CONGESTION ET HÉMORR11AG1E
selon nous, une erreur, au moins pour le plus grand nombre de cas de maladies du cœur. Nous avons toujours reconnu l'œdème des poumons chez ceux dont les extrémités sont infiltrées par suite de maladies du cœur, et nous avons souvent constaté la manifestation de l'œdème pulmonaire comme prodrome de l'infiltration des extrémités. Dans la plupart des cas, l'œdème des poumons a paru et disparu plusieurs fois avant que l'infiltration se manifeste sur d'autres parties.
«Nous considérons donc l'œdème pulmonaire comme la plus fréquente des complications des maladies du cœur, celle qui se montre avant toutes les autres ; on la reconnaît à une toux sèche, à une diminution évidente de la sonorité thoracique à la base du thorax et à la présence dans cette région de la poitrine d'un râle crépitant humide à bulles séparées.»
Du reste, l'œdème passif par congestion pulmonaire est un œdème hypostatique qui se montre seulement à la base de la poitrine et à peu près au môme niveau dans les deux poumons, tandis que l'œdème albuminurique est disséminé dans les deux poumons, comme l'a très bien fait observer M. le professeur Lasègue (1).
«A l'examen stéthoscopique, on trouve, lorsqu'on est appelé pendant l'accès, une respiration ample, pénétrante, dans la presque totalité de la poitrine. La sonorité semble normale ; la fréquence des inspirations n'est pas augmentée. Dans un ou plusieurs points qu'il faut quelquefois chercher soigneusement, on entend des râles crépitants sans souffle, agglomérés de manière à constituer des foyers. La voix a sa résonnance normale; la toux ne modifie pas l'auscultation. Il faut presque un excès de recherches pour découvrir une atténuation de sonorité aux points qui correspondent au maximum des râles.
« Si l'on étudie isolément un de ces foyers, et on rie saurait le faire avec trop d'attention, voici ce que l'ausculation enseigne : Mes crépitants fins, très agminés au centre, décroissant à mesure qu'on se rapproche de la périphérie du foyer, soit qu'ils deviennent moins nombreux, soit qu'ils semblent plus lointains.
(t) Lasègue, Des bronchites albuminuriques {Archives générales de médecine, 1879, janvier et suivants).
A la zone extrême, affaiblissement de la respiration, sans bruits adventices.
« Ces foyers, ainsi constitués, n'ont pas de siège fixe ; ils se produisent tantôt dans les parties supérieures, tantôt à la base des poumons, souvent dans la région axillaire. Où qu'ils soient, ils n'occupent jamais un lobe entier.
« Dans les portions saines de la poitrine, tout au plus rencontre-t-on quelques ronchus variables, très discrets, sans intérêt diagnostique. »
L'œdème bypostatique n'occupe, en général, que le tiers inférieur des poumons. Quand il s'élève plus haut, il est presque toujours accompagné d'hydrothorax.
Cet œdème est surtout produit par les lésions de la mitrale (rétrécissement et insuffisance) ; les lésions aortiques ne le produisent que quand l'hypertrophie arrive à la période de fatigue et surtout de dégénérescence. Il en est de même des autres lésions cardiaques et péricardiques ; c'est l'asthénie cardiaque qui amène l'œdème pulmonaire, quand les valvules sont saines.
Dans l'endocardite chronique, il est d'autres lésions qui aident encore à la production de cet œdème. Dittrich a montré qu'en pareil cas les capillaires du poumon subissent la dégénérescence graisseuse, et, d'autre part, Buhl (1) a constaté que les capillaires pulmonaires deviennent variqueux et remplissent une partie de l'alvéole pulmonaire, ce qui est encore une cause de dyspnée. Cette varicosité des capillaires est très réelle, quoique très peu connue. J'en possède une très belle pièce, que le professeur Buhl (de Munich) m'a donnée lors de mon séjour à Munich, en 1860.
Cet état des capillaires amène de petites hémorrhagies dans les alvéoles et dans le tissu conjonctif interstitiel.
11 en résulte bientôt une hyperplasie du tissu interlobulaire et cette altération qu'on a appelée l'induration rouge brune des poumons. La transformation de la matière rouge colorante du sans, l'hémoglobine, en pigment, envahit tout le poumon et lui donne une coloration jaune rougeàtre. Les poumons deviennent alors gros, durs, lourds et privés d'air. Dans un cas de ce genre, Orlh
(I) Buhl, Ueber Ectasien der LungcncapiUaren (in Virchow's Archiv, 1S59).