DES ANÉVRYSMES PARTIELS DU CŒUR
Corvisart désignait, sous le nom d'anévrysme du cœur, une affection qui se rapproche de l'anévrysme vrai, c'est-à-dire l'hypertrophie avec dilatation. Cette affection sera étudiée plus loin au chapitre traitant de l'hypertrophie.
Les lésions qui font l'objet de ce chapitre correspondent à l'anévrysme faux consécutif ; elles sont constituées par la formation de poches consécutives à la destruction des parois valvulaires; elles sont, en général, peu étendues. Nous les diviserons avec Schrœtter (1) en deux ca,iégoTies, les a7iévrysmes partiels aigus du cœur et les anévrysmes partiels chroniques du cœur,
ANÉVRYSMES FAUX DU CCËUR ; ANÉVRYSMES PARTIELS AIGUS.
L'une de ces formes d'anévrysme a été décrite à propos de l'endocardite. Ces anévrysmes, si bien étudiés par Pelvet ("2), ont montré que, lorsque dans l'endocardite aiguë siégeant dans les valvules la multiplication des cellules, leur état embryonnaire et la disparition des fibres élastiques enlèvent à la valvule ses conditions de résistance et qu'elle cède sous la pression du sang, si la marche de l'endocardite est rapide, la valvule se rompt ; mais, si la marche est moins rapide, la valvule se laisse distendre et forme un petit sac, et la surface interne du sac se déchirant, le sac est bientôt agrandi par la pression du sang.
Ces anévrysmes valvulaires n'ont été trouvés encore que dans le cœur gauche. Sur les valvules sigmoïdes de l'aorte, ils
(1) Schrœttèr, Krankheiten des Herzfteiches, p. 261, 1879.
(2) Pelvet, Des aiiévrysmes du cœur (Thèse de doctorat, Paris 1868).
''(30 t)ES ANÉVRYSMES PARTIELS DU COËUR.
cèdent du dehors au dedans et font saillie dans le ventricule. Sur la mitrale, leur saillie est dans le môme sens, vers l'oreillette ; ils sont donc disposés par rapport à la circulation comme les valvules des veines.
L'histoire de ces anévrysmes se confond avec celle de l'endocardite aiguë, dans laquelle ils deviennent un des moyens de production des insuffisances valvulaires.
D'autres petits anévrysmes aigus se forment dans la paroi du cœur, toujours dans le ventricule gauche à ses deux extrémités, c'est-à-dire, d'une part, à la pointe et, de l'autre, dans la cloison près de l'orifice desortie, c'est-à-dire près des valvules sigmoïdes.
Ce sont des cas de myocardite aiguë partiels.
Le danger de ces petits anévrysmes est, pour les valvules, de laisser des insuffisances valvulaires par perforation et pour ceux des parois d'entraîner la possibilité de thromboses et d'embolies ou même la rupture du cœur.
ANÉVRYSMES PARTIELS CHRONIQUES.
Les anévrysmes de cet ordre sont le plus souvent la conséquence des anévrysmes valvulaires de Pelvet ou des points d'endomyocardite dont il a été parlé. Le lieu d'élection de ces anévrysmes est à la pointe du ventricule gauche, dans la paroi antérieure. Pelvet (1) rapporte que sur 97 anévrysmes du cœur, 8S fois la lésion se trouvait à la pointe du ventricule gauche, et il n'a trouvé que 3 cas oii cet anévrysme siégeait dans le cœur droit.
La raison de ce siège est sans doute que dans la systole l'effort se trouve transmis surtout aux- deux extrémités du ventricule. C'est pour ainsi dire le recul, dans la Systole, qui est la cause de ce lieu d'élection à la pointe.
Ce n'est pas la seule cause assurément; on se rappelle qu'à la pointe du cœur gauche, on retrouve une sorte de lacune dans les fibres musculaires; par suite, les deux séreuses se touchant presque devraient toujours être forcées dans le sens de l'axe et se rompre de bonne heure. Il n'en est pas ainsi, puisque
(1) Pelvet, Des anévrysmes du cœur (Thèse de Paris, 1868j.
anévrysMes partiels chroniques. 'ISl
nous avons vu bien des anévrysmes de la pointe ne pas se rompre avant la mort, et d'autres fois la perforation se faire du ventricule gauche dans le ventricule droit.
Le volume du sac peut être assez grand. J'en ai vu de gros comme de grosses noix, mais on en a vu de la grosseur du poing d'un homme. Les parois sont en général d'autant plus minces (1) que le sac est plus gros. Mais ce qui les protège contre la rupture, c'est la formation de caillots stratifiés par dépôt de fibrine et de caillots spongieux plus récents.
L'anévrysme est en général unique, mais il arrive quelquefois qu'il est bistré ou quadrilobé.
L'anévrysme le plus considérable de ceux qui ont été décrits, est celui qui fait le sujet d'une observation de Berthold (2). Cet anévi^sme, qui occupait toute l'oreillette droite, avait acquis la grosseur de la tête d'un homme ; il s'appuyait sur la paroi thoracique et avait usé une grande partie du sternum, depuis la deuxième jusqu'à la quatrième côte, ainsi que les fragments des côtes voisines. Il n'était plus recouvert que par la peau, qui était réduite à une telle minceur, que par places on voyait le sang au travers.
Nous verrons plus loin un anévrysme de la crosse dans la partie ascendante occuper de même presque la moitié droite de la cavité thoracique et, après avoir refoulé le poumon, reposer sur le foie, comme cela devait avoir lieu pour l'anévrysme de Berthold.
Ces anévrysmes partiels se montreraient beaucoup plus fréquemment chez l'homme que chez la femme, d'après Lœbel et Thurnam (3).
A côté de l'anévrysme, le myocarde a été trouvé tantôt sain, tantôt hypertrophié.
Le diagnostic de ces anévrysmes ne peut être que soupçonné. En voici un bel exemple rapporté par M. Potain :
(1) Die Befecte der Scheidevjand des Herzens. "Wien, Braumuller, 1875, cité par Sclirœtter, Krankheiten des Herzfleiches, p. 263.
(-2) Berthold, Merkwûrdiger Fall eines von der rechten Vorkammer auS' gehenden Herz-aneurysmas, Tœplitz, 1859.
(3) Lœbel et Thurnam, On anevnjsm of the heart with cases {Med.-chir, Transact., 1838, XXI, 2^ série, no3),