveau de l'appendice xiphoïde on trouve un bruit de souffle systolique couché le long du cœur à ce niveau, bruit très intense au niveau de cet appendice et accompagné par moments d'un dédoublement du deuxième bruit. Les veines cervicales dilatées en sinus sont agitées par les palpitations des oreillettes. Ces symptômes sont ceux d'une dilatation de l'aorte ascendante, matité et souffle rude au premier bruit au deuxième espace intercostal droit, avec hypertrophie gauche et dilatation du cœur droit avec insuffisance de latricuspide par dilatation. ^ La dyspnée n'est pas très intense ; cependant^ bien qu'il n'y ait pas de lésions pulmonaires, je trouve en arrière, au niveau de la partie supérieure de la région dorsale de la colonne vertébrale, un bruit de souf/le trachéo-hronchique limité à la colonne vertébrale, disparaissant des deux côtés lorsqu'on ausculte les poumons et ayant d'.iilleurs le rythme respiratoire.

Il présentait en outre une inégalité des deux pouls-.

Fig. 105. Pauls radial droit.

Nous retrouverons du reste ce signe dans les cas d'anévrysmes fiux sac ciformes de l'aorte.

Fig. 106. Pouls radial gaucho.

Dans un autre cas que j'ai rencontré à l'hôpital de la Charité en octobre 1868, alors que je remplaçais le professeur Monneret, j'ai eu occasion de voir un malade dans des conditions analogues. La dilatation portait non sur la partie ascendante, mais sur la portion transversale de la crosse et s'accusait par un double souffle transversal placé sur la fourchette sternale. En arrière, il y avait de même le souffle trachéal sur la colonne vertébrale au niveau des premières dorsales. Mais chez ce malade la compression de la trachée et des nerfs respiratoires était considérable. Le professeur G. Sée, auquel je remis le service quelques jours après,. crut devoir faire faire la trachéotomie pour soulager le malade. Malheureusement il mourut pendant l'opération. J'allai assister à l'autopsie le lendemain et je pus constater que la compression était bien produite par une dilatation delà partie transversale de l'aorte, par conséquent au-dessous de l'endroit où l'on avait pu faire l'ouverture de la trachée.

On comprend que d'autres organes du médiastin postérieur, œsophage, nerfs de toute sorte, puissent être comprimés par la dilatation aortique, mais je n'en ai pas observé d'exemple.

'Marche, durée, terminaison. — Le début de la maladie de Hod g-

ÉTIOLOGIE. 815

son est presv'iue toujours silencieux et il est bien rare d'y assister, à moins que ce ne soit en examinant un malade iï un autre point de vue. Alors môme que la dilatation est visible, tangible, démontrable par les faits les plus caractéristiques, elle ne donne lieu qu'à peu de dyspnée et les gens se comportent comme tous les athéromateux.

Ils peuvent rester assez longtemps dans cette période, allant et venant, faisant leurs affaires, ayant à peine l'aspect cardiaque, puis à un moment donné la cachexie cardiaque survient et marche très rapidement. Cette aggravation est due presque toujours à une albuminurie par néphrite interstitielle. 11 faut donc surveiller les urines et se défier d'une urémie rapide, alors même qu'il y a peu d'hydropisie.

On peut même voir survenir la mort subite, comme dans l'insuffisance aortique primitive (maladie de Gorrigan). J'en ai eu encore cette année un exemple sous les yeux, sur un malade chez lequel j'avais reconnu, quatre ans auparavant, une dilatation de la partie transversale de l'aorte avec dilatation de la sous-clavière droite.

L'étiologie de la maladie donne lieu à des réflexions toutes particulières. Le plus ordinairement l'affection reconnaît la cause la plus ordinaire de l'athérome, c'est-à-dire l'âge, la constitution goutteuse et l'alcoolisme ; il faut y joindre le tabac et la syphilis.

La question d'âge ressort même simplement des observations que j'ai fournies. Le plus jeune dés sujets observés avait soixante ans, le plus âgé quatre-vingt-trois; moyenne, soixante-huit ans.

La seconde condition est l'arthritis dans sa forme goutteuse. J'en ai rapporté plusieurs exemples, entre autres celui du président B... Chez les pauvres et à l'hôpital en particulier, l'athérome a pour facteur principal l'alcoolisme : c'est la troisième cause.

La quatrième est le tabac, qui cause tant d'angines de poitrine. En voici un exemple :

Observation LV. Maladie de Hodgson produite par le tabac. — Le sieur V..., négociant au Havre, -vient me cousulter en d874 pour des vertiges et de l'oppression. Je lui trouve une maladie de Hodgson avec dila, talion de l'aorte ascendante et hypertrophie du cœur sans altération valvu-

laire. Croyant trouver l.i cause de cette affection dans un abus considérable qu'il avait fait et qu'il faisait encore du tabac, je le réduisis à deux cigares par jour.

Trois ans plus tard, le malade vient me consulter de nouveau. Je constate chez lui un pouls large, dur, bondissant avec locomotion artérielle et pouls \isiblfi de Corrigau.

L'examen du cœur montre un cœur hypertrophié sans altération dos orifices.

On entend à peine un prolongement du bruit systolique à la pointe.

L'auscultation de l'aorte donne un bruit de souffle dur, rugueux, dont le maximum se trouve au niveau du deuxième espace intercostal le long du bord droit du sternum. Dans cet espace, le bruit s'entend depuis la ligne médiane jusqu'à 4 centimètres en dehors du bord droit du sternum. Dans le troisième espace le bruit y est également marqué, mais seulement auprès du sternum. Dans le premier espace on ne l'entend plus.

Il y a des vertiges et de l'oppression, de la dyspepsie llatulente, la vue baisse et devient hypermétrope. t>es jambes sont gonflées le soir. Malgré cela, depuis que le malade a réduit de beaucoup sa consommation de tabac, il y a une grande amélioration. Le malade, malgré sa dyspnée de temps en temps, peut faire ses affaires, tandis qu'au début les vertiges étaient tels et les facultés cérébrales si déprimées, qu'il était question pour le malade d'abandonner toute affaire.

La cinquième cause est la syphilis.

En 1877, au congrès du Havre, mon collègue M. Lancereaux (I) vint faire une communication sur les lésions artérielles produites par la syphilis. Selon lui, ces lésions sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit.

Elles ont ceci de particulier, c'est qu'elles siègent de préférence sur les artères de la tête (vertébrales, tronc basilaire, sylviennes). Ce qui caractérise ces lésions, selon M. Lancereaux, c'est qu'elles sont circonscrites. Ainsi les îlots d'artérite produits par la syphilis ne mesurent pas plus de 1 à 2 centimètres et atteignent même rarement cette longueur. Ces lésions débutent dans la tunique interne, dans le tissu non vasculaire.

Il se forme en cet endroit une sorte de pustule semblable aux îlots d'athérome. Lorsque ces petits foyers se vident dans la cavité artérielle, il en résulte des dépressions qui forment des sortes de petits anévrysmes, comme dans l'artérite ordinaire. D'autres fois, il se fait une oblitération de l'artère.

(1) Congi-ès du Havre, séance du 27 aoùl 1877.

Page 1