LE COEUR DES BOSSUS
11 faut ranger encore, dans ces cas d'hypertrophie par lésion pulmonaire, les lésions pulmonaires qui accompagnent les déviations de la colonne vertébrale.
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11 y a déjà longtemps que l'on sait que les déviations de la colonne vertébrale entraînent des troubles profonds dans les fonctions respiratoires et circulatoires. Sauvages (1) en parle en ces termes :
• Asthma à gibbo. Non solmn gibbi ex astlimate fiunt quidam^ quodsiaccidit, illi antepuberlaiem moriunlur, verum ex gibbositate multi in asthma deducunlur, prseterquam quod ferè omnes gibbi dyspnœa laborant.
Culleii (2), dans sa nosologie, décrit un certain nombre de dyspnées symptomatiques, parmi lesquelles il distingue la dyspnée des rachitiques, qui est l'effet de l'ossification de l'extrémité des côtes ou de la mauvaise conformation du sternum, puis l'asthme, auquel les bossus sont sujets. Mais c'est surtout Delpech (3) qui a étudié avec soin les effets des difformités sur les appareils des diverses fonctions. Depuis, les travaux de J. Guérin, de Bouvier (1836), analysés par Double (-4), et ceux de Malgaigne (5) ont eu plutôt pour but le côté chirurgical du problème. Enfin, nous avons, sur ce sujet particulier, une excellente thèse d'un élève de MM. Monneret et Marotte, le docteur Sottas (6).
Sous l'influence de la flexion de la colonne vertébrale non seulement dans le cas de lordose, c'est-à-dire de convexité postérieure, mais encore dans les déviations latérales, le thorax
(1) Sauvages, Nosologia methoaica, editio ultima, t. I"^ p. 667, Amsterdam,
(2) GuUen, Eléments de médecine pratique, traduits par Bosquillon, t. II, p. 373, 1787).
(3) Delpech, Ti'aité de l'orlhomorphie, 1828.
(4) Double, Rapport sur le concours de [Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1837.
(6) Malgaigne, Leçons d'orthopédie, publiées par Guyon et Panas, 1862.
(5) Sottas, De L'influence des déviations vertébrales sur les fonctions de la respiration et de la circulation de Paris, 1865).
baisse en avant et forme une sorle de pli au-dessous des fausses côles.
La région sus-ombilicale est toujours rétractée ; le foie, refoulé dans la poitrine, repousse le diaphragme, et le cœur se trouve repoussé vers le haut (I).
La capacité thoracique est toujours rétrécie. Le poumon, situé du côté de la convexité de la courbure, quand elle est latérale, et le plus souvent elle est latérale droite, est repoussé de dehors en dedans. Son bord postérieur est transformé en une lame mince. Ce poumon est le plus souvent le siège d'altérations pathologiques : emphysème, condensation et atélectasie, condensation, carnihcation et môme pneumonie interstitielle.
Le cœur est remonté et, en général, à sa place; ce n'est que dans les déviations extrêmes qu'il est repoussé dans un sens ou dans l'autre. Il y est plus exposé dans les scolioses gauches, à cause de l'aplatissement de la partie antérieure de" la poitrine à gauche.
Le cœur est, en général, augmenté de volume ; le cœur droit est dilaté le plus souvent et donne au cœur la forme d'une aumônière, forme dite en besace. En général, il est distendu par le sang soit liquide, soit en caillots, et cette dilatation va jusqu'à l'artère pulmonaire. L'aorte est, en général, courte, ainsi que le tronc brachio-céphalique. Les artères sont, en général, courtes également ; elles sont diversement contournées, suivant le sens et la hauteur des déviations vertébrales. Elles ne sont plus symétriques, et la gène de la circulation soit d'un côte, soit de l'autre, entraîne l'inégalité des deux pouls radiaux. 11 en est de môme de l'artère pulmonaire, dont les deux branches deviennent inégales, en rapport avec le développement inégal des deux poumons.
Les bossus sont en général courts d'haleine, sujets à des douleurs de poitrine, à des névralgies des nerfs soit cérébro-spinaux, soit du grand sympathique ; ils présentent de temps en temps de l'angine de poitrine.
(1) Morgagni : « Ut cordis, quod polius magnum erat, basis sumraa sui parte vix a jugulo tanlUlum distaret. » [In Sottas, loc, cit., p. 21.)