CHAPITRE XXXV
A chacun des chapitres traitant d'une maladie du cœur en particulier, j'ai indiqué sommairement quelle était l'évolution delà maladie. Il me faut revenir maintenant, avec plus de détails, sur chacune de ces maladies secondaires.
L'influence des maladies du cœur sur la circulation pulmonaire varie naturellement suivant que la lésion porte sur le cœur droit ou sur le cœur gauche. Mais il faut aller plus loin. La solidarité des deux ventricules, qui ne leur permet pas de se contracter isolément, fait que si, par exemple, il existe une lésion du cœur gauche, le cœur gauche, réagissant pour surmonter l'obstacle, se contractera avec plus d'énergie ; mais si cette énergie peut suffire à faire équilibre à un obstacle, elle entraîne du côté du cœur droit une plus grande énergie de contraction, et par suite une irrigation excessive du réseau pulmonaire ; aussi n'est-il pas rare de rencontrer, pendant la période de tolérance et de compensation, des hyperhémies actives du poumon.
Cette hyperhémie entraîne avec elle la possibilité ou plutôt la fréquence des hémoptysies et des hémorrhagies pulmonaires. Gendrin l'a indiqué d'une manière formelle (I).
«Les congestions sanguines et les hémorrhagies pulmonaires se manifestent dans la première période des maladies du cœur; C <'4-à-dire dans cette période de maladie dans laquelle l'organisme n'a pas encore éprouvé par le trouble antérieur fonctionnel et prolongé, tant du cœur que des poumons, une très grande détérioration. Aussi est-ce surtout sur ces sujets encore jeunes, qui ne sont pas encore affectés d'anasarque, qui conservent
(I; ''■rndrin, Lrço7is sur 1rs maladies du caiilr, !R'il-ISf,2, p, 217.
même la coloration générale des téguments des sujets bien portants, que l'on voit survenir les accidents congestionnels des maladies du cœur. »
Observation XC. — Congestion pulmonaire dans le cours d'une affection du cœur. Rétrécissement de l'orifice mitral? — Rosalie P..., cinquante-neuf ans, femme de ménage, entre à l'hôpital Coehin le 14 décembre 1864 (salle Saint-Philippe, n° 11).
A son admission, affection du cœur caractérisée par une irrégularité extrême de ses battements et un souffle de temps à autre perceptible, plusieurs fois bien constaté comme débutant immédiatement avant le premier bruit, l'accompagnant et le prolongeant.
En janvier, a commencé de se plaindre de douleurs abdominales et vers l'hypochondre droit; elles provenaient d'une congestion du foie, dont la pression les exaspérait beaucoup; foie débordant les côtes jusque vers l'ombilic. Œdème prononcé des membres inférieurs.
Le 20 janvier, signes de congestion pulmonaire du côté droit seulement : respiration faible de ce côté au sommet; râles humides avec retentissement exagéré de la voix à la partie moyenne du même côté, avec douleur dans le même point depuis deux jours. Respiration naturelle du côté gauche. Absence de toux et d'expectoration. Traitement non indiqué dans l'observation.
Le 22 janvier, il n'y a plus rien de particulier du côté des poumons, où la respiration est vésiculaire partout.
Le 26 mars, expectoration de quelques crachats sanglants. Affaiblissement prononcé; pouls très faible et très fréquent (impossible à compter) Battements du cœur plus faciles à percevoir (144 par minute).
En arrière de la poitrine, son tympanique partout, excepté à la base gauche, où le son parait normal. Le bruit respiratoire, avec expiration prolongée, est sifflant partout après la toux. A la base du poumon gauche, la respiration est légèrement soufflante dans les deux temps, avec mélange de quelques bulles de râle sous-crépitant.
Mort le 31 mars.
Autopsie (le 3 avril). Emaciation considérable ; œdème prononcé des membres inférieurs.
Poitrine. Poumons volumineux, libres d'adhérences.
Poumon droit congestionné, crépitant, laissant échapper des fines bulles d'air à la pression sur la coupe, et suinter du sang, surtout des gros vaisseaux.
Poumon gauche lourd et compact a la base, qui ne crépite pas et qui est le siège d'une infiltration sanguine d'un rouge noirâtre, marbrée de noyaux complètement noirs d'infiltration, mais non de foyers sanguins avec dècb»r rure du tissu pulmonaire. Un fragment de ce lobe inférieur, qui est tout entier occupé par cette infiltration sanguine, gagne facilement le fond de