PHTHISIE CONSÉCUTIVE
mander son admission à l'hôpital Snint-Antoine, où il est mort quelques jours après.
Dans un cas de G. Johnson (1), où le nerf récurrent gauche et le pneumogastrique gauche étaient seuls intéressés, alors que le récurrent droit était intact, on a trouvé pourtant une atrophie de tous les muscles du larynx, et, du reste, on avait constaté la paralysie des deux cordes vocales, l'enrouement, l'aphonie, la dyspnée, le cornage et l'immobilité des deux cordes vocales à l'examen laryngoscopique. Il y avait, en outre, compression de l'œsophage et dysphagie.
On fit la trachéotomie qui soulagea le malade, mais il mourut deux jours après.
Dans d'autres cas, Stokes a signalé, au contraire, un spasme laryngien produit par l'irritation des pneumogastriques, c'est à ces cas seulement que pourrait convenir la trachéotomie.
La compression des bronches peut amener d'autres phénomènes, par exemple la dilatation en arrière de l'obstacle par accumulation des produits de sécrétion. M. Desplats (2) a cité un cas de ce genre dans lequel la mort fut amenée par une hémoptysie foudroyante et l'on trouva les bronches distendues, formant des dilatations multiples et remplies de pus. ^ Mais il est un autre point des plus importants qu'il faut aborder, c'est la phthisie consécutive aux anévrysmes de l'aorte, relation qui vient d'être établie d'une manière magistrale par M. Hanot (3). Suivant cet auteur, c'est à Stokes qu'il en faut faire remonter l'idée primitive.
Stokes (4) avait dit : « De tous les états morbides généraux qui accompagnent l'anévrysme de l'aorte, la phthisie pulmonaire est le plus commun. » Et il ajoute : « Dans ces cas, la phthisie a souvent des symptômes équivoques, irréguliers, la marche est lentement progressive. » Cette opinion a été acceptée par la
(1) G. Johnson, The Lancet, 7 décembre 1872 et 4 janvier 1873.
(2) Desplats, Union médicale, 26 août 1879.
(3) Hanot, Du rapport entre l'anévrysme de la crosse de l'aorte et la pneumonie caséeiise.
(4) Slokes, Traité des maladies du cœur et de Vaorte, Iradùction de Sénac p. 590. '
602 DES TUMEURS ANÉVRYSMALES.
plupart des médecins anglais et particulièrement par Habershon ; en France, par MM. Hérard et Cornil.
Toutefois, ce rapport a été contesté, môme en Angleterre, par le docteur Fuller, et il en donne à l'appui le tableau suivant :
Guy's hospital 27 anévrysmes aortiques, 3 tuberculeux.
Fuller 7 — 1 -
Société pathologique. 25 — 0 —
Rokitansky 108 — b —
Crisp 8 — G —
Idem... 132 — 2 —
Green 12 — 4 —
Walshe 14 — , 2 • —
Total 233 anévrysmes aortiques, 17 tuberculeux.
C'est-à-dire environ 7 pour 100.
Le fait est donc exact, quoique limité, les recherches personnelles de M. Hanot parlent dans le même sens avec une proportion plus forte.
Une fois le rapport établi, il s'agit d'en examiner les conditions. M. Hanot fait remarquer comme Stokes que ce n'est pas la compression des bronches qui produit la phthisie. Il en trouve la cause très nette, dans certains cas, dans la compression de l'artère pulmonaire, ce qui confirme une fois de plus ce que j'ai établi pour le rétrécissement de l'artère pulmonaire.
Dans les autres cas, il faut admettre la théorie d'Habershon (1), que la phthisie est le résultat de la compression du nerf pneumogastrique. Cette théorie est acceptée, en France, par MM. Hérard et Cornil -(2), Bucquoy, Vulpian (3), Raynaud (4). En pareil cas, c'est par l'irritation de ces nerfs et non par leur destruction qu'il faut chercher à expliquer le processus inflammatoire des poumons (5).
(1) Habershon, Observations cliniques sur les effets de la compression du nerf pneumogastrique par les anévrysmes et les autres tumeurs {Société royale de médecine et de chirurgie, 26 janvier 1864, cité par M. Hanot).
(2) Hérard et Cornil, Traité de la phthisie,
(3) Vulpian, Leçons bur l'appareil vaso-moteur, t. II, p. 42.
(4) Raynaud, Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1877. (o) Charcot, Maladies du système nerveux, p. 12.
COMPRESSION DE L'obSOPHAGE. 603
Dans un cas observé par Heyden (1) on a trouvé une lésion du pneumogastrique gauche et du plexus cardiaque, le malade est mort de tuberculose miliaire aiguë.
IVIM. Sée et Oulmont ont observé également trois cas de pneumonie chronique consécutive (2).
L'œsophage est souvent comprimé aussi par les anévrysmes, les malades présentent alors de la dysphagie et le cathétérisme de l'œsophage peut faire reconnaître la présence de la tumeur. Si la tumeur se développe, elle peut arriver à se rompre dans l'œsophage. Le fait a été observé plusieurs fois ; on constate alors une hématémèse foudroyante.
Dans ces dernières années, Glark (3) en a donné une observation.
Mais est-il bien nécessaire, pour que l'œsophage soit altéré par un anévrysme, qu'il y ait compression?
M. Leudet (de Rouen) ne le croit pas et il a signalé plusieurs exemples (4) où l'œsophage a présenté des ulcérations et des plaques gangréneuses, et il en a vu également dans la trachée, sans qu'il y ait compression. M. Hanot a pensé, et j'accepte volontiers cette hypothèse , que des ulcérations et môme la gangrène pouvaient être le résultat de troubles trophiques produits par une lésion ou une irritation des pneumogastriques par la tumeur anévrysmale.
Les troubles trophiques produits par la compression ou plutôt l'irritation des nerfs pneumogastriques donneraient donc lieu, comme la division" des pneumogastriques, à des troubles de nutrition du larynx, des poumons et de l'œsophage. M. Hanot pense que certaines péricardites pourraient également reconnaître la même cause.
Au nombre des organes qui peuvent être comprimés, irrités et surtout érodés, il faut rappeler les os. Tantôt la résorption porte
(1) Heyden, Société pathologique de Dublin (The Dublin Journal of med Sciences, octobre 1875, p. 370).
(2) G. Sée et Oulmont,|P)-o<7m médical, 1" janvier 1881.
(3) Clark, Glascow pathological and clhiical Society {British med. Journal o dccembre 187/i, p. 712). '
(4) Leudet, Gazette médicale, 186/1,
604 DES TUMEURS ANÉVRYSMALES.
sur les côtes qui disparaissent dans une partie de leur longueur, pour ne laisser derrière elles qu'une tumeur molle (voyez l'observ. XCII); tantôt le travail d'usure se fait du côté de la colonne vertébrale, et il en résulte des troubles variés. Les vertèbres deviennent alors douloureuses à la pression ou dans les mouvements; puis l'irritation peut gagner les méninges spinales et la moelle, ou bien la compression de la moelle se montre par une paralysie.
L'anévrysme peut s'ouvrir dans le canal rachidien.
Enfin, pour terminer avec les ruptures, je dirai que la tumeur peut se rompre dans l"un des médiastins, dans le canal racliidien (i) ou tout simplement à l'extérieur.
Nous devons dire encore qu'il existe des anévrysmes delà partie descendante de la crosse de l'aorte qui ne font que refouler le poumon gauche, n'attaquent aucun organe important et ne gênent que par leur volume. On constate encore, en pareil cas, des battements d'expansion, mais aucun bruit de souffle. C'est ce qui est arrivé dans un cas présenté par M. Morisset ^2), dans lequel on n'a perçu que des battements sans souffle. C'est ce qui s'est présenté également dans un cas que j'ai observé à l'hôpital Saint-Antoine, sur un malade chez lequel on a trouvé, à l'autopsie, un anévrysme énorme, avec une large ouverture, dépendant de l'aorte descendante dans sa partie thoracique.
Voici les symptômes que j'avais constatés pendant la vie :
Observation XCII. Tumeur anévrysmale de l'aorte descendante. — Le sieur D..., âgé de cinquante-six ans, qui exerce la profession de serrurier-mécanicien, se plaint d'être malade depuis dix-liuit mois. Jusque-là, sa santé avait été excellente. Il se présente à l'hôpital Saint-Antome pour une tumeur qui siège en arrière de la poitrine, du côté gauche.
En effet, en soulevant la chemise en arrière, on constate, du côté gauche du cœur, une tumeur sphérique ou ovoïde dont la partie interne repose sur la colonne vertébrale, et dont le bord supérieur atteint l'espace qui sépare la septième apophvse épineuse dorsale de la huitième. Le bord inférieur de la tumeur se trouve au niveau de l'espace qui sépare la douzième vertèbre dorsale de la première lombaire, si bien que la tumeur mesure
(1) Fontis, Glascoxo pathological and clinical Society {British med. Journal, 5 décembre 1874, p. 712).
(2) Morisset, Soclélé analomiquo, 10 novembre 187G.