‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 285 sur 355 · ELLÉBORE VERT · texte numérisé non relu

ELLÉBORE VERT

3° Les poisons des flèches. L'mée ou oicage {strophantus hyspidus, de la famille des apocynées). L'extrait alcoolique des graines de cette plante arrête très promptcment les mouvements du cœur à petites doses. Ce poison a été étudié au point de vue toxicologique par MM. Pelikan (I), Fraser, Carville et Polaillon,

Le tangum {tanghinia venenifera, de la famille des apocynées), étudié par M. Pelikan, Kôlliker et Ghatin fils.

Le vao; le corowal; deux poisons de flèches de l'Amérique du Sud (2).

Le poison de Malacca, poison dejakun ou miatras (3).

Le dajaks/i, ou poison des Qèches de Bornéo (4.).

A ces poisons des flèches, il faut joindre :

Le nevium oleander, dont l'extrait est rapidement toxique pour le cœur (5).

Vellébore vert, Vaconitine et la saponine. ■

Je dirai quelques mots de deux de ces substances : Vellébore vert et Vaconitine, parce qu'elles ont été employées en thérapeutique. Quant à la saponine, c'est un glycoside extrait de la racine du polygala seneca, qui se présente sous la forme d'une poudre amorphe incolore, soluble dans l'eau, avec laquelle elle donne un liquide mousseux.

Cette substance est très irritante au contact ; si l'on en respire des fragments, elle provoque des éternueraents ; dans la bouche, elle est acre et amère ; injectée sous la peau, elle provoque des abcès ; ingérée, elle paralyse l'estomac et les intestins ; et le cœur, bientôt paralysé, s'arrête en diastole ; injectée sous la peau, elle paralyse les nerfs sensibles et moteurs dans son voisinage, puis la moelle se paralyse à son tour. Si l'injection a été faite près de la moelle, celle-ci se paralyse

(j; Pelikan, Sur un nouveau poison du cœur, provenant de l'inée ou ouage et employé au Gabon comme poison de flèche (Académie des sciences juin 1805). '

(2) W.-A. Ilammond et S. Weir Mittcheli, The American Journal of Med. Sciences, july, 1859.

(3) Rosenlhal, Archives de Reichest et Didms-Raymond, — Hermann Meyep, id., d86G.

(4) P. Braidwood, Ediml). Med, Journal, aoûtl8G4.

(a) Pelikan, Acad. des sciences, 186fi, et Gaz. des liûpitamv, 13 février 1866.

d'abord, et la paralysie s'élend de là h Ions les nerfs et à tous les muscles de l'organisme, striés ou non (1).

A'ÉRATRINE.

La véralrme {veratrina, C^FP'Az'O"') est un alcali végétal qui a été découvert par MM. Pelletier et Caventou, dans la eevadille, fruit du verafrum sabadilla, dans la racine de Vellébore blanc [verafrum album), et dans la bulbe du colckique [colcliicum autumnalé). On en trouve de môme dans l'ellébore d'Amérique, le veralrum viride. Toutefois^ Dragendorf (2) croit que ces différents produits ne sont pas identiques. Cependant, leurs effets pathogénétiques sont assez semblables pour qu'on puisse les confondre dans la môme description.

Effets palhogénétiques de la vératrine. — On connaissait depuis longtemps les propriétés irritantes de la vératrine qui en faisaient un purgatif drastique, mais les dangers liés à son emploi à une pareille dose y ont fait renoncer.

Ce qu'on a cherché à utiliser depuis, c'est l'action de cette substance sur le système nerveux, sur les muscles, et particulièrement sur le muscle cardiaque.

En 1854, MM. Faivre et Leblanc (3) ont confirmé l'action sur le tube digestif, mais avec cette remarque que l'hypersécrétion salivaire et intestinale, qui est le résultat de son introduction dans l'organisme, ne tient pas à une irritation locale, mais à une action élective, si bien que le môme effet se produit si la vératrine est injectée dans les veines.

Après cette première action, les chiens, comme les chevaux, tombent dans un état de prostration marquée avec ralentissement notable de la circulation en même temps que la sensibilité est diminuée; plus tard surviennent des convulsions tétaniques qui finissent par faire périr l'animal par asphyxie.

Depuis cette époque, l'étude de la vératrine a fait des pro-

(1) II. Kôhler, Handbuch der physiologischen Therapeutik, p. 1283, 187

(2) Dragendorf, Beilrag zur gericMliclic Cliemie. Sainl-Pétersboiirg, 1

(3) Faivre et Leblanc, Académie des sciences, décembre

VliRATniNE. 703

grès. On a constaté d'abord que tous les animaux en subissent 1 influence à la dose de quelques miUigTammes.

Une première question a été posée: La vératrine peut-elle être absorbée par la peau? C'est vraisemblable, témoin l'irritation des nerfs superficiels, sous l'influence de pommades à la veratnne Les muqueuses l'absorbent, mais lentement. L'élimination a lieu par les reins.

La vératrine, administrée à „„ homme, détermine des effets très varjables sous le rapport de la dose. Ohe. quelqnes-uns, it\ """'8™"™'=' '«furent pour produire l'intolérance ; d'au'

bientôt d une sensation de brûlure accompagnée souvent de

LTd!f. Tf surviennent des coliques, et

enfin de la diarrhée, qui est souvent sanguinolente

Bientôt apparaissent des fourmillements dans les membres en même temps que le pouls devient rare et irrégulier avec abaissement de la température et dilatation des pupilles oui le sujet tombe dans le collapsus. pupi'ies, puis

Lorsqu'on cherche à se rendre compte de ces phénomènes par des vvisechons, on est témoin de faits remarquables,

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était smguhère. La grenouille, en expérience, paraît exténuée ■ elle con racte ses m.embres sans pouvoir avancer. 0. Bezold e.; y regardant de plus prés, c'est-à-dire en inscrivant la courbé d la contraclmn musculaire, a constaté un fait singulier - c'est nue ce qui est troublé, ce n'est pas la contraction, n 'la éeon raction. Le début de la contraction est normal dans sa pér ode de m,se en train comme de contraction. Puis, lorsque la con IracLon do,t cesser et que le muscle doit retourner i sa forme première, cette seconde période est d'une longueur excessive

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plus de chaleur que d'ordinaire (Ilossbach et Harteneck)

Cet état de contraction prolongée n'est pas un tétanos, car ^ muscle mis on rapport avec les nerfs d'une patte de grenouille ne donne pas de tétanos secondaire (Bœhm et Pick) De

plus, cet état n'est pas le résultat d'une action nerveuse; car si la grenouille est préalablement curarisée, et que le muscle soit, par le fait, isolé physiologiquement du système nerveux, l'action de la vératrine sur la fibre musculaire ne s'en montre pas moins. Il en est de môme si l'on a sectionné le nerf ou détruit la moelle.

Quel est, en somme, l'état du muscle vératrinisé? Fick pense que la contraction du muscle plus énergique, la plus grande chaleur produite prouvent que le muscle est excité par la vératrine. D'autres pensent que la présence de la vératrine retarde le processus de restitution qui fait reprendre au muscle sa forme première.

A dose plus élevée, le muscle est paralysé.

Les expériences de von Bezold et de Gloster Meyer montrent que la vératrine n'agit pas sur les nerfs moteurs. Ce n'est qu'à haute dose, quand le tissu musculaire est atteint, que les terminaisons des nerfs moteurs sont atteintes, comme par le curare.

La vératrine, portée directement sur le cœur, y détermine les mêmes effets que sur les autres muscles striés (Bœhm); cependant, la mort du cœur n'arrive que deux ou trois heures après que la vie a cessé dans le reste de l'organisme.

L'influence sur le système nerveux est mal connue ; tout ce qu'on sait, c'est qu'il finit par se paralyser ; la respiration, d'abord accélérée, se ralentit.

Un point important, au point de vue de la thérapeutique, est le suivant : Peut-on espérer d'obtenir un effet d'augmentation de contractilité du cœur sans que le médicament provoque des symptômes pénibles ou nuisibles? Le plus souvent, on est gêné par l'intolérance du tube digestif; le malade éprouve des coliques, de la diarrhée et même des vomissements. On avait fondé de grandes espérances sur l'emploi de la vératrine dans le rhumatisme articulaire aigu, où l'on espérait faire cesser à la fois les douleurs et la fièvre. Piedagnel, l'auteur de ce traitement, puis Trousseau, Aran, la préconisèrent ; mais, malgré cela, elle fut bientôt abandonnée. Nous verrons, dans la partie thérapeutique, le parti qu'on en peut tirer.

^°°''^RATEUns DU COEUR.

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