FOIE CARDIAQUE
Cela dit, remarquons que les lésions que subit d'abord le foie sont des lésions d'hyperhémie très bien décrites par Frerichs (1).
Les vaisseaux sus-hépatiques sont donc d'abord gorgés de sang, peu à peu ils se dilatent et leurs parois s'hypertrophient. De là, la stase se propage à la veine porte et aux organes où elle prend sa source. Il se développe alors une série d'anomalies fonctionnelles et nutritives.
Le foie augmente de volume dans tous les sens, conservant assez bien sa forme primitive, la capsule se tend et la consistance du parenchyme augmente. La coupe fait alors voir à l'œil nu un dessin qui rappelle celui de la coupe transversale d'une noix muscade, d'où le nom dé foie muscade qui lui a été donné. On voit, en effet, au centre de chaque lobule le point correspondant à la veine intralobulaire de Kiernan dilatée se détacher en rouge brun, donnant souvent des ramifications rayonnées sinueuses qui sont formées par la dilatation et la congestion des branches qui se rendent à la veine centrale. Ces rayons se continuent avec l'orifice central sans discontinuité à cause de l'absence décapsule de Glisson autour de ces veines. Le contour du lobule, au contraire, est privé de sang et les veinuscules de la veine porte y paraissent pâles, elles sont d'un brun clair. Tous ces caractères se voient très bien à l'oeil nu avec un peu d'habitude; ils deviennent évidents à la loupe, qui permet d'apercevoir quelquefois des caillots dans la veine centrale.
Dans les cas où l'hyperhémie est très forte, les veines sus-hépatiques sont dilatées jusque dans leurs anastomoses avec les capillaires de la veine porte et la teinte rouge brun envahit presque tout le tissu. Mais, en général, les taches brunes formées par les veines sus-hépatiques sont isolées les unes des autres, tandis que dans l'hyperhémie de la veine porte les lobules sont, au contraire, entourés par un réseau continu.
Sous l'influence de cette stase, la sécrétion biliaire paraît peu modifiée dans sa quantité, et peu également dans sa qualité ; elle contient seulement parfois de l'albumine. La sécrélion muqueuse des canaux augmente et gône parfois la migration de la
(I) Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, 18(!2, p. 302.
bile, il en résulte un ictère léger. A la longue, la nutrition de l'organe s'altère, les cellules placées près des veines sus-hépa- • tiques s'infiltrent de graisse, de granulations pigmentaires et de cristaux d'hématoïdine (1). Cette altération se traduit à l'œil nu par des îlots gris. Plus tard, le parenchyme s'atrophie (atrophie rouge de Virchow), et le foie, ratatiné, se rapproche en apparence de la cirrhose atrophique. Gornil et Ranvier (2) ont constaté que les cellules centrales disparaissent et sont remplacées par un tissu conjonctif de nouvelle formation (sclérose centrale), avec périphlébite et épaississement de la tunique externe de la veine centrale. D'autres fois, on trouve une véritable cirrhose atro- phique produite, non par la lésion cardiaque, mais par l'alcoo- ■ lisme, cause de l'athérome général. Les cellules de la périphérie du lobule restent intactes.
A un cerLain moment, la stase du sang dans la veine sus-hépa- • tique gagne la veine porte et, par conséquent, les vaisseaux de . l'intestin, de la rate, du pancréas, de l'utérus, des reins, etc.
La congestion de la muqueuse gastro-intestinale se traduit par une teinte rouge; son tissu s'infiltre d'un liquide séreux, se ramollit ; la sécrétion s'arrête le plus ordinairement ; des épanche- • ments sanguins se font dans son épaisseur, quelquefois même des ulcérations.
Le mésentère se congestionne, les ganglions lymphatiques • deviennent gros et violets, et autour se font des épanchements sanguins. Le pancréas s'infiltre, la rate durcit et de l'épanchement ascitique se fait dans l'abdomen.
Les mêmes lésions se font dans la muqueuse stomacale, qui rougit, gonfle et présente des ecchymoses.
Dans ces conditions, la digestion et l'absorption deviennent difficiles.
La palpation et la percussion permettent de reconnaître l'augmentation de volume du foie et la coloration ictérique de la peau. Le malade se plaint souvent de gastralgie et d'éructations (3), quelquefois même de nausées. Les veines héniorrhoï-
(1) Vulpian, Société de biologie, 1858, p. 145.
(2) Corail et Ranvier, Manuel d'histologie, p. 885.
(3) Boisseau, Étude sur les troubles gastriques dans les maladies