CHAPITRE XXXVI
DESAFFECTIONS SECONDAIRES DU FOIE (FOIE CARDIAQUE) ET DU TUBE DIGESTIF.
A l'état normal, la tension du sang clans les cavités à sang rouge est beaucoup plus élevée que dans les vaisseaux à sang noir. La pression dans le venlricule gauche est environ trois fois plus forte que dans le ventricule droit. M. Marey (1) l'a trouvée correspondant à une colonne de mercure de 95 à 140 millimètres dans le ventricule gauche, et de 20 à 30 seulement dans le ventricule droit. Dans l'aorte, la pression y reste à peu près constamment aussi élevée que la pression du ventricule gauche quand elle est à son maximum, c'est-à-dire pendant la systole.
Pour l'artère pulmonaire, Sharpey (2) a constaté qu'il fallait deux fois moins de force pour imprimer au courant une certaine vitesse, que si l'on agit sur les vaisseaux de la grande circulation.
Lorsque le cœur est malade, il arrive à un certain moment que, le passage du sang à travers les cavités devenant plus difficile, la tensir ""•monte dans les cavités droites; cela a lieu surtout lorsqu'il s'agit de lésions auriculo-ventriculaires, bien plus que quand il s'agit de lésions artérielles, et encore plus lorsqu'il s'agit de lésions de l'artère pulmonaire que de lésions de l'aorte. Si bien qu'à un certain moment il se produit par le fait de la tension une dilatation des cavités droites, et plus tard, une insuffisance de la tricuspide.
Dans la veine cave supérieure, la pesanteur vient en aide aux parois veineuses, mais pour la veine cave inférieure et les veines
(1) Marey, la Circulation à l'état physiologique et dajis les maladies, 1881, p. 115.
(2) M., il,., p. 424.
sus-hépaliques, qui ont déjà, à l'état normal, à lutter contre la pesanteur, l'élasticité et la contractilité des vaisseaux est bientôt forcée. De sorte que, quand la circulation pulmonaire est déjà prise, la circulation intrahépatique et la circulation de la veine porte ne lardent pas à fléchir. Les anastomoses veineuses permettent pendant quelque temps aux veines principales de résister à la tension (1), et, plus tard, les canaux de sûreté' décrits par MM. Verneuil et Jarjavay (2) deviennent une nou-:velle ressource qui ne tarde pas à être épuisée. A un moment donné, il s'y joint un facteur qui aggrave bientôt le tout, c'est l'affaiblissement du cœur qui tend encore à égaliser la tension : dans les deux systèmes, sans y parvenir, il est vrai.
11 y faut joindre un autre ordre de conditions, c'est que les vaisseaux hépatiques et abdominaux ne sont pas plus inertes que les vaisseaux des autres organes et qu'ils n'ont pas besoin pour fléchir d'être dépassés par la surpression hydraulique. Ces organes deviennent malades à leur tour, soit parce que l'innervation suffisante leur manque, soit parce qu'il s'y produit des lésions locales.
Voilà comment on peut comprendre ce qui se présente quelquefois, que les troubles digestifs ou autres en rapport avec les maladies du cœur soient beaucoup plus accentués et plus graves que les troubles pulmonaires qui les précèdent pourtant le plus habituellement. Ajoutons que la cause qui a agi pour déterminer la lésion cardiaque, rhumatisme, goutte, intoxication alcoolique, syphilitique ou autre, peut avoir en même temps une action directe sur ces organes et avancer singulièrement le moment où ils deviendraient malades, s'ils ne subissaient que les conditions mécaniques de la circulation. L'hydraulique est donc loin d'être la seule cause des affections secondaires hépatiques et intestinales. Ajoutons encore que, de même que les maladies du foie ont pu développer par elles-mêmes des affections du cœur, de môme elles aggravent singulièrement celles-ci, bien qu'elles n'en soicnl que le résultat.
(1) Le Dcntu, Thèse, 18G8.
(2) Jarjavay, Contribution à l'étude du système veineux: les canaux << sûreté. Paris. Doin, 1883.