ANÉVRYSME DE LA CLOISON
Si nous examinons avec soin la partie postérieure du ventricule gauche, nous apercevons un tendon musculeux, grêle, fin, qui, au lieu de s'implanter à la partie inférieure de la valvule mitrale, va s'insérer en haut sur la cloison, de telle sorte qu'il se trouve situé sur le passage du sang et la faisait vibrer. En 187G, nous avons déjà constaté un fait semblable, fait que nous avions présumé pendant la vie en raison de l'intensité du souffle et des frémissements vibratoires que la main sentait lorsqu'elle était appliquée sur la région précordiale, mais sans aucune propagation ni dans le sens de l'aorte ni du côté de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche. Il existait aussi chez cet individu une insuffisance mitrale, et c'est le défaut de concordance des deux souffles et l'isolement de l'un d'eux qui nous avaient mis sur la voie du dia-gnostic de l'existence d'un tendon aberrant. L'autopsie nous démontra alors que nous avions raison.
Eh hien, chez ce malade qui a succombé il y a deux jours, nous avons donc trouvé aussi la même anomalie, avec cette différence cependant que dans l'observation de 1876 le tendon était plus volumineux et placé en travers.
En résumé, nous avons donc un fait complexe, et il est permis de présumer que la présence d'un tendon aberrant a modifié les hruits anomaux produits par l'anévrysme, c'est-à-dire le souffle diastolique. De même, l'intensité du souffle systolique pourrait s'expliquer par les vibrations de la colonne sanguine sous l'influence du même tendon.
Je vous ai dit, en commençant, que notre malade avait succombé; cette terminaison, plus ou moins rapide, est toujours celle d'un anévrysme de la cloison. La marche en est aiguë, s'il s'agit d'un abcès des parois ventriculaires; la rupture est suivie d'accidents immédiats, soit d'endocardite ulcéreuse avec projection dans la circulation de globules purulents et de détritus : dans ce cas-là même ils sont presque foudroyants; soit d'asystolie aiguë par une altération subite du muscle cardiaque. La mort survient alors dans l'espace de huit, dix ou quinze jours.
Quant à la marche chronique, elle présente de temps en temps des accidents résultant d'une petite ulcération , des phénomènes d'asystolie qui durent pendant quelques jours et se calment pour quelque temps par le repos. La maladie, dans ce cas, peut durer pendant des années, présentant de temps à autre des exacerbations caractérisées tantôt par des malaises cardiaques quelque peu analogues à l'angine de poitrine; d'autres fois, par (les troubles digestifs, lesquels surviennent souvent aussi au début, comme chez notre malade.
Du reste, chez lui la lésion ne paraissait pas remonter à une époque très éloignée, bien que ces anévrysmes restent quelquefois longtemps à l'état latent, jusqu'au moment où, sous l'influence d'un effort, d'une excitation quelconque de l'organe cardiaque, les premiers accidents se déclarent. Ici, il paraît assez probable que la maladie a débuté par l'aorte, dont l'état athéromateux est des plus prononcés. L'une des plaques a dû être le point de départ de quelque ulcération et du décollement du septum.
'•70 DliS ANÉVttïSMES partiels du cokur.
Cet lioinuie est mort très rapidement, dans l'espace de six heures, bien (juc nous n'ayons trouvé à. l'autopsie aucune raison d'une terminaison aussi brusque, pas de congestion ni d'inflammation pulmonaire ou cérébrale, pas d'embolie; aussi ne sommes-nous nullement édifié sur la façon dont il a succombé; la seule explication que nous en puissions donner serait dans une asystolie, une interruption de la circulation.
Je disais dans ma première édition que l'anévrysme du cœur ne pouvait être que soupçonné. Aujourd'hui je puis faire un pas de plus.
Lorsqu'on lit les observations d'anévrysmes du cœur, on est arrêté par deux difficultés. La première est qu'on a constamment trouvé des lésions multiples, et la seconde est que les symptômes n'ont été ni observés ni décrits avec assez de précision.
Mais, pendant l'hiver 1884-1883, j'ai eu l'occasion d'observer un exemple très net d'anévrysme du cœur. 11 n'y avait pas d'autre lésion pouvant troubler les symptômes appartenant à cet anévrysme. La délimitation des symptômes a été établie avec la plus grande précision. Le diagnostic était qu'on se trouvait en présence d'un symptôme non décrit n'appartenant à aucune lésion des valvules ou des orifices, qu'il fallait s'attendre à une surprise d'autopsie. Cette surprise était précisément un anévrysme de Corvisart.
On peut donc maintenant établir lasymplomalologie d'un anévrysme de la pointe du cœur.
Voici d'abord le fait :
Observation LXXX11I. — Le nommé T... (Pierre), âgé de quarante-neuf ans, employé de chemin de fer, entre le 29 octobre 1884 à l'hôpital Lâriboisière, salle Saint-Henri, n° 7.
Le malade entre pour une attaque d'asthme humide, c'est-à-dire pour une bronchite générale avec expiration prolongée convulsive.
Depuis douze ans que le malade a été atteint de bronchite pour la première fois, la dyspnée a été s'accentuaut à chaque bronchite. Le malade ajoute que depuis huit mois il est tourmenté par des palpitations.
L'examen du cœur donne les résultats suivants :
La pointe bat dans le sixième espace intercostal, ce qui indique l'hypertrophie des parois du cœur gauche. Elle est éloignée de 14 centimètres de la ligne médiane, ce qui indique une augmentation de volume du cœur et un allongement de 4 à '6 centimètres.