DISTINCTION DES BRUITS EXTRACARDIAQUES
On trouve également, dans un travail de M. Cufer (1), le passage suivant :
a D'après M. le professeur Potain, il est fort probable que bien des souflles, considérés comme anémiques et se passant dans l'artère pulmonaire, ne sont que des souffles extracardiaques. »
Nous trouvons, en outre, dans une thèse de M. Mezbourian, autre élève de M. Potain, une observation d'un malade dit atteint d'un bruit extracardiaque, et qui n'était bien probablement qu'anémique. Voici cette observation :
Observation Vl (2). Angine simple; bruit de souffle exlracardiaque. — Le 29 janvier 1874, le nommé Roger, âgé de seize ans, est entré à l'hôpital Necker, salle Saint-Louis, n° 14, soulfrant depuis près de quinze jours; fatigue, malaise, courLature. Il y a cinq jours, il lui est survenu du frisson, quelques nausées, de la céphalagie, un violent mal de gorge.
Etat actuel : Angine assez forte, les deux amygdales sont gonflées, herpès des lèvres, état fébrile assez prononcé, pouls à 100, faiblesse extrême.
L'examen de la poitrine ne fait entendre aucun bruit morbide. Douleurs articulaires très prononcées, pas de rhumatisme antérieur. Bruit de souffle systolique très doux, s'entendant aussi bien à la base qu'à la pointe, paraissant plus fort du côté de la base sans se prolonger du côté des artères ni en arrière.
. Bruits de souffle dans les jugulaires ; ces bruits sont en rapport avec l'état anémique du malade.
30 janvier, la rougeur de la gorge est diminuée ; peu de fièvre.
Bruit de souffle précordial faible ; il se propage plutôt dans le sens de la clavicule gauche, que de l'aorte, sans s'entendre ni en arrière ni dans le creux axillaire. M. Potain a fait le diognostic d'un bruit de souffle extracardiaque.
Ib février. Exéat j guérison ; rien k noter.
Nous venons de voir comment les bruits extracardiaques ressemblent aux bruits anémo-spasraodiques et comment l'erreur était facile avant que les caractères des bruits anémo-spasmodiques fussent bien spécifiés. Voyons maintenant comment on peut les différencier :
(1) Des bruits pleuraux et pulmonaires dus aux mouvements du cœur, Thèse, 1877.
(2) Du diagnostic des bruits de souffle extracardiaques, Thèse de Paris,
Bli l'aWÉMIE.
1» Le brait de souffle anémo-spasmodiquc de l'arlère pulmonaire s'accompagne toujours d'un bruit de souffle jugulaire ;
2» Quelquefois il est étendu et se propage vers la pointe, où il peut avoir un troisième foyer;
3» Le bruit de souffle anémo-spasmodique est toujours systolique, tandis que les bruits extracardiaques sont tantôt systoliques et tantôt diastoliques;
4° Jamais le bruit de souffle anémo-spasmodique ne se transforme en bruit saccadé, comme cela arrive pour les bruits extracardiaques ;
5° Le bruit anémo-spasmodique se montre à toutes les révolutions cardiaques, et l'on ne voit pas, comme pour le bruit extracardiaque, le bruit manquer dans certaines révolutions cardiaques pour ne se montrer que dans celles qui coïncident avec la fin de l'inspiration et le commencement de l'expiration ;
6o Le bruit de souffle anémo-spasmodique est beaucoup moins transitoire que le bruit extracardiaque ; il est moins sujet à disparaître sous le fait de quelques modifications cardiaques légères ;
7° Le bruit de souffle anémo-spasmodique n'est jamais accompagné de râles humides ou sibilants ayant le même rythme.
En tenant compte de ces caractères, on voit que le bruit anémospasmodique est un bruit beaucoup plus fixe que les bruits extracardiaques, qui sont au contraire essentiellement variables et que le rythme respiratoire modifie constamment. Pour faire modifier d'une manière importante un bruit anémo-spasmodique, il faut, au contraire, arriver aux efforts énergiques. Aussi les bruits de souffle anémo-spasmodiques sont-ils beaucoup plus faciles à caractériser que les bruits extracardiaques et deviendront-ils d'un diagnostic facile, si l'on veut bien accepter les règles que j'ai posées pour en faire le diagnostic.
Le bruit de souffle anémique est le résultat de deux facteurs : l'anémie et le spasme ou la contraction cardiaque brusque et violente. De là le nom de bimit anémo-spasmodique que je lui ai donné. Ces deux facteurs existent pour tous les bruits du cœur. Aussi, quand les bruits pathologiques du cœur sont peu marqués, on fait marcher les malades pour leur donner des palpitations et développer les bruits anormaux.
BRUlï DE SOUFFLE ANÉMIQUE DANS LE RHUMATISME. 111
Arrivé' au terme de celle longue élude sur les caractères propres aux bruils de souffle anémiques perçus à la poitrine, et sur les caractères qui les difl^érencient soit des bruils des autres organes de la circulation, soit des bruits organiques de l'artère pulmonaire, soit même des bruits extracardiaques, j'ai la confiance que l'étude clinique de ces bruits permettra à mes confrères d'arriver aux conclusions que je n'ai formulées qu'après les avoir contrôlées pendant quatre années.
DE l'anémie dans LE RHUMATISME ARTICULAIRE.
Il m'a paru d'autant plus nécessaire de traiter ici à fond cette question de l'anémie, qu'il est un cas des plus fréquents où l'on confond l'anémie avec les affections du cœur : je veux parler du rhumatisme articulaire aigu. Que de fois j'ai vu prendre pour des endocardites de passage ou même pour des affections organiques du cœur des bruits de souffle anémiques qu'on ne prenait pas la peine d'examiner d'assez près !
Le cas est assez fréquent pour que j'aie pu, en quelques années, recueillir un certain nombre d'observations d'anémie certaine accompagnant le rhumatisme articulaire aigu.
Dans la première catégorie, je place les cas où le rhumatisme ne présente aucun bruit cardiaque, mais seulement des bruits jugulaires ; en pareil cas, il n'y a de doute pour personne.