DES HYPERTROPHIES ET DILATATIONS CAUSÉES PAR LES MALADIES
DE l'appareil respiratoire.
• Les affections pulmonaires, en réduisant le champ de l'hématose et surtout en opposant un obstacle à la circulation pulmonaire, retentissent sur le cœur, et surtout sur le cœur droit. Or, ainsi qu'il a été indiqué plus haut, quand l'obstacle siège près du cœur à l'orifice de l'artère pulmonaire, le cceur droit s'hypertrophie et se comporte comme le cœur gauche, en présence des obstacles situés sur le Cours du sang artériel. Si l'obstacle est éloigné, l'hypertrophie commence; mais elle est insuffisante, le cœur est forcé et il se dilate avec toutes ses conséquences, comme on l'a vu au chapitre Dilatation.
Cette action des lésions pulmonaires sur le cœur droit se montre d'autant plus, que la durée en est plus grande. Aussi celle qui se montre au premier rang, parce qu'elle est compatible avec une longue durée de l'existence, c'est l'emphysème, et
blB DES HYPERTROPHIES ET DILATATIONS CONSÉCUTIVES.
surtout l'emphysème accompagné de catarrhes à répétitions (1). Les anciens le disaient : L'asthme tourne en catarrhe et le catarrhe en hydropisie. M. Pidoux, comparant avec raison l'emphvsème ou dilatation pulmonaire avec la dilatation cardiaque; disait, en parlant le langage de Corvisart, que ce malade possédait un anévrysme passif cardio-pulmonaire.
Après l'emphysème, admis par tout le monde comme cause de dilatation pulmonaire, il faut admettre la bronchite chronique. Laennec (2) disait qu'un rhume négligé pouvait être la cause des maladies du cœur les plus graves. Sénac avait consacré un chapitre à l'étude de l'influence des troubles pulmonaires sur la circulation. Mais personne n'a été plus explicite que Kreysig (3). Selon cetauteur, les maladies du poumon ont une influence peutêtre plus grande sur le cœur et sur le pouls que les maladies du
cœur lui-môme.
La dilatation du cœur droit est constante dans la pneumonie interstitielle, la sclérose pulmonaire avec dilatation bronchique
Cependant, parmi les lésions chroniques du poumon, i en est nui ne déterminent ni l'hypertrophie, ni la dilatation cardiaque parexemplelaphthisiepulmonaire;telleestropiniondeLoms(.),
de Laennec et de Grisolle (S), très affirmatif à ce sujet. Du reste les observations ultérieures de Bizot, Peacock, etc., ont monti-é que, dans la phthisie, le cœur était plus souvent atrophie. (Moyennes : 267 grammes au lieu de 270 chez l'homme et ^23 i au lieu de 230 chez la femme.)
11 n'en est pas de môme de la pleurésie. Je ne citerai pas Senac car bien qu'il prononce ce mot de pleurésie, il est évident qu il veu't parler de pneumonie (le poumon prend l'aspect du foie). Mais on connaît un certain nombre de cas de pleurésie chronique avec adhérences compliquées de dilatations du cœur droit.
MY Sénac Traité de la structure du cœur, efc, t. II, liv. VI, chap. vm, ,^"^n.. - Louis, neCerCes sur /.../^...je i^^^' moires de la Société médicale d^observairon t. I p. 60, 8 .
2 laennec, Traité de l'auscultation médiate, 4» ed.t., t. III, P- l' l-
(3) Cilé par Pilres, Ibèse d'agrégalion, p. 39.
friTnnis Recherches sur la phthisie, p. ^i.
bi Ï^X Zpo'-tde la tuberculisation avec les maladies du cœur {Archives générales de médecine, t. II, p. 719, 18o4).
On en trouve des exemples dans Stokes (1), dans la thèse de M. Mora (2). Baumler (3) en a rapporté trois observations, Brudi (4) en a donné également un exemple.
Le fait devient surtout évident lorsque la pleurésie adhésive s'est accompagnée de pneumonie interstitielle et de dilatation bronchique non seulement des grosses bronches, mais encore des petits rameaux, et donne à l'auscultation ce bruit de friture, si particulier avec un catarrhe des plus abondants. Cette afiection peut laisser vivre les gens fort longtemps et nous en avons sous les yeux de bien remarquables exemples. L'un deux, affecté depuis plus de trente ans d'une telle induration avec catarrhe considérable, n'en a pas moins une voix forte et sonore qui lui permet de faire de l'enseignement depuis plus de vingt ans dans un grand amphithéâtre. Ce n'est que depuis deux ans que le cœur est forcé et le ventricule droit dilaté, et que l'irrégularité du rythme du pouls indique l'altération du myocarde.
Mais si tout le monde accorde que les lésions chroniques des voies respiratoires peuvent amener le cœur forcé, en est-il de même des affections aiguës, et une pneumonie, par exemple, peut-elle'suftire pour amener de pareils désordres?
Corvisart (5) le pensait : « Au nombre des obstacles qui deviennent ordinairement cause des anévrysmes passifs du cœur, je place presque toutes les affections tant aiguës que chroniques du poumon, puisque toutes elles tendent à s'opposer d'une manière marquée au passage du sang des cavités droites du cœur dans les cavités gauches de cet organe. »
11 existe en outre un cas (6), dont il dit que « la péripneuraonie semble avoir été la cause de l'anévrysme passif du cœur affectant le ventricule droit, en raison de l'engorgement qu'elle
(1) Stokes, Traité des maladies du cœur, p. 263, 1864.
(2) Mora, Etude sur quelques complications de la pleurésie (Thèse de Paris, p. 71, 1874).
(3) Baumler, Ueher Oblitération des Pleuralsœcke als Ursache der Hypertrophie {Deutsches Archiv fur Idinische Medicin, t. XIX, p. 471, 1877).
(4) lîrudi, Ueber cinem Fall von Herzhypertrophie (Deutsclies Archiv, t. XIX, p. 498, 1877).
(5) Corvisart, Essai sur les maladies organiques du coeur, p. 113, 1806. 'C) Corvisart, loc. cit., p. 104.
fait naître dans. le poumon, et que l'on doit considérer comme un obstacle puissant au cours du sang ».
Grisolle en cite un cas, oû à la suite d'une pneumonie il y a eu hydropisie et stase veineuse probablement par insuffisance tricuspide. Le cas de Graves, cité par M, Gouraud (d),n'est pas concluant; aussi n'est-il pas accepté par M. Jaccoud. Enfin, dans les cas de Willis, Grimaud, Avenbrugger, Grisolle (2) considère les dilatations comme des phénomènes d'agonie.
Je crois, en effet, que Grisolle a raison; la pneumonie étendue et grave peut amener une sorte de paralysie du cœur droit, à laquelle succombe le malade.
Mais il n'y a pas de fait qui prouve qu'une seule pneumonie produise une dilatation cardiaque chronique, à moins qu'il n'y ait eu endocardite ou autre infiammation du cœur par propagation. Nous arrivons ainsi à nous occuper des dilatations passagères du cœur droit, qu'on a observées dans le croup, l'angine striduleuse, la broncho-pneumonie, la pneumonie (Duroziez), la bronchite capillaire, en un mot dans V asphyxie. Elle se montre même dans les asphyxies passagères déterminées par des quintes de coqueluche (Huchard) et, à plus forte raison, dans les asphyxies toxiques.
On a essayé de mesurer expérimentalement l'effet de la gêne circulatoire de l'artère pulmonaire. M. François Franck (3) rapporte que les expériences de Poiseuille, puis celles de Gréhant, Quincke et Pfeiffer, Héger, d'Arsonval, montrent que la condition la plus défavorable au passage du sang dans les vaisseaux pulmonaires est l'état d'insufflation des poumons. Or, cet état d'insufflation représente assez bien l'obstacle mécanique qu'apporte l'emphysème.
M, François Franck a pu montrer expérimentalement que la compression de l'artère pulmonaire ne permet au ventricule droit que de se vider partiellement, et le tracé en indique la proportion.
(1) Gouraud, De l'influenre des maladies pulmonaires sur le cœur droit.
(2) Grisolle, Traité de la pneumonie, p. /i58.
(3) François Franck, Recherches sur les changements de volume du cœur dans leurs rapports avec la réplétion et le débit ventriculaire {Travaux du laboratoire de M. Marey, t. HI, p. 187, 1877).