‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 159 sur 413 · VARIATIONS DU POULS · texte numérisé non relu

VARIATIONS DU POULS

la fourchette du sternum, où l'aorte dilatée vient faire saillie.

Hope fait observer que le frémissement cataire est souvent plus marqué dans l'anévrysme vrai que dans l'anévrysme faux sacciforme, à cause de l'absence des caillots stratifiés qui se rencontrent dans les sacs anévrysmaux, tandis qu'il n'y en a pas dans l'anévrysme vrai, ainsi que l'a remarqué Hodgson.

D'autre part, la dilatation s'arrêtant le plus souvent avant la fin de la courbure, les artères émanées de la partie droite subissent souvent la dilatation, tandis que les artères gauches ne le sont pas, d'où une première forme ■ d'irrégularité du pouls. D'autres fois, la distribution irrégulière des plaques athéromateuses fait qu'une artère en particulier se trouve obstruée, si bien qu'on peut voir l'altération du pouls du même côté que l'anévrysme vrai ou du côté opposé.

Cette contradiction apparente des symptômes jette un peu de trouble d'abord ; mais on s'en rend bientôt compte.

La différence des deux pouls, quand elle est grande, est sensible au toucher, mais quand elle n'est pas sensible au toucher, elle reste sensible au sphygmo graphe.

En voici un exemple :

Observation XLV. Maladie de Hodgson. — Le sieur P..., âgé de soixante-six ans, entre dans mon service à l'infirmerie de l'hospice de Bicètre, salle Saint-André, n° 18, le 20 octobre 1872.

Ce vieillard, qui a les artères athéromateuses, donne à l'examen du cœur les résultats suivants :

La pointe bat dans le cinquième espace intercostal à 10 centimètres de la ligne médiane, le bord supérieur du foie correspond au cartilage de la cinquième côte, le bord vertical du cœur est tout près du sternum à. 2 centimètres de la ligne médiane. Le bord inférieur a peu d'obliquité.

L'auscultation du cœur donne à la pointe des bruits sourds. Le premier est un peu prolongé, à l'aorte les bruits sont faibles. Rien à la tricuspide ni à l'artère pulmonaire.

Les deux pouls sont inégaux. Le pouls radial gauche est plus faible que le pouls radial droit.

La percussion fait entendre de la matité derrière le sternum et dans le premier espace intercostal droit. L'auscultation pratiquée en ce point donne par moments une intensité considérable des bruits.

Ici la dilatation est bien accusée par l'athérome artériel, la différence des deux pouls et la matité dans la région supérieure du sternum et du premier espace intercostal.

2 MALADIE DE IIODGSON.

Voici les deux pouls :

Fig. 101. Pouls radial droit.

Fig. 102,

Autre exemple :

Observation XLVI. Dilatation anévrysmatique de l'aorte. Maladie de Hodgson. — M. le président B..., d'uue constitution des plus vigoureuses et même athlétique, pouvant servir de modèle pour l'Hercule Farnèse, a joui d'une santé parfaite jusqu'à l'âge de soixante et dix ans, n'ayant été arrêté que de temps en temps par des accès de goutte dont il venait à bout facilement par des purgatifs drastiques.

L'année dernière, il a commencé à se sentir pris d'essouflement et il est parti pour la campagne où je l'ai perdu de vue. Cette année, il revient avec une dyspnée cardiaque manifeste et de l'œdème des membres inférieurs.

L'examen du cœur donne les résultats suivants : La pointe bat dans le sixième espace intercostal à 12 centimètres de la ligne médiane, le bord du foie correspond au cinquième cartilage et le bord vertical à 3 centimètres du sternum .

L'obliquité du bord inférieur est assez grande. Il y a donc uue hypertrophie du cœur portant presque exclusivement sur le cœur gauche. L'auscultation révèle à la pointe un souffle doux systolique étalé.

A l'aorte, ou entend à droite du sternum un grand souffle fort qui occupe les trois premiers espaces intercostaux. Le souffle commence dès le troisième espace, il grandit de force et d'étendue dans le deuxième et conserve celte intensité dans le premier espace. C'est dans le deuxième espace intercostal droit qu'il a son maximum de force, d'intensité et d'étendue. En effet, dans le deuxième espace intercostal, le bruit s'entend encore très fort à 4 centimètres du bord droit du sternum. Le bruit se prolonge un peu dans la carotide du même côté. Le bruit reste fort derrière le sternum.

MALADIE DE IIODOSON.

A gaucho du sternum, il existe encore très fort, mais cependant atténué dans les trois premiers espaces intercostaux, puis il s'étale doux et faiblissant sur toute la surface du ventricule. A la pointe, il y a un second foyer triangulaire à sommet dirigé vers l'aisselle.

Ce bruit est systolique, commence et Unit avec la systole ventriculaire ; il est suivi d'un claquement sigmoïde très bien frappé.

Il n'y a rien à la tricuspide ni aux jugulaires, rien ;\ l'artère pulmonaire. La percussion donne de la matité dans toute l'étendue où se perçoit le souftle supérieur.

A la pointe, le souffle est également systolique.

Fig. 103.

Les deux pouls sont inégaux, le droit est large, grand, aortique; le pouls du côté gauche est petit, comme mitral.

Le diagnostic ici est facile : dilatation de la partie ascendante et d'une partie de la portion transversale. Quant à la mitrale, il y a un bruit très étalé se dirigeant vers l'aisselle, qui est un bruit de la mitrale. En raison de l'hypertrophie considérable avec dilatation du cœur, il est probable qu'il s'agit d'une insuffisance mitrale par dilatation.

Le foie n'est pas gros, il n'y a ni œdème pulmonaire ni ascite, mais un œdème considérable des jambes remontant jusqu'à la verge et aux bourses, qui sont très distendues.

Le malade meurt à la fin de l'année dans la cachexie cardiaque.

Ainsi que nous venons de le voir dans les deux observations précédentes, l'affection s'accuse encore par de la matité dans la région supérieure du sternum et du poumon droit. Cette matité est très caractéristique quand il n'y a pas de lésion pulmonaire

3f. MALADIE DE HODGSON.

à ce niveau, ce qui peut arriver, comme on en trouvera un exemple plus loin. En pareil cas, la malité correspond exactement à la partie occupée par l'anévrysme, et elle s'accuse par conséquent plus et plus vite dans la partie qui correspond au deuxième intercostal droit.

L'auscultation est souvent assez délicate. Laennec regardait ce diagnostic comme un des plus difficiles : « Entre toutes les lésions graves des organes placés dans l'intérieur de la poitrine, trois surtout restent sans signes pathognomoniques constants pour un médecin exercé à la percussion et à l'auscultation : l'anévrysme de l'aorte, la péricardite et les concrétions sanguines du cœur, antérieures à la mort (l). »

Examinons ces bruits sous les trois conditions de l'espace, du temps et du timbre.

1° Topographie. L'espace où ce bruit s'entend au début est le bord droit du sternum, dans le deuxième espace intercostal. Puis, à mesure que le bruit grandit, il s'étend de plus en plus dans le deuxième espace intercostal droit. Il est remarquable que ce bruit de souffle de Hodgson a bien plus de tendance à s'étaler en largeur qu'en hauteur. On le voit souvent s'écarter de 4 centimètres du bord droit du sternum, alors qu'il

ne s'entend pas encore dans le premier espace intercostal et encore moins dans la carotide droite.

En voici trois exemples :

Observation XLVII. Maladie de Hodgson. — Le sieur D..., Agé de soixante et onze ans, menuisier, entre à l'infirmerie de l'hospice de Bicètre le 12 octobre 1872.

On constate que la pointe du cœur est dans le sixième espace intercostal, à 9 centimètres de la ligue Fig. 104. médiane. Le bord du foie ne peut

être fixé à cause d'un épanchement léger qui existe dans la plèvre droite. Il en est de mémo du bord vertical. Les artères radiales sont sinueuses et

(1) Laennec, loc. cit., t. I", p. 727.

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