‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 20 sur 413 · MENSURATION · texte numérisé non relu

MENSURATION

Rozière de la Ghassagne, il avait été laissé de côté et ne devint classique que près de quarante ans plus tard, avec la nouvelle traduction qu'en donna Corvisart en 1808.

Corvisart avait gardé d'Avenbrugger ce fait que dans l'hypertrophie cardiaque le son donné par la percussion est ordinairement nul et souvent dans une étendue remarquable (I).

Laennec n'avait pas d'autre moyen de mesurer l'hypertrophie du cœur que l'absence ou la diminution du son donné parla percussion sur la région du cœur, mais il se contentait d'un à peu près.

Piorry (2), qui voulut donner à la percussion une précision géométrique, est le premier qui ait tenté de mesurer le cœur sur le vivant. Il eut pourtant conscience de la difficulté de ce problème, car il observe que « chez beaucoup de sujets la malité cardiaque se confond avec celle du foie. » Pour pouvoir séparer le cœur du foie, Piorry eut la bonne idée d'aller percuter à droite pour rechercher « ce point où le foie commence et est en contact avec le poumon, » mais au lieu de prendre la pointe du cœur comme point de repère pour l'autre extrémité de la ligne de séparation, il se contente de tirer une ligne horizontale et perpendiculaire à l'axe du corps en suivant la direction du bord supérieur du foie. 11 donne cette ligne comme le point probable où finit le cœur et où commence le foie. Cela ne se présente à l'état normal que rarement, et plus rarement encore à l'état pathologique, car cette horizontalité du bord inférieur ne se rencontre guère que chez les emphysémateux et les bossus, comme je le montrerai plus loin.

Piorry reconnaît cependant un fait qui a été méconnu après lui et qu'il semble avoir oublié lui-même, c'est que pour obtenir par la percussion plessimétrique le siège et les dimensions du cœur il est de toute nécessité de dessiner le foie avant toute recherche. « Ce fait dans la diagnosc du cœur est de premier ordre (3). »

(1) Corvisart, Essai sur les maladies du cœur, 3« édit., p. 61, Î8I8.

(2) Piorry, Percussion médiate, p. 127 el suiv.

•i) Tradd de plessimétrisme ci d'organographisme, 1866.

Ainsi donc, et il faut le répéter, puisque cela a été oublié, Les lignes de percussion du cœur indiquées par Piorry ne doivent être tracées qu'après qu'on a délimité préalablement le siège du foie.

Bien que les lignes de percussion de Piorry soient très connues, je les rappellerai pour préciser le problème, car c'est Piorry qui a le premier tenté de mesurer le cœur par la percussion, et ceux qui sont venus après lui n'ont fait qu'y ajouter bien peu de chose.

Ces quatre lignes, les voici :

1° La première est tracée depuis 2 centimètres au-dessus du bord supérieur du foie reconnu par la percussion et vient passer par la pointe du cœur ; elle mesure 10 à 12 centimètres ;

2° La deuxième ligne est tracée parallèlement à la première à 3 centimètres au-dessus ;

3° La troisième ligne plessimétrique est oblique en sens opposé. Elle part de l'apophyse caracoïde gauche et vient se terminer sur le foie ;

4° La quatrième ligne est verticale ; elle part de la clavicule gauche, près de l'articulation sterno-claviculaire.

Ce procédé est loin d'avoir en réalité la précision à laquelle il prétend. La première ligne seule donne un résultat positif. Elle correspond au bord inférieur du cœur, mais elle exige au préalable la percussion du foie, ce que je n'ai jamais vu faire ni à Piorry ni à ses imitateurs. La seconde indique bien plus la limite des poumons sur le cœur que les limites véritables du cœur. Quant aux deux autres, elles ne peuvent distinguer la matité cardiaque de la matité hépatique.

M. le professeur Bouillaud a reconnu immédiatement le eôlé faible de ce procédé (I) et il pensait que le procédé de Piorry ne permet de mesurer que « la région du cœur au-devant de laquelle ne passe pas de chaque côté une lame de la partie inférieure de chaque poumon. Mais la précision avec laquelle on détermine l'étendue de la portion du cœur qui n'est pas masquée.

(I) Bouillaud, Traité clinique des maladies du cœur, 1835, t. I", p. 82, 83.

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