RAPPORTS GÉNÉRAUX DU CŒUR AVEC LA PAROI ANTÉRIEURE DE LA POITRINE
Si l'on veut se rendre un compte exact de la forme, de la grandeur et des rapports du cœur, il faut avoir soin d'examiner le cœur à sa place et dans la cavité thoracique. Le nombre des erreurs qui ont été commises pour avoir voulu décrire la forme et la grandeur du cœur après l'avoir retiré de la poitrine, est considérable et j'aurai, chemin faisant, à les redresser.
Pour bien voir le cœur en place, il faut faire une fenêtre à la paroi antérieure de la poitrine, en ayant bien soin de ne pas ouvrir la cavité abdominale. On fait une section transversale du sternum au niveau de l'insertion des cinquièmes cartilages droit et gauche, on fait ensuite la section des cartilages costaux à leur extrémité externe, au niveau de la soudure avec les côtes. On coupe ensuite le sternum une seconde fois en haut, au-dessous de l'aLtache des cartilages des premières côtes. Cette pièce une fois enlevée on se trouve en face du péricarde et des deux plèvres séparées par du tissu conjonctif.
Une fois le péricarde ouvert, on aperçoit directement le cœur, que l'on trouve couché transversalement sur le diaphragme, tandis que presque toutes les planches anatomiques, depuis celles de Bourgery et Jacob, le représentent la pointe en bas et la base en haut, comme un cœur de carte à jouer.
Ce n'est pas pour la première fois qu'il faut remettre le cœur à sa place couché sur le diaphragme, Sénac le faisait déjà observer dans les termes les plus précis, que je suis heureux de citer :
« La position de cet organe ne paraît pas difficile à saisir et cependant elle a partagé les anatomistes. Les uns ont cru qu'il était suspendu aux vaisseaux qui en sortent, les autres ont prétendu qu'il était couché transversalement sur le diaphragme, comme sur un soutien nécessaire. La suspension a été adoptée par le plus grand nombre. Il a fallu attendre que quelques anatomistes plus exacts eussent, pour ainsi dire, remis le cœur en sa place. Ça été une découverte pour un écrivain fort récent (Eustachi), mais d'autres l'avaient prévenu.
« Casserius, Bartholin, Diemerbrock, Lower, Bidloo, Vieus-
sons, Verheyon n'avaient pu éviter l'erreur grossière que toutes leurs dissections devaient leur reprocher ; c'est apparemment le cœur des animaux qui est la source de celte erreur si générale. Dans les bœufs, dans les moutons, etc., l'axe du cœur est presque parallèle au grand axe de la poitrine ; la pointe des ventricules est attachée au diaphragme. La position du corps de ces animaux sur les quatre jambes demandait, pour leur cœur, une situation différente de celle du corps humain.
« Des observateurs plus exacts n'ont pas cherché dans les animaux la situation du cœur de l'homme. Eustachi représente le cœur humain dans sa véritable posilion. Vésale avait donné l'exemple à cet anatomiste célèbre. Ruysch a marché sur ses traces. 11 a corrige ceux que l'erreur ou l'exemple avait égarés dans ces derniers temps.
« Suivant les descriptions de ces anatomistes, ou plutôt suivant ce que les yeux les plus grossiers peuvent observer, le cœur est couché sur le diaphragme. Ce muscle transversal leur forme une sorte de plancher (1). »
Et plus loin Sénac ajoute :
« Suivant les anciens, la forme du cœur est pyramidale; des modernes, qui ont raffiné sans avoir raison, ont dit qu'elle était irrégulièrement conique. Celle irrégularité n'est pas douteuse, car les segments parallèles à la base ne sont pas circulaires. Le cœur est aplati à sa face inférieure, c'est-à-dire dans la surface qui regarde le diaphragme (2). »
Je fais donc comme Sénac, et depuis dix ans je décris le cœur sous la forme d'une pyramide triangulaire. Celle figure, qui se rapproche beaucoup plus que les autres de la vérité, donne les facilités les plus grandes pour se rendre un compte exact des rapports du cœur (3).
Le cœur, considéré comme une pyramide, présente donc trois faces et Irois bords :
1° Une face antérieure verticale, correspondant à la paroi
(1) Sénac, Traité de la structure du cœur, de so?i action et de ses maladie*, t. I", chap. ix, p. 182, 2e édit., Paris, 1783.
(2) Sénac, toc. cit., p. 185.
(3) Voyez mon mémoire intitulé : Du )-étrécissement des orifices de l'artère pulmojiaire, lu a la Société médicale des hôpitaux le 11 août 1871.
Fig. 3, empruntée ii VAnatomie de Cruveilhier,
postérieure du sternum et des cartilages costaux; cette face est triangulaire.
Le sommet du triangle esL formé par la pointe du cœur, c'està-dire par le sommet du ventricule gauche. La base est formée par le bord vertical (convexe vers la droite) de l'oreillette droite, car l'oreillette droite est allongée verticalement, comme 'un fuseau, recevant directement la veine cave supérieure et la veine cave inférieure.
La veine cave supérieure descend verticalement et pénètre dans l'oreillette droite au niveau du deuxième espace intercostal, à 1 centimètre et demi du bord droit du sternum et, mieux encore, à 3 centimètres de la ligne médiane. L'angle inférieur est droit ou presque droit ; il est formé par la veine cave inférieure, qui, normalement, est située le long du bord droit de la colonne vertébrale, à une hauteur qui correspond à l'insertion du cinquième cartilage droit au sternum.
11 faut encore redresser ici une erreur commise par presque tous les anatomistes, qui ne considèrent au cœur que deux faces et le décrivent comme suspendu par sa base aux gros vaisseaux. Ils enseignent presque tous, même les plus modernes, que la veine cave, après son entrée dans le diaphragme, fait un coude, en se portant horizontalement en avant, pour pénétrer dans l'oreillette droite par l'orifice d'Eustachi.
La veine cave inférieure, au contraire, après avoir traversé le diaphragme, continue sa marche ascendante verticale, jusqu'à son entrée dans l'oreillette droite, traversant alors la face inférieure ou diaphragmatique du] cœur, qui est horizontale ou presque horizontale. Comme le diaphragme est un peu plus haut en arrière qu'en avant, de 1 centimètre environ, la face antérieure de la veine cave a 1 centimètre et demi de longueur, tandis que lajface postérieure n'a qu'un demi-centimètre tout au plus.
Les deux veines caves prolongent donc les deux angles de la base, comme deux gonds d'une porte.
Le bord inférieur du triangle va de la pointe du cœur à L'insertion de la veine cave inférieure. Ce bord est très anguleux, indiqué tout particulièrement par une bandelette graisseuse.
TOPOGRAPHIE DU COEUft. 13
Le bord gauche est oblique ; il pai't de l'insertion de la veine cave supérieure, passe au-devant de l'aorte et de l'origine de l'artère pulmonaire et suit assez exactement le bord antérieur de la cloison interventriculaire; il correspond au sillon que suivent les vaisseaux et nerfs cardiaques, sauf à la pointe, où le ventricule gauche vient faire une légère saillie.
2° La face inférieure du cœur est plate, sensiblement horizontale, faiblement inclinée de droite à gauche et d'arrière en avant; elle repose sur le diaphragme ; elle est formée par la base de l'oreillette droite et la face inférieure des deux ventricules. La cloison interventriculaire sépare cette face en deux parties égales, si bien que ces deux ventricules, droit et gauche, reposent sur le diaphragme par une surface égale. Cette face diaphragmalique du cœur n'appartient qu'à l'homme; elle est la preuve de la station bipède.
3" La face gauche de la pyramide cardiaque est convexe ; elle est formée par la face pulmonaire du ventricule gauche ; elle est un peu moindre que les deux autres. Elle est oblique de droite à gauche, de haut en bas et d'arrière en avant.
La base de la pyramide cardiaque est formée par les deux oreillettes. L'oreillette droite forme la base de la face antérieure ; elle a la forme d'un fuseau vertical, sorte de renflement des deux veines caves supérieure et inférieure.
L'oreillette gauche, au contraire, est située plus en arrière, et à gauche elle est étendue transversalement, pour recevoir le sangrouge des deux séries de veines pulmonaires. Elle est située immédiatement au-dessous de la bifurcation de la trachée, qui la sépare des ramifications de l'artère pulmonaire. Elle correspond à la hauteur de la sixième vertèbre dorsale.
En arrière, l'oreillette gauche est séparée de la colonne vertébrale par le médiastin postérieur, contenant le plexus cardiaque provenant des deux nerfs pneumogastriques, le plexus cardiaque provenant des rameaux du grand sympathique, l'œsophage, 1 aorte, le canal thoracique et la veine azygos.