CHAPITRE XXVI
SUITI'] DES MiVI.ÀDIES DE L'ARTÈRE PULMONAIRE.
DE l'iNSOFFISANCE DES VALVULES DE L'ORIFICE DE l'artère pulmonaire.
L'insuffisance des valvules de l'artère pulmonaire contractée après la naissance est de toutes les lésions valvulaires la plus rare assurément. On compte facilement les observations qui en ont été produites. Elles sont dues à Benedict (1), Frerichs (2), Kolisko (3), von Wahl (4), Klob (5), Rœber (6), Weiss (7), Morison (8), Whitley (9), Decornière (10), Vast (I J), Budin (12), Yimont (thèse citée).
11 résulte de ces observations que l'insuffisance des valvules de l'artère pulmonaire peut être le résultat soit de l'endocardite,
M) Benedict, Fall von Inmfficienz der Valv. semilunar. arter. pulm. {Wiejier Wochenschrift, 18o4, n» 35).
(2) Frerichs, ibicL, 18S3.
(3) Kolisko, Fall von Insufficienz der Pulmonalartericn Klappe [Zeitschrift der Wiener Aerzte, 1859).
(4) Von Wahl, Acuie Endocardite der Pulmonalklappen {Petersb. med. Zeitschrift, 1861).
(5) Klob, Beitrage zur Pathologie der Pulmonalarterien Klappen {Zeitschrift der Wiener Aerzte, 1861).
(6) Rœber, Fin Fall von Insufficienz der Pulmonalkloppen {Berlin. Min. Wochenschrift, 1870).
(7) Weiss, Ein Fall von Insufficienz der Pulmonalklappen {Wiener med.
Presse, 1876, n» 1).
(8) Morison, A case of disease of the pidmonary in tricuspid valves {Transaçt. of the Path. Society, 1876, XXVII, p. 83).
(9) Whilley, Gni/'s llospital Report, 1838, :(■= série, l. V, p. 25-2.
(10) T)QCorn\hva, Essai sïir l'endocardite puerpérale i;n\h^it de Paris, 1869).
(11) Vast, Endocardite ulcéreuse (Thèse de Paris, 1864, p. 53).
(12) Budin, m Thèse d'agrégation de Porak, 1880.
INSUFFISANCE DE L'orIFICE PULMONAIRE. 395
soit duprocessusalhéromateux, qui épaississentetraccourcissent le bord libre des valvules. Ce n'est que dans le cas de von Wahl qu'on a vu l'endocardite détruire presque complètement les valvules. Dans un cas, on a vu lune des valvules perforée à sa base par le fait d'une myocardite. En outre, ce travail pathologique qui a altéré les valvules au point de les rendre insuffisantes a souvent déterminé en môme temps un certain degré de rétrécissement (sténose).
On dit avoir observé à la suite de cette lésion la dilatation et l'hypertrophie du ventricule et de l'oreillette droits. On dit avoir noté aussi une certaine dilatation de l'artère pulmonaire, une
Fig. 122.
h hypertrophie secondaire du ventricule gauche et de l'oreillette •On a trouvé encore à l'autopsie des pneumonies lobulaires et Il des infarctus.
A l'exploration du cœur, on a trouvé un agrandissement du (cœur droit, un souffle diastolique ayant un maximum d'intenssite au bord gauche du sternum, dans le deuxième espace inter- Iccostal.
Ce souffle est d'un ton élevé, il s'entend sur une certaine ptendue jusqu'àlapartie inférieure du sternum, vers le ventricule ddroit, dans la direction que suit le sang qui reflue dans le ventri- Iccule.
D'après Rosenslein, Weill aurait confirmé le dire de Dusch,
396 DliS MALADIES DE L'aRTÈRE PULMONAIRE.
que ce souffle peut se prolonger dans la direction des vaisseaux du cou. Je lui laisse la responsabilité de cette affirmation. Dans certains cas, il a été entendu un bruit de souffle systolique, mais ce bruit s'est trouvé expliqué par le rétrécissement existant en môme temps que l'insuffisance.
Comme troubles fonctionnels, on a noté une certaine dyspnée et des palpitations, mais ces symptômes ont été modérés. L'hypertrophie compensatrice du ventricule droit s'est faite lentement. Dans le cas de Morison, le malade se plaignait de vives douleurs dans la région du cœur, douleurs qui s'irradiaient dans l'épaule droite et jusque dans la main.
Le pouls est normal ou à peu près, en voici un exemple rapporté par Marey.
pr;
Fig l'-!3.
Quand la période de compensation et de tolérance a été épuisée, les malades ont éprouvé de la stase veineuse et des hydropisies. La mort arrive fatalement, maisla vie est possible encore pendant longtemps.
Je n'ai pas rencontré de cas d'insuffisance des valvules de l'artère pulmonaire quiait été confirmé par l'autopsie. Cependant, j'ai rencontré autrefois un malade dont l'auscultation donnait des bruits qu'on ne peut guère interpréter autrement. Mais, comme il n'y a pas eu de contrôle, je ne donne cette observation que sous toutes réserves.
Obseuvation LXXL — Le sieur Oud..., âgé de soixante-sept ans, horloger, est entré dans mon service à l'infirmerie de l'hospice de Bicêh-e, salle Saint-André, 28, le 28 mai 1872.
Le malade se plaigaant d'une dyspnée, je fais l'examen de la poitri cl j'obtiens les résultats suivants:
La pointe bat dans le cinquième espace intercostal gauche, à 12 ceni mètres et demi de la ligne médiane. Le bord supérieur du foie correspoi
INSUFFISANCE DE l'oRIFICE PULMON AIRE. 397
à l'iiitiea'tioa c'u cinquième cartilage intercostal droit. Le bord vertical dépasse un peu le sternum. Le bord inférieur du cœur est normal.
Ou entend à l'origine des gros vaisseaux un double souffle. Ce double souffle a son maximum d'intensité dans le deuxième espace intercostal gauche. Le premier bruit est court. Le second est prolongé et doux ; il se prolonge en descendant le long du bord gauche du sternum jusque dans le troisième, espace intercostal, exactement le long de l'infundibulum de l'artère pulmonaire. Il n'y a pas de bruit à droite du sternum ni dans les vaisseaux du cou.
Le pouls des artères radiales est athéromateux.
Fig. 124.
J'observe en ce moment à l'hôpital un malade, atteint de rhumatisme articulaire aigu, qui présente de la manière la plus nette les symptômes de l'insuffisance de l'artère pulmonaire; en voici l'observation.
Observation LXXII. — Rhumatisme aigu, onzième attaque. Insuffisance pulmonaire. — 'P.. . (Louis), âgé de vingt-six ans, vitrier. Entré le 7 juillet 1882, salle Saint-Henri, o.
Le malade a déjà eu une première attaque de rhumatisme.
Cette fois, il est malade depuis sept jours; il v a quatre jours qu'il est alité,
La fièvre est assez vive, les sueurs abondantes. Douleurs et gonflement des articulations des poignets et des genoux; hydarthrose du genou droit.
On constate dans le deuxième espace intercostal gauche le premier bruit normal, puis un souffle aspiratif se propageant de haut en bas, le long du sternum, et s'entendant mieux k gauche qu'à droite. Rien à la pointe. - La pointe du cœur bat dans le cinquième espace, à 12 centimètres de la ligne médiane sternale; abaissement de 4 centimètres. Bord vertical du cœur à 4 centimètres.
Bord supérieur du foie au niveau du cinquième cartilage.
13 juillet. Le bruit de souffle a considérablement augmenté d'intensité.
La topographie de ce bruit forme une ellipse allongée qui commence dans le deuxième espace intercostal gauche, à 3 centimètres de la lio-ne
:^'-»« DliS MALADIES DK L'AllTKIiH l'ULMONAIltE.
médiane, se dirige vers le quatrième espace à son union avec le sternum. Cette ellipse a 8 centimètres do longueur et 3 centimètres et demi de largeur. Elle correspond par conséquent à l'artère pulmonaire et à son infundibulum. Le premier bruit, assez vigoureusement frappé, est suivi rapidement d'un bruit de souffle qui se prolonge dans la diastole. Comme timbre, il est doux, profond, en jet de vapeur.
A l'orifice aortique, on entend au contraire le claquement sigmoïde nettement frappé. De même à la pointe et à l'appendice xiphoïde.
Le bruit correspond assez bien aux deux foyers de la péricarditë, avec cette différence que, dans la péricarditë, le foyer pulmonaire offre un bruit systolique. Quant au foyer stcrnal, le bruit péricardique s'y annonce par d'autres caractères. Il est superficiel, à frottement rude, et toujours à la fois systolique et diastolique. Ici le bruit est purement diastolique. Le bruit augmente par la simple suspension de la respiration. 11 tend à disparaître sous l'influence de l'effort.
C'est donc très vraisemblablement un bruit de souffle produit par une insuffisance de l'artère pulmonaire.
Tels sont les seuls renseignements que je puis donner sur cette lésion excepLionnellement rare.
ENDARTÉniTE DE l'aRÏÈRE PULMONAIRE.
L'inflammation de l'artère pulmonaire, quoique beaucoup plus rare encore que celle de l'aorte, a pourtant été observée. On a pu même y constater l'artérite aiguë.
Cette endartérile n'a pas été rencontrée isolée, mais on la trouve mentionnée dans certaines observations d'endocardite aiguë avec végétations sur les valvules sigmoïdes de cette artère. Dans un cas, il est dit qu'il y avait une endartérite avec rugosités de la surface et adhérence d'un caillot qui se divisait bientôt pour pénétrer dans les deux branches de l'artère pulmonaire, dans lesquelles il s'avançait dans une étendue d'un centimètre.
Ces cas n'ont pas été diagnostiqués la plupart du temps, ils ont été des surprises à l'autopsie ; aussi la description n'existe-t-elle pas encore.
L'endartérite chronique y a été aussi observée. Fenger (I) a trouvé chez un homme de dix-neuf ans, à côté de végétations des
(1) Penger, Nord. med. Ack., V, 1873, n» 'i, Jahres.hr. H. 140, cité p.ir Quincke, Krnniilieifcn der Gefdsse, p. 368.
ATHÉROME DE L'aRTÈUE PULMONAIHE. 399
valvules sigraoïdes de l'artère pulmonaire déLerminant un TorL rétrécissement, trois végétations grosses comme des noisettes et soixante petites siégeant au niveau de la bifurcation de l'artère et se prolongeant dans les deux branches.
U n'est pas jusqu'à la syphilis qui n'ait placé sa marque ici tout comme sur l'aorte,