‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 141 sur 413 · BRUIT DE SOUFFLE DE L'INSUFFISANCE AORT1QUE · texte numérisé non relu

BRUIT DE SOUFFLE DE L'INSUFFISANCE AORT1QUE

bord inférieur du cœur. Le schéma se dirige à gauche ; il y a, en outre, un bruit de souffle à la pointe sans qu'il y ait de lésion mitrale. Ce bruit, comme cela arrive souvent quand il y a une hypertrophie considérable, est dû à l'insuffisance de la valvule mitrale produite par la dilatation du cœur. On entend alors à la pointe un double souffle systolique et diastolique.

Le point maximum où l'on entend le bruit de souffle de l'insuffisance aortique correspond en général à l'appendice xiphoïde, c'est-à-dire a l'endroit où le sang refluant par le fait de la pesanteur vient choquer le plan inférieur du ventricule gauche qui repose sur le diaphragme.

Quant à l'obliquité plus grande du bruit ancien, elle correspond à la rotation de l'axe du cœur, qui devient de plus en plus horizontal à mesure que le cœur s'allonge par l'hypertrophie.

2° Temps. — Le bruit de souffle de l'insuffisance est un bruit diastolique; il remplace le claquement des valvules sigmoïdes, donc il commence avec la diastole. Maison remarquera que, clans l'insuffisance aortique, la durée de la systole est moindre que dans l'état normal, que le choc systolique est brusque et rapide, mais que la chute de la systole est rapide. Aussi semble-t-il souvent que le petit silence est très court et que le bruit diastolique suit presque immédiatement le bruit systolique. Ce bruit commence avec la diastole et couvre, par conséquent, une partie du grand silence. 11 se termine avec la diastole, en laissant au grand silence la durée de la systole auriculaire. Car il ne faut pas oublier que le grand silence correspond à la diastole, plus a la systole auriculaire. Il ne couvre pas le bruit systolique suivant.

Dans le cas d'hypertrophie considérable du cœur, il se propage à la pointe et couvre le second bruit et tout le grand silence ; là on le voit quelquefois se prolonger et couvrir le bruit systolique suivant. Le rythme qu'on entend à la pointe donne alors l'apparence d'un double bruit de souffle, bien qu'il n'y ait pas de lésion mitrale. Je reviendrai sur ce point important du diagnostic différentiel.

Donc, l'insuffisance aortique pure, la maladie de Corrigan, n'a pour symptôme, à l'auscultation, qu'un bruit de souffle

2S2 MALADIE DE CORKIGA.W

diastolique. Le premier brait reste normal si l'insuffisance existe seule.

Comment se fait-il que des auteurs très recommandables, comme Stokes, Banks, Gendrin, Alvarenga et d'autres, admettent un double souffle?

Stokes dit, par exemple (p. 137), qu'on entend un bruit de souffle double et rude, se propageant de l'orifice aortique sur le trajet de l'arbre artériel, et (p. 215) qu'on entend un bruit de soufflet de l'aorte ascendante et des arlères carotides etsous-clavières. Enfin (p. 230), le murmure, ordinairement double, peut être quelquefois simple; il accompagne la systole ou bien alors la régurgitation du sang.

Cette erreur du double souffle tient à plusieurs circonstances. Je ne parle pas des lésions amenant une induration des valvules et un rétrécissement de l'orifice, cela est évident. Je parle des cas où l'on a entendu, pendant la vie, un double souffle et où l'on a trouvé, après la mort, des valvules parfaitement souples, mais insuffisantes. Cela tient à ce qu'en pareil cas l'insuffisance a été observée chez des vieillards qui présentaient une dilatation athéromaleuse de l'aorte et des rugosités,, puis une insuffisance par dilatation. Cette forme d'insuffisance aortique secondaire, produite par la dilatation aortique, sera décrite, aux maladies de celte artère, sous le nom de maladie de Hodgson.

J'en donnerai pour preuve l'observation de Banks (1), qui a pris pour un symptôme d'insuffisance aortique un bruit de souffle ascendant produit par une portion de la matière athéromateuse de plus d'un pouce de long, qui s'implantait sur l'orifice par un pédicule étroit et flottant dans l'aorte.

Enfin, au bruit de l'insuffisance aortique peuvent se joindre des bruits produits par l'extension de l'inflammation à la mil Irale, ou des bruits dus aune corde valvulaire tendue au travers de l'orifice, etc. 11 en résulte en somme que le bruit produit par l'insuffisance aortique est un bruit diastolique descendant. Tout bruit surajouté indique une lésion surajoutée.

Quant aux bruits trouvés dans la carotide et les sous-clavières,

(I) Banks, Dublin liospilal Gazette, n° 3, 1S57.

Page 1