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LE BRUIT DE GALOP

On n'observe pas do bruit de souffle d'abord; ce n'est que plus tard qu'il se fait une insuffisance mitralepar dilatation, caractérisée par ce fait sur lequel j'ai insisté plus haut: c'est qu'avant de devenir définitif, le bruit est pendant longtemps intermittent, paraissant à certains jours, disparaissant à d'autres. Puis les phénomènes secondaires de l'hypertrophie avec insuffisance mitrale, les congestions pulmonaire et hépatique se produisent et sont bientôt suivies d'hydropisie et de cachexie cardiaque arrivant jusqu'à l'asystolie.

Il nous faut revenir sur ce bruit de galop; mais, avant d'en donner une théorie, établissons parfaitement et exactement les conditions dans lesquelles il se présente.

Le plus ordinairement le rythme se compose de trois bruits, les deux premiers plus rapprochés, le dernier plus éloigné, c'est le rythme du galop : uu— .Dans d'autres cas, plus rares, il est vrai, le rythme est différent et le premier bruit est isolé, les deux autres sont rapprochés; c'est le rythme du cri de la caille: — uu. Or, ces deux rythmes ne sont que deux variétés du môme bruit; ils se retrouvent chez un même malade et se succèdent parfois sous l'oreille même pendant qu'on écoute une série de révolutions cardiaques. De plus, jamais on n'entend en pareil cas ces bruits avoir leur maximum dans le deuxième espace intercostal près des valvules sigmoïdes, c'est toujours près du bord inférieur du cœur qu'on les entend. Il ne s'agit donc pas d'un dédoublement du second bruit, mais bien d'un dédoublement du premier bruit, dont la seconde partie ou bruit surajouté est plus ou moins en retard sur la systole. Quand il y a peu de retard, il y a bruit de galop; quand il y a beaucoup de retard, il y a bruit de caille. Il se passe là quelque chose d'analogue à ce que j'ai décrit pour le dédoublement du bruit dans le rétrécissement mitral. Nous avons déjà acquis par là qu'il s'agit d'une altération dans le mode de contraction des valvules auriculo-ventriculaires. Poursuivons. J'ai dit que ces deux bruits se trouvaient toujours dans le voisinage du bord inférieur du cœur. Si l'on y fait plus attention, on constatera que le premier de ces bruits a son intensité maximum au bord gauche du sternum, près de l'appendice xiphoïde, et que le suivant est situé plus à gaucho. Si l'on

C, PAUL. MAL. DU CŒUR. jjg

examine le rytlirae, on voit que le premier précède le choc delà pointe, que le second coïncide avec le choc de la pointe. Notons encore' que moins le dédoublement est accusé, plus le second bruit se rapproche du premier; enfm que quand ce dédoublement est remplacé par un souffle, ce qui arrive souvent, il est toujours remplacé par un souffle systolique.

11 résulte de tout ceci que pour moi le premier bruit est le bruit de la valvule tricuspide, le second le bruit mitral plus ou moins retardé à cause des entraves apportées à la circulation artérielle, et que ce bruit, quand il est très retardé, se rapprocheassez du second bruit pour faire croireàun dédoublement du sigmoïde. Tous les détails d'observation sur lesquels je m'appuie seretrouvenl du reste dans presque toutes les observations recueillies avec précision. Cette théorie avait été entrevue par Sibson. Quand, au contraire, ce qui arrive quelquefois, ce dédoublement est un dédoublement du second bruit, il a son maximum au niveau du deuxième espace intercostal, soit à son bord droit, soit dernerele sternum - il est alors le résultat d'un dédoublement du bruit des sigmoïdes. Mais alors le rythme n'est pas celui du galop, mais celui de la caille. En pareil cas, le second bruit est plus fort que le troisième, il est produit par le claquement des sigmoïdes de l'aorte, qui précède celui de l'artère pulmonaire, à cause de la tension dans l'aorte. C'est la théorie de M. le professeur Potain, à laquelle je me rallie pour le dédoublement du bruit sig-

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Enfm, dans certains cas, il y a quatre brmts, deux aux valvules veineuses, deux aux valvules artérielles ; on peut dire qu'alors ils se succèdent dans l'ordre suivant : tricuspide-mitral, puis aortique-pulmonaire.

Telle n'est pas la théorie de M. Potain (1), qui admet que le premier bruit dans le rythme du galop est un bruit présys- .tolique ; théorie adoptée par ses élèves, MM. Exchaquet (2), Cuffer, Rendu, etc. M. le professeur Potain, s'appuyant sur les

(1) Potain, Du rythme cardiaque appelé bruit de galop (Société médicale

stélhoscopi^ue propre certaines formes ^'hypertrophie simple du cœur (Tlièse de Pans, 1876).

AFFECTIONS DES VOIES RESPIRATOIRES. BÎ5 tracés cardiographiques, pense que le premier bruit arrive au moment de la prcsystole, c esl-à-dire au moment de la contraction des oreillettes. Mais sur ce môme tracé on constate que l'ascension formée par la systole ventriculaire ne précède pas le pouls comme elle le fait à l'état normal, et qu'il y a un retard de la systole ventriculaire. Je serais porté à croire que, dans ce cas, la systole s'est faite en deux temps, car on la voit souvent retardée. Dans le tracé n" 3 de M. Excliaquet, par exemple, le choc de la pointe, correspondant au fasLigium de la systole ventriculaire, n'arrive plus qu'après le pouls. Gomment, du reste, l'hypertrophie du cœur gauche amènerait-elle une contraction si puissante de l'oreillette droite, pour que le bruit du passage du sang, qui ne rencontre aucun obstacle, donnât lieu à un bruit sec, non soufflant, tout à fait analogue à un claquement valvulaire?

Du reste, M. Potain reconnaît lui-même que cette hypothèse ne le satisfait pas absolument. Je lui propose la mienne avec tout le respect que j'ai pour un des maîtres que j'estime le plus et dont je suis les travaux avec la plus grande,sympathie.

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