BRUIT DE SOUFFLE DE L'INSUFFISANCE AORT1QUE
ils sont le produit de la pression du stéthoscope rigide par la tête de l'observateur. La substitution des stéthoscopes flexibles aux stéthoscopes rigides met à l'abri de cette cause d'erreur.
3° Le timbre. — Hope l'a très bien décrit; il est doux, moelleux etaspiratif; il est quelquefois superficiel en apparence, mais le plus ordinairement profond. Il est plus fort au début et va en s'atténuant.
Pour bien l'entendre, il faut faire asseoir le malade ou mieux encore le placer dans la station debout. Dans cette position, la pesanteur augmente la chute du sang, et le cœur, pressé contre la paroi thoracique, le fait mieux entendre.
Il s'entend mieux à l'oreille qu'avec les stéthoscopes. Il perd une partie de son intensité dans le stéthoscope de bois, et il en perd davantage dans le stéthoscope ordinaire en caoutchouc. Mais, en revanche, il est très bien conduit par le stéthoscope adhérent avec caisse de renforcement et tubes biauriculaires.
On peut reconnaître, au timbre, que la direction du bruit est une direction descendante.
L'auscultation des artères a permis à M. le docteur Duroziez (1) d'entendre, dans les artères et en particulier dans l'artère crurale, un double souffle, qu'il regarde comme pathngnomonique de l'insuffisance aortique. J'ai entendu ce bruit, comme M. Duroziez, avec un stéthoscope en bois, la tête appuyant sur l'instrument et le pavillon de l'instrument étant large. Mais je ferai observer qu'avec un pareil instrument on le retrouve dans la chlorose, l'anémie, l'intoxication saturnine et la fièvre typhoïde. Je suis convaincu qu'en pareil cas le bruit est dû aux déformations de l'artère par le stéthoscope. Si l'on se sert d'un stéthoscope flexible, qui permet d'appuyer légèrement sur l'artère sans la déformer, il n'y a plus de double souffle crural. Les bruits n'apparaissent qu'a mesure qu'on déforme l'artère par l'instrument.
Les phénomènes de la circulation présentent encore d'autres modifications, le pouls est souvent plus fréquent. La tension est en général abaissée, surtout dans les premiers temps, et tombe-
|l) Duroziez, Archives de médecine, lsGI.
rait à A ou 5 centimètres de mercure. Mais, selon M. F. Franck, elle se relèverait dans la période de tolérance. Ce qui est certain, c'est la plus grande ampleur des oscillations du volume des vaisseaux môme capillaires et par suite des tissus.
Il est une autre particularité qui a été notée parle professeur Renaut (de Lyon) sur le pouls des malades atteints de large insuffisance aortique. Elle consiste en ceci, qu'on trouve quelquefois sur le tracé sphygmographique du pouls carotidien un ressaut ou plutôt une élévation de la ligne correspondant à la systole de l'oreillette, et indiquant son hypertrophie.
Ce détail, que M. F. Franck a rencontré de son côté et que M. Marey a reproduit sur l'appareil schématique de la circulation, semble indiquer à la fois une large insuffisance et une hypertrophie de l'oreillette.
Fig. 91. La contraction de l'oreillette est marquée en 0. (Renaut.)
Ainsi donc, dans la maladie de Gorrigan, la systole de l'oreillette augmente de force et de durée. Nous verrons plus loin que la systole du ventricule diminue souvent de durée.
Enfin M. R. Tripier (1) a indiqué pour l'insuffisance aortique un retard du pouls artériel plus grand qu'à l'état normal. M. F. Franck, qui a cherché à constater ce phénomène avec les appareils enregisteurs, a constaté qu'il n'en est rien. J'ai pris également des tracés sphygmographiques et j'ai vu comme M. F. Franck que la pulsation était plutôt avancée que retardée, ce qui est en rapport avec la brusquerie de la systole et son peu de durée.
(I) R. Tripier (de Lyon), Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, janvier 1877.