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CHAPITRE XXVII

Le myocarde constitue un tissu particulier. Bien qu'il fasse partie des muscles soustraits à la volonté, le myocarde se rapproche des muscles volontaires par sa charpente fibreuse, par les tendons terminaux de ses fibres, par sa couleur rouge si prononcée et enfin par la striation de ses fibres.

Voilà par quels caractères le myocarde se rapproche des muscles volontaires, mais il en diffère par les traits suivants : le volume des fibres est plus petit. Tandis que le diamètre moyen des fibres striées des muscles volontaires est de 6 centièmes de millimètre à 8 centièmes de millimètre, celui des fibres charnues du cœur ne dépasse pas 2 centièmes de millimètre.

Les fibres striées des muscles volontaires se groupent en faisceaux secondaires, puis tertiaires, isolés les uns des autres par du tissu conjonctif, formant à chaque faisceau une gaine de plus en plus épaisse à mesure que ceux-ci deviennent plus volumineux. Celles du cœur ne se groupent pas en faisceaux parallèles et graduellement croissants.

Chaque fibre dans les muscles volontaires est entourée d'une gaine ou sarcolemme qui l'isole complètement des fibres voisines. Celles du cœur sont dépourvues de sarcolemme. Quelques auteurs admettent, il est vrai, que ce sarcolemme existe et qu'il est seulement extrêmement délié. Ch. Robin n'hésite pas à affirmer qu'il fait complètement défaut. M. Sappey est du même avis.

Enfin, les fibres charnues du cœur, loin de rester parallèles et indépendantes, se divisent, s'unissent entre elles et constituent par leurs divisions incessantes et leurs continuelles anastomoses

un réseau inextricable, qui les r.end solidaires les unes des autres et les force à se contracter ensemble (i) (fig. 130).

D'après Weismann (de Francfort), les fibres cardiaques commencent chez le fœtus par des cellules fusiformes renfermant un ou deux noyaux ovalaires. Le contenu est d'abord homogène. Plus tard, les stries transversales viennent à se montrer en commençant par la périphérie. Au quatrième mois, elles existent sur toute la largeur (2).

Au total, le myocarde, malgré ses différences histologiques, se rapproche beaucoup des muscles volontaires; ses propriétés physiologiques l'en rapprochent plus encore.

Bien que l'exploration du myocarde diffère de celle des muscles volontaires, les tracés fournis par le myographe sont en tout semblables. Tandis que la courbe inscrite par le muscle volontaire est formée parles raccourcissements en longueur, la courbe inscrite par le muscle cardiaque est fournie par son épaississement en largeur au moment de la contraction. Mais ces deux phénomènes de raccourcissement dans le sens de la longueur et épaississement dans le sens de la largeur sont tellement connexes, que les courbes obtenues sont identiques. Ainsi, la forme de la systole du muscle cardiaque est celle d'une secousse musculaire. La période ascendante qui correspond au raccourcissement du muscle est plus brève que la période descendante, c'est-à-dire du retour du muscle à sa longueur primitive.

La fatigue modifie dans le môme sens la systole du cœur et la secousse d'un muscle. De part et d'autre, il y a diminution de l'amplitude et augmentation de la durée du mouvement.

La chaleur et le froid impriment les mômes caractères à La systole du cœur et à la secousse d'un muscle. La chaleur donne à ces mouvements de la brièveté et de l'énergie, le froid les affaiblit et les allonge.

La systole n'a pas la môme durée dans les différentes parties

(1) Sappey, Traité d'anatomie descriptive, 3° édit., t. II, p. 490, 1S7C.

(2) Archives de médecine, janvier 1 862.

STRUCTURE DU MYOCARDE.

du cœur. L'oreillette accomplit la sienne beaucoup plus vite que le ventricule.

Au début de chaque systole il se produit une variation électrique qui se traduit par une secousse dans une patte galvanoscopique. Ainsi, la variation électrique du myocarde suit les mômes phases que les changements de longueur de ses fibres musculaires.

Lorsque le cœur se contracte, toutes les fibres n'entrent pas à la fois en contraction, le mouvement systolique se propage de la base à la pointe, c'est-à-dire des oreillettes aux ventricules, et chemine le long du cœur par une sorte de mouvement péristal tique. D'après Engelmann (1), la propagation se fait dans le tissu musculaire de cellule à cellule, indépendamment de toute action nerveuse (2).

La série des mouvements du cœur équivalant à une série de secousses successives, il s'ensuit que ces monvements seront de plus en plus étendus à mesure qu'ils auront plus de temps pour s'accomplir en entier. L'accélération du rythme du cœur aura donc pour effet de rendre les mouvements moins étendus (pulsus mîurus) .

C'est au sang que le myocarde emprunte les éléments de la force qu'il dépense en se contractant; aussi le cœur vide de sang cesse-t-il bientôt de se contracter quand il a épuisé le sang qu'il contenait encore dans ses vaisseaux. La ligature des artères coronaires sur un mammifère arrête les mouvements du cœur au bout de deux minutes. Une goutte de sang qu'on laisse tomber sur un cœur de grenouille y réveille presque instantanément les mouvements éteints.

Le myocarde est excitable par des excitations traumatiques,

(1) Engelmann, cité par Marey, La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies, p. 32, 1881. Tous ces détails sur la physiologie du myocarde sont empruntés à cet ouvrage.

(2) Engulmann avait trouvé cette vitesse de propagation égale a 25 millimètres par seconde, un cinquième de seconde pour parcourir le ventricule de la base au sommet. Suivant J. Burdon, Sanderson et J.-N. Page, cette propagation se fait dans toutes les directions. Klug, en opérant sur des lapins, aurait vu que la pointe se contracte la première; sur un coeur ralenli battant dix rois par minute, la contraction de la pointe précéderait celle de la base de trois ii quatre centièmes de seconde. (Revue des sciences médic, lu octob. 1881.)

**c DES MALADIES DU MYOCARDE.

piqûre, choc, etc.; mais ces excitations sont localisées aux points touchés, alors môme que l'excitabilité électrique assez forte ne provoque plus de systole.

Cette excitabilité est purement réflexe, car le myocarde est insensible, témoin l'observation du fils de lord Montgomery, qui, à la suite d'une blessure reçue dans l'enfance, avait une perforation des parois thoraciques et une ouverture béante, au fond de laquelle on voyait battre le cœur. Harvey put introduire le doigt dans cette cavité, toucher le cœur et le sentir battre sans provoquer aucune sensation chez le patient. 11 en était de même chez Eugène Groux (de Hambourg), atteint d'une fissure du sternum, chez lequel nous avions constaté le même fait en 1862. Il en est de même des thermomètres et des sondes manométriques qu'on introduit dans le cœur des animaux. Ces instruments ne provoquent aucune douleur ; mais, si leur introduction est brusque, ils provoquent des troubles cardiaques par action réflexe.

Une dernière question reste à poser. On sait que le rythme du cœur n'est produit ni par le nerf pneumogastrique ni par les nerfs du grand sympathique. Le nerf pneumogastrique modère le rythme ou le suspend, mais ne le produit pas; les nerfs du grand sympathique l'accélèrent, mais ne le produisent pas davantage. Le cœur coupé au-dessous du sillon auriculaire conserve encore cependant du rythme. M. Ranvier est arrivé par une série d'expériences à démontrer que le rythme appartient bien au muscle cardiaque lui-même et non à des petits centres ganglionnaires. Il rétablit le rythme en agissant au moyen d'un courant d'induction sur la pointe du cœur séparée qui ne contient pas de cellules nerveuses (1). M. Marey avait montré en 18"6 que l'excitabilité du myocarde par des courants électriques n'existe que pendant la période de repos du cœur et qu'elle est inefficace pendant la période d'activité systolo-diastolique. MM. Dastre et Marcacci viennent de confirmer cette expérience non plus seulement sur le cœur entier, mais sur la pointe du

(1) Ranvier, Cours du Collège de France, XXVIe leçon, recueillie par le docteur J. Renaut (Progrès médical, 16 août 1879).

MYOCARDITE AIGUË.

cœur où le muscle est dépourvu de ganglions {Gazette des

hôpitaux, 28 mars 5882).

W.-H. Gaskell (1) est arrivé aux mêmes conclusions dans ses

expériences sur le myocarde de la tortue.

M. Laborde, préparateur de physiologie à la Faculté, montre de • même le rythme cardiaque établi sur l'embryon de poulet avant qu'il y ait un système nerveux développé. Cette loi est fondamentale, car elle prouve que les troubles nerveux peuvent bien altérer la fréquence des battements du cœur, mais que les altérations du myocarde sont la cause de l'altération du rythme.

MYOCARDITE.

La myocardite est l'inflammation du myocarde. Elle peut être aiguë ou chronique, générale ou partielle ; cette dernière forme peut être purulente ou fibreuse.

La myocardite est souvent une extension de l'endocardite ou de la péricardite.

Le lieu d'élection de la myocardite pendant la vie extra-utérine est le ventricule gauche. Pendant la vie intra-utérine, c'est le contraire, et la myocardite du ventricule droit est la cause la plus ordinaire des affections congénitales du cœur.

Les oreillettes sont rarement atteintes seules; elles ne le sont que quand la myocardite se généralise.

MYOCARDITE AIGUË (2).

La myocardite n'est presque jamais primitive, peut-être seulement clans quelques cas de traumatisme. La myocardite secondaire fait suite le plus ordinairement à une endocardite ou à

(1) W.-H. Gaskell, On certain points in the function ofthe cardiac muscle {Proceedmgs ofthe Cambridge philosopMcal Society, 1882)

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une péricàrdite. IL est rare qu'elle soit produite par une maladie des organes voisins (pneumonie ou pleurésie). Ce n'est que dans quelques cas rares que des ulcérations du poumon ont amené des thromboses dans les veines pulmonaires, thromboses qui se sont détachées et sont devenues des embolies qui se sont arrêtées dans les artères coronaires ; il y a eu alors des myocardites purulentes circonscrites.

Dans le cours des affections générales, dans le rhumatisme et surtout dans le cours des maladies infectieuses, le typhus, on voit une myocardite parenchymaleuse diffuse. Dans l'infection purulente et l'état puerpéral, on rencontre des myocardites purulentes.

Quand la lésion est étendue, on trouve le péricarde moins transparent, avec des taches ecchymotiques. Le muscle cardiaque est foncé ou décoloré, gonflé par le caractère hémorrhagique de l'inflammation ; il est jaune feuille-morte; sa consistance est moins élastique, rarement augmentée, en général diminuée et très friable. Ce ramollissement, qui est visible à l'œil nu, avait déjà été vu par Chomel et Laroque ; mais il a fallu arriver à l'examen microscopique pour se rendre un compte exact de ces lésions.

C'est Stein (1) qui les a décrites le premier ; puis sont venus les travaux de Fomman (2), P. da Venezia (3), Wunderlich, Wagner (4), Klob (5), Godineau (6), Oppolzer (7), Bernheim (8),

(1) Stein, Untersuchungen ùber Myocarditis, Munich, 1861.

(2) Fomman, Parenchymatœse Myocarditis mit lethalem Yerlaufe bei Grippe (Prager Vierteljahrschrift, I Bd., 186a).

(3) P. da Venezia, Sulla vera cardite o miocardita {Giorn. venet. di scienze med., Gênes, 1862).

(4) Wunderlich et E. Wagner, Acute Entzundung der linken Herzvorhofes (Archiv der Heilkunde, lleft 3, 1864).

(5) Klob, Zwei Faite von Myocarditis [Wiener Med. Wochenblatt, 1865); Zur Patholog. Anatomie der Myocarditis (Wiener Med. \Voche7ischr-ift, n° 14, 1866).

(6) Godineau, De la péricàrdite, de l'endo et myocardite (Presse médicale, n° 30, 1866).

(7) Oppolzer, Ueber einige Formen von partielles Myocarditis (Wiener mrd. Zeitung, n» 1, p. 4, 1867).

(8) Bernheim, De la myocardite aiguë (thèse de Strasbourg, n° 4, 1867).

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