ACCIDENTS DE LA GROSSESSE ET DE L'ACCOUCHEMENT
Cette proportion est énorme, puisqu'elle s'élève presque au chiffre de la moitié. Il est probable que la cause de ces accouchements prématurés se trouve dans une altération du placenta. M. Porak y a trouvé des plaques flbrineuses, de la dégénérescence graisseuse, des adhérences nécessitant la délivrance artificielle, etc.
Un autre accident, fréquent chez les cardiaques, est la mort du fœtus; M. Porak l'a observé 119 fois, c'est-à-dire chez presque un dixième des cardiaques.
Enfin, si l'enfant, moins atteint, a pu éviter l'avortement et l'accouchement prématuré et qu'il vienne au monde vivant, il est en général chélif. Cependant la chose n'est pas fatale, et M. Devilliers (1) et ltegnault ont constaté la naissance de beaux enfants chez des cardiaques atteintes d'anasarque.
Les maladies du cœur font donc courir des dangers à l'enfant dans le sein de sa mère, et réciproquement, la grossesse est une cause d'aggravation des maladies du cœur ; par conséquent, le nombre des grossesses devient un danger chez les cardiaques (2).
Le danger n'est pas le môme pour toute espèce de maladie du cœur. Spiegelberger pensait que le moment du plus grand danger, pour les malades atteintes de lésions aortiques, était la fin de la grossesse et que, pour les malades atteintes d'affections mitrales, le danger était plus grand au moment de l'état puerpéral.
Schrôder et Mac-Donald ont observé une détente remarquable des phénomènes gravido-cardiaques par le fait de l'accouchement, chez les malades atteintes d'affections aortiques; et M. Porak remarque qu'on n'a pas eu à signaler la mort subite chez les femmes atteintes de maladie de Corrigan.
Les lésions mitrales sont remarquablement supportées par les femmes enceintes (G. Sée). Cependant, d'après Mac-Donald, il faut faire une grande différence, entre les endocardites sclé-
(1) Devilliers et Regaault, De l'anasarque de la grossesse, 1848 (Archives générales de médecine).
(2) Peter, Grossesse et Maladie du cœur (Académie de médecine, prix Capuron, 1875).
rouses avec insuffisance et celles qui s'accompagnent de rétrécissement. Mais il faut tenir compte, en pareil cas, de l'état plus ou moins avancé de la maladie. J'ai eu l'occasion de voir dernièrement une jeune femme atteinte de rétrécissement mitral, chez laquelle une grossesse double, qui a donné deux très belles filles, a singulièrement avancé la cachexie cardiaque.
C'est là, du reste, un sujet tout nouveau, sur lequel il faut recueillir des données nombreuses pour fixer exactement l'action réciproque des affections cardiaques sur la grossesse et de la grossesse sur les maladies du cœur.