DE l'eNDOC.\IIDITE ULCÉREUSE
MM.Gharcotet Vulpian acceptent cette théorie, mais ne croient pas que ces. fragments soient d'une nature septique spéciale.
MM. Jaccoud et Lancereaux regardent cette affection comme représentant tantôt l'infection putride, tantôt l'infection purulente.
Enfin, MM. Dupuy, Duguet, Hayem et Marlineau croient que les lésions périphériques ne sont pas dues à des embolies, mais qu'elles peuvent se produire sous la seule [influence de l'état général.
Diagnostic de l'endocardite ulcéreuse. — Les symptômes de l'endocardite ulcéreuse sont de deux ordres : des troubles centraux ou troubles cardiaques et des symptômes généraux produits par l'état ataxo-adynamique et enfin des symptômes produits par les lésions des différents viscères.
Les symptômes cardiaques sont souvent peu accusés, latents, perdus dans l'ensemble des phénomènes graves présentés par le malade. D'autres fois, les troubles cardiaques sont accusés, mais l'état d'anxiété du malade ne permet 'pas un examen méthodique.
La douleur est quelquefois très vive, mais le malade est surtout tourmenté par une très vive angoisse qui ne lui laisse pas de repos. 11 y a des palpitations douloureuses que le moindre mouvement augmente. Aussi le malade reste-t-il immobile sur le dos, demandant qu'on ne le dérange pour rien au monde.
Le cœur bat irrégulièrement, tantôt avec violence et rapidité, d'autres fois il y a des périodes de lipothymie et de défaillance où l'on sent à peine le pouls. L'examen du cœur est difficile; on arrive pourtant à déterminer la position de la pointe, ce qui donne déjà des indications. Mais la percussion est douloureuse et l'on est obligé de l'abandonner.
. Le malade ne supportant aucune pression sur la région cardiaque, il est impossible d'ausculter directement à l'oreille ou avec des stéthoscopes rigides qui transmettent le poids de la tête. L'auscultation, en pareil cas, ne peut être faite qu'avec les stéthoscopes flexibles. On entend alors des bruits de souffle variant de siège et d'intensité et se rapportant les uns à l'endocardite,
SEPTICÉMIE ET PYOHÈMIE. IS»
les autres à la pcncardiLe. Si bien qu'on peut suivre quelque- Ibis très nellomentles organes envahis successivement. C'est ce que j'ai constaté il y a deux ans, avec le docteur Josias, chez un malade de Charenton qui a succombé à une endocardite ulcéreuse primitive. Endocardite survenue chez un sujet usé par le travail et de plus négociant en gros pour les vins lins et les alcools. Le pouls, souvent irrégulier, est petit ou grand, suivant le siège des ulcérations et la nature des destructions valvulaires.
Les symptômes généraux ont toujours un aspect grave: l'anxiété, l'orthopnée, les lipothymies, les tendances à la syncope; un pouls fréquent accompagnant une température élevée à 40 degrés, enfin l'abattement de l'adynamie, le délire et quelquefois même des convulsions.
Dans la forme adynamique ou putride, on voit dominer l'abattement et la prosti'ation qui accompagne une fièvre vive à température élevée. Le pouls est souvent mou et dicrote.
Le malade est dans le subdelirium, parlant presque constamment pour prononcer des phrases sans suite, mais revenant souvent sur les mêmes idées ou les mêmes sujets. La langue est sèche, noire, la face souvent ictérique, le ventre météorisé avec de la diarrhée. Les poumons sont congestionnés avec des râles crépitants disséminés.
Dans la forme pyohémique on observe tous ces mêmes symptômes, mais ils sont interrompus de temps en temps par des frissons violents et' répétés, suivis de chaleur et de sueur. Enfin on observe quelquefois des retours périodiques de ces phénomènes ainsi que des crampes. Il y a presque toujours de l'ictère.
Les phénomènes viscéraux s'accusent par de la congestion "dè^ bases des poumons avec dyspnée et des râles de pneumonie, souffle tubaire avec expectoration mucoso-purulente. On trouve encore la rate douloureuse et gonflée, de l'albumine dans les urines. Le foie, gonflé, douloureux également, donne presque toujours lieu à de l'ictère et, s'il y a des embolies cérébrales, de l'hémiplégie gauche, sans convulsions ni contractures.
Les causes les plus. ordinaires de l'endocardite ulcéreuse sont d'abord le surmenage, puis l'état puerpéral.'O. Diir rapporte que
18* DK i/eNDOCARDITE ULCÉRIiUSE.
sur G 848 femmes accouchées, on a rencontré l'endocardile 03 fois et sur ce nombre de 63, 11 fois l'endocardite a pris sa forme ulcéreuse, c'est-à-dire 17 fois sur dOJ.Winge l'a vue survenir comme complication d'une déchirure de l'urèthre produite par une fausse route; Eisenlohr, dans un cas de carie vertébrale. Virchow donne comme cause prédisposante des vaisseaux artériels petits, comme il en a trouvé dans la chlorose.
Klebs prétend qu'il s'agit, en pareil cas, de microbes qui pénètrent par les plaies, dans l'état puerpéral, par exemple; que ces microbes, répandus de sang, arrivent à former dans ces vaisseaux capillaires des valvules, des obstructions emboligènes qui entraînent la nécrobiose de ces valvules et par suite les ulcérations et leurs conséquences.
Le diagnostic se réduit donc ici à deux points. Si l'endocardite est primitive, elle se reconnaîtra aux caractères de l'endocardite et la nature de la maladie sera établie par la nature et la gravité , des phénomènes généraux. C'est ce qui m'est arrivé précisément dans un cas que j'ai observé avec le docteur. Jpsias et que nous avons montré à M. le professeur Polain.
Dans l'autre cas, il s'agit d'une maladie grave puerpérales, éruptive, typhoïde ou autre, dans laquelle . des symptômes graves et plus particulièrement des symptômes cardiaques se m'entrent. Il s'agit, en pareil cas, de faire un examen complet du jnalade, pour voir si les complications n'ont pas pour cause une lésion cardiaque grave; c'est une surveillance active qu'il faut toujours exercer en pareil cas et qui viendra révéler la nature cardiaque de la complication.
La durée de l'endocardite ulcéreuse est de cinq à six semaines quand elle est primitive ou qu'elle estgrefi'ée sur d'anciennes lésions valvulaires. Celle qui survient dans le cours de rhumatisme articulaire aigu, n'est que de deux à quatre semaines. Enfin, celle qui survient dans le cours de l'état puerpéral ou des fièvres graves, ne dure que de quatre à six jours. La terminaison est toujours fatale.