SIÈGE DU SOUFFLE TRICUSPIDIEN
l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Cécile, n° 19. On lui reconnaît les phénomènes généraux d'une maladie du cœur.
La mensuration donne les résultats suivants :
1 a pointe bat dans le cinquième espace intercostal gauche, à 1 1 centimètres de la ligne médiane.
Le bord supérieur du foie correspond au bord inférieur du cinquième cartilage droit.
L'angle hépatique du triangle cardiaque est donc abaissé de toute la hauteur du cartilage, aussi le bord inférieur du cœur est-il devenu sensiblement horizontal. Le bord vertical est près du sternum. Mais il est difficile de préciser cette mesure, car il y a de la voussure plus marquée à droite qu'à gauche et une sonorité emphysémateuse rendant très difficile la délimitation du bord droit. Il n'y a pas de frémissement cataire.
A l'auscultation, on entend un bruit de souffle ayant son maximum au niveau de l'appendice xiphoïde et se prolongeant dans la direction de la pointe sans y atteindre. Le plus ordinairement au niveau de la pointe on ne l'entend pas, et ce n'est que par moments qu'on peut le retrouver très affaibli.
Le bruit cesse, du reste, à 4 ou b centimètres avant d'arriver à la pointe.
Le bruit est systolique, couvrant tout le premier bruit et le petit silence.
Sous le rapport du timbre il est rude, intense, en jet de vapeur.
On constate dans le reste de la poitrine des troubles des voies respiratoires. La sonorité à la percussion, exagérée à la partie moyenne, est diminuée en haut et en bas.
On trouve des râles sous-crépitants presque partout, surtout aux bases, où ils sont variables de grosseur : ceux du côté droit sont très gros et accompagnés de souffle ; dans ce point les vibrations sont exagérées.
Aux sommets, la respiration est forte, de ce même côté et du côté opposé elle est soufflante avec des râles fins dans la fosse sus-épineuse. L'expectoration est puriforme avec une odeur fétide, les ongles sont hippocratiques.
Le foie est très augmenté de volume, il atteint presque la fosse iliaque. 11 y a un peu d'ascite, de l'œdème des parois abdominales et de l'œdème considérable des membres inférieurs. Pas d'albumine dans les urines.
La malade qui, au moment de son entrée, est en état d'asystolie, souffre depuis longtemps de gène respiratoire et d'oppression. Elle s'était bien portée jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, mais depuis cette époque, c'està-dire depuis six ans, sa santé s'est altérée, elle a commencé à tousser au début d'une grossesse; l'année suivante elle a eu une hémoptysie. Elle n'a cessé de tousser tous les hivers depuis ce temps. Son père est mort phthisique.
Le diagnostic est celui-ci : emphysème, catarrhe et tubercules au sommet, affection organique du cœur siégeant vraisemblablement sur la tricuspide avec insuffisance et troubles veineux consécutifs, œdème pulmonaire, congestion hépatique, ascite, œdème des membres inférieurs.
AFFECTIONS DU COliUU DROIT.
Traitement: lait, teinture de digitale, potion au quinquina.
Elle meurt après quelque temps de séjour à l'hôpital.
A l'autopsie ou constate la sclérose des lobes supérieurs des poumons, une dilatation de presque toutes les bronches des lobes inférieurs, avec amincissement des parois et disparition du tissu pulmonaire.
Le cœur présente une endocardite scléreuse de la tricuspide avec insuffisance de la valvule. Foie renversé en arrière, ce qui explique l'abaissement du bord antérieur (1200 gr.). Reins congestionnés, ascite modérée.
Les deux observations suivantes me paraissent également probantes, bien qu'elles n'aient pas été suivies d'autopsies.
Observation LXIII. — Au mois de septembre 187o, j'ai été consulté par un sieur Micheletti, d'origine italienne, âgé de cinquante-quatre ans, qui avait servi pendant longtemps comme cuisinier à bord des navires.
11 déclarait n'être malade que depuis un an. 11 avait bien eu à Cayenne, en 1832, la fièvre jaune et les coliques sèches, mais il lui avait suffi de vingt-neuf jours d'hôpital à la Martinique pour se guérir, et il était rentré en France bien portant.
11 m'a raconté qu'il y a un an il était occupé dans une cave à mettre du vin en bouteilles sans s'apercevoir qu'il s'était mis en nage et que sou liugc était trempé à tordre. Un ami survint qui lui en fit l'observation, il sortit aussitôt pour se changer. Malgré cela, il a été pris peu de temps après de battements de cœur et d'oppression qui ne l'ont plus quitté.
Au moment où j'ai vu le malade pour la première fois, il était atteint d'œdème des membres inférieurs avec bouffissure de la face et cyanose. La respiration est courte. On entend la respiration dans la partie supérieure des poumons, mais la moitié inférieure est mate, avec une respiration presque nulle et des râles sous-crépitants fins à la partie supérieure de cette zone. C'est de l'œdème pulmonaire.
L'examen du cœur donne les résultats suivants : la pointe bat dans le cinquième espace intercostal, à 15 centimètres de la ligne médiane. Le bord du foie correspond au cartilage de la quatrième côte droite. Le bord vertical, très éloigné, est à 3 centimètres du sternum, c'est-à-dire à 4 centimètres et demi de la ligne médiane.
L'auscultation de la pointe ne fait entendre aucun bruit de soufile. Je constate seulement que la systole est longue, que le deuxième bruit tarde et tend à égaliser les silences. C'est presque le bruit de pendule.
Mais il existe un bruit de souffle très net, localisé à la partie inférieure du sternum. Ce bruit occupe un espace grand comme une pièce de cinq francs. Le schéma qui représente le lieu où s'entend ce bruit a une forme circulaire. 11 commence sur le sternum à i centimètre de la ligne médiane couvrant bipartie gauche et l'insertion à cet os des quatrième et cinquième cartilages.