FRÉQUENCE DU POULS
A la fin de la vie fœtale, le cœur bat 133 à 140 pulsations par minute (l^ Dubois, Jacqucmier, Nœgele, Cburchill, Depaul).
Au moment de la naissance, 120 à 130 (ElsiJesser, Gorham, Lediberder, Trousseau, Mignot, Seux, Steffen, Depaul).
De dix à quinze ans, 76 à 91 (Quetelet, Guy, Vierordt, Steffen).
De vingt à vingt-cinq ans, 69 à 73.
De vingt-cinq à soixante ans, 69 à 73.
Au-dessus de soixante ans, le pouls baisse de fréquence (Hannemann et Dechambre, Rochoux) ; il n'est pas rare de le voir de 56 chez des vieillards de quatre-vingts ans. Richerand l'a vu descendre à 29 chez un vieillard de quatre-vingt-huit ans.
En dehors de ces moyennes, il y a des variations individuelles; on cite, par exemple, le pouls de Napoléon qui ne donnait que 40 pulsations par minute et était faible.
Le sexe aurait aussi une certaine influence. Suivant Quételet, le pouls est plus fréquent chez la femme de 1 à 4 pulsations par minute. Suivant Guy, cet excédent serait de 7 à 8 par minute.
La taille a, dit-on, une influence, et chez deux individus du même sexe et du même âge, le pouls serait moins fréquent chez les grands que chez les petits (Bryan Robinson, Volkmann), Une explication théorique a été donnée par Rameaux, Vierordt et Landois.
La station influe également sur la fréquence. Le nombre est plus élevé chez le sujet debout; il diminue chez le sujet assis et diminue encore chez le sujet couché (Nick, Guy). Guy a donné les moyennes suivantes :
Chez le sujet couché 60 pulsations.
— nssis 71 —
— debout 81 —
Les exercices changent le nombre des pulsations du pouls. Si l'exercice n'est pas prolongé, le pouls s'élève; si l'exercice va jusqu'à la fatigue, le pouls devient plus rare et plus lent (Lichtenfels, Frolich).
Le pouls varie encore dans la journée dans ses rapports avec les repas. Lichtenfels et Frolich ont montré que le pouls s'élève
rapidement. après le café du malin, puis s'abaisse jusqu'au repas de midi ; puis, après ce repas, il se fait une nouvelle élévation du pouls, qui dure une heure et demie à deux heures et demie. A partir de ce moment, le chiffre du pouls descend jusqu'au repas du soir, après lequel se fait encore une troisième élévation.
L'alimentation azotée élève le pouls plus que ne le fait l'alimentation amylacée.
Si le sujet est à la diète, le pouls baisse depuis le matin jusque vers midi; il s'élève dans l'après-midi et monte encore vers le soir; en pareil cas, la température suit assez parallèlement la marche du pouls.
Enfin, la fréquence du pouls varie avec la fréquence de la respiration.
On distingue encore au pouls les qualités suivantes :
Il est grand ou petit, fort ou faible, vite ou lent, dur ou mou.
Au point de vue du rythme, on le divise en fréquent ou rare, régulier ou irrégulier, égal ou inégal, confus ou insensible.
A ces caractères du pouls, il nous faut joindre aujourd'hui ceux que nous donnent les appareils enregistreurs, et tout particulièrement le sphygmographe de M. Marey. Nous les examinerons au fur et à mesure.
nES PALPITATIONS.
On entend par palpitations des battements du coeur fréquents, rapides, brusques, dont le malade a plus ou moins conscience et qui s'accompagnent d'anxiété, quelquefois même de dyspnée. M. le professeur G. Sée, qui a fait dans son livre (1) une très bonne étude des palpitations, leur assigne les caractères suivants :
1" Les battements sont plus fréquents; c'est là le fait dominant, celui qui caractérise le plus nettement les palpitations;
2° Souvent aussi les pulsations cardiaques sont plus rapides, c'est-à-dire que la durée de chaque battement est moindre qu'à l'état normal ;
(1) G. Sée, Du diagnostic et du traitement des maladies du cœur et en particulier de leurs formes anomales, p. 128, 1879.
3° Les contractions cardiaques paraissent plus intenses, et, le plus souvent, elles sont plus facilement perçues; mais il n'est pas démontré pour cela qu'elles soient en réalité plus énergiques;
A° Ces battements, plus accélérés, plus rapides, plus intenses en apparence, sont ordinairement accompagnés d'une modification dans le timbre des bruits perceptibles à l'auscultation ;
5° La plupart des palpitations donnent lieu à des sensations spéciales perçues par les malades ; mais, d'autres fois, ces sensations subjectives font défaut;
6" Enfin, les palpitations peuvent coïncider avec les troubles dans le rythme, ou bien avec des intermittences dans le cœur ; mais ce dernier fait est le plus rare.
M. le professeur G. Sée ajoute qu'il y a toujours augmentation de l'activité et non pas de l'action du cœur, à moins qu'il n'y ait en môme temps hypertrophie.
Les palpitations sont ordinairement perçues par les malades, qui en rendent compte d'une foule de manières. Malheureusement leurs sensations et leurs récits ne correspondent pas à l'énergie de ces palpitations. Les palpitations s'accompagnent rarement de douleurs.
Les palpitations peuvent être continues ou intermittentes ; mais ce qui est certain, c'est qu'elles varient constamment d'intensité à chaque instant.
Revenons sur quelques-uns des caractères. Les palpitations peuvent être tout à fait passagères et ne se montrer que pendant quelques secondes, plusieurs minutes ou plusieurs heures. Elles peuvent se montrer même pendant le sommeil;, d'autres fois, elles sont continues ; tout cela dépend des causes qui les amènent.
Elles peuvent ne donner lieu qu'à des sensations insignifiantes ; mais, d'autres fois, elles sont ressenties comme des chocs ou des coups de marteau, tantôt dans la région cardiaque, tantôt dans la région du cou; elles s'accompagnent souvent d'anxiété ou même de dyspnée.
Aussi arrive-t-il souvent que les malades atteints de palpitations ne puissent pas se coucher sur le côté gauche sans éprou-
ver de la dyspnée et qu'ils n'ont souvent de ressource qu'en se mettant assis ou debout.
La percussion n'indique rien, l'auscultation seule fait reconnaître de temps en temps des bruits frappés plus brusquement; cette brusquerie est souvent plus accusée pour le second bruit, et particulièrement dans la clôture des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire, quand il y a, par exemple, anémie avec souffle pulmonaire anémo-spasmodique. La fréquence du pouls peut être considérable. Ja Payne Cotton {i) a compté jusqu'à 240 pulsations inscrites par le sphygmograpbe chez un homme de quarante-deux ans, qui était atteint du ver solitaire. Le fait cessa après l'expulsion d'une quantité énorme du parasite.
La force du pouls peut être conservée, mais elle est souvent diminuée; le pouls est faible, il peut même devenir insensible.
Le diagnostic des palpitations est facile ; mais ce qu'il est difficile souvent d'établir, c'est de savoir si les palpitations indiquent un état pathologique du cœur et des vaisseaux ou bien si les palpitations sont symptomatiques d'une autre affection.
En effet, les palpitations peuvent être idiopathiques, c'està-dire qu'en dehors de tout état morbide, soit des voies circulatoires, soit des autres organes, il peut exister une émotilité particulière du cœur qui ramène les palpitations à chaque instant. Comme cas particulier, il faut citer l'émotion produite par l'examen du malade. Cette accéléralion particulière est désignée habituellement sous le nom de poids du médecin. Elle cesse le plus ordinairement au bout de cinq à dix secondes, mais chez quelques malades émotiles elle peut durer autant que la visite.
Le plus ordinairement, les palpitations indiquent une maladie nerveuse ou sanguine. Les palpitations qui reconnaissent pour cause une affection nerveuse, dépendent le plus ordinairement d'une affection nerveuse générale sans lésion. Cette affection nerveuse peut être très légère, car, môme à l'état normal, les émotions donnent lieu le plus souvent à des palpitations, surtout les émotions gaies, tandis que les émotions tristes amènent bien plutôt la sidération avec modération ou môme arrêt du cœur.
(1) J. Payne Colton, Bvil. Mecl, Journ., 1867, june.