MENSURATION
pour ainsi dire, par les poumons est vraiment admirable. »
M. Bouillaud établit que cette matité fournie par la partie découverte du cœur est d'environ 1 pouce et demi à 2 pouces carrément et que dans les cas de péricardite ou d'hypertrophie elle peut couvrir une surface dont les bords sont de 4 cà 5 centimètres d'étendue.
C'est à M. Gendrin qu'il faut arriver pour avoir des points de repère plus exacts pris sur le malade.
D'abord M. Gendrin donne comme premier point de repère à rechercher l'endroit où bat la pointe du cœur ; et il nous donne à cet égard un exemple précieux. C'est qu'il faut prendre comme point de repère le squelette, c'est-à-dire les côtes et les espaces intercostaux, qui sont les organes les plus fixes du thorax et non pas, comme on le fait ordinairement, le mamelon.
Le mamelon est un des organes les moins fixes.
Chez' la femme, il varie avec l'embonpoint, le développement des seins, l'état de grossesse et de lactation, l'amaigrissement des sujets, l'âge, etc.
Mais même chez l'homme ce point, qui paraît plus fixe, varie encore considérablement non seulement en hauteur, mais en largeur.
En hauteur, le mamelon gauche peut se trouver au niveau de la troisième côte, et dans d'autres cas il se montre dans le cinquième espace intercostal.
En largeur, il peut être distant chez l'adulte de 8 centimètres de la ligne médiane et cette distance peut aller à 14 centimètres.
C'est donc une variation de 6 centimètres en largeur.
De sorte que chez un malade la pointe pourra se trouver à 5 centimètres au-dessous du mamelon et chez un autre sujet à cœur également normal sur la môme ligne, immédiatement au-dessous.
Si l'on se rappelle que normalement la pointe du cœur se trouve écartée de la ligne- médiane de 8 à 10 centimètres, elle pourra donc se trouver à 2 centimètres en dehors du mamelon ou à G centimètres en dedans.
Voici, du reste, ces chiffres, que j'ai fait relever sur 100 malades, hommes et adultes, pris au hasard.
Hauteur de la ligne bimamelonnaira, examinée sur cent hommes.
Troisième côte 2 l'ois.
Troisième espace intercostal 9 —
Quatrième côte 28 —
QuaLrième espace 41 —
Cinquième côte 1S —
Cinquième espace 2 —
1 on fois.
Dislance du mamelon gauche à la ligne médiane, mesurée sur cent hommes.
S centimètres, . . .
Report . .
Report. .
Voici donc la première règle de M. Gendrin que nous garderons : « Nous faisons un précepte absolu de commencer toujours l'exploration de l'état du cœur par la fixation du lieu où se perçoit l'impulsion de la pointe du cœur. Ce lieu correspond à l'extrémité du cœur dans la systole (1). »
Malheureusement cette tendance à la précision n'a pas été suivie par MM. Barth et Roger (2) et nous les voyons encore dans leur plus récente édition se contenter de l'approximation d'Avenbrugger et de Piorry. « La matité que l'on obtient à la région précordiale par une percussion modérée ne donne point la mesure réelle des dimensions du cœur, elle est en rapport seulement avec l'étendue dans laquelle l'organe touche immédiatement les parois de la poitrine. Il faut une percussion plus forte, plus profonde, pour reconnaître les parties cachées par le poumon, et le son obscur s'étend alors au-delà des limites pré-
(1) Gendrin. Leçons sur les maladies du cœur et des grosses artères faites à l'hôpital de la Pitié pendant, les années 1840 et LS41 ; Paris, 1841-1842, p. 26.
(2) Barth et Roger, Traité pratique d'auscullatinn, suivi d'un précis de percussion, 10" édit., 1880. p. 709.