‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 28 sur 413 · INVERSION · texte numérisé non relu

INVERSION

l'hôpital Saint-Antoine; l'autre chez un jeune homme de ma clientèle.

Observation I. — La femme Donathilde, Agée de trente-cinq ans, se présente à ma consultation à l'hôpital Saint-Antoine au mois d'avril! 878.

Cette femme nous montre un arrêt de développement du côté gauche, qu'on ne retrouve pas dans sa famille, car seule de dix enfants elle est mal conformée.

La pointe du cœur bat dans le cinquième espace intercostal droit à 10 centimètres de la ligne médiane du sternum. Mais il faut dire que le thorax est asymétrique et qu'il y a du côté gauche un vice de conformation, sans perte de substance, qui rétrécit singulièrement la capacité du côté gauche de son thorax. En effet, la deuxième côte gauche cesse à partir de 3 centimètres du sternum; il en est de même de la troisième côte, si bien que le sternum est oblique en bas et à gauche et que si l'on prenait la distance de la pointe du cœur à uue ligne verticale passant par la fourchette du sternum, la pointe du cœur ne serait distante de cette ligne médiane que de 8 centimètres. Du côté opposé à la pointe du cœur on ne trouve pas le foie, cet organe n'est pas inversé.

L'angle droit du cœur et l'entrée de la-veine cave inférieure se trouvent au niveau de l'insertion du quatrième cartilage gauche, autant qu'on peut le supposer, les insertions de ces cartilages gauches étant très vicieuses, le bord vertical correspondant au bord externe de l'oreillette verticale ou droite paraissant suivre le bord gauche du sternum. On compte ainsi que le bord inférieur du cœur a une longueur totale de 12 centimètres environ. La pointe est abaissée de 3 centimètres et demi.

Ce cœur est donc de grandeur normale, avec une légère hypertrophie gauche. Il n'y a ni bruit de souffle, ni irrégularité de rythme.

Le foie n'est pas déplacé, il est reconnu par la percussion et ne déhorde pas les fausses côtes.

L'atrophie du côté gauche du corps est manifeste, le sein gauche, est beaucoup moins développé que le sein droit.

Les deux bras sont égaux en longueur, ils ont 28 centimètres de long.

Il n'en est plus de même pour les avant-bras.

Le cubitus droit a 25 centimètres de longueur, le gauche 23 centimètres et demi; le poignet droit a 15 centimètres et demi de circonférence, le gauche 14 centimètres.

Pour les mains on trouve, du sommet des métacarpiens à la ligne qui joint les deux apophyses styloïdes du radius et du cubitus : à droite 9 centimètres, à gauche 8 centimètres et demi. La longueur totale de la main ôst de 19 centimètres à droite, 13 centimètres a gauche.

La circonférence du pli du coude donne : à droite 23 centimètres, à gauche 21 centimètres et demi.

Observation 1T. — M. Maurice M..., âgé de quinze ans au 3 janvier prochain (nous sommes le 30 décembre 1879), a un développement incomplet; il a 146 centimètres de taille alors que la moyenne de son âge est de 155 centimètres. Cependant il semble que le retard dans la croissance diminue et que l'enfant so développe plus rapidement.

Santé très bonne, caractère très gai.

Le cœur bat dans le côté droit de hi poitrine, La poitrine bat dans le cinquième espace intercostal droit, à 7 centimètres de la ligne médiane.

Le bord du foie correspond à gauche à l'insertion du sixième cartilage.

Le bord vertical du cœur se trouve du côté gauche à 1 centimètre et demi du bord du sternum.

L'abaissement de la pointe sur le bord du foie est de \ centimètre et demi.

Auscultation normale (siège inverse).

Le foie se trouve à gauche avec un volume normal. La rate est à droite et paraît petite.

Le sujet n'est pas absolument gaucher. Il écrit et dessine de la main droite. Il coupe avec un couteau de la main droite; mais s'il veut lancer une balle ou faire un exercice de force, il le fait de la main gauche. Quand il se bat, il frappe de la main gauche. Le testicule droit descend au-dessous du gauche.

Je revois le sujet dix-huit mois plus tard ; il a peu grandi, s'est élargi des épaules. Le cœur s'est développé, il présente les mêmes rapports avec les côtes, mais la pointe est éloignée maintenant de la ligne médiane de 8 centimètres et demi ; l'allongement du cœur a donc été en dix-huit mois (de quinze ans à seize ans et demi) de près de 2 centimètres.

On voit que, dans la première de ces deux observations, l'inversion du cœur n'est pas accompagnée de l'inversion des autres viscères, tandis que, dans la deuxième observation, l'inversion paraît complète jusqu'au cerveau exclusivement. L'inversion des viscères ne produit en général aucun effet fâcheux, et les sujets qui en sont atteints pourraient, à la rigueur, l'ignorer toute la vie. Cependant il est bon qu'elle ne passe pas inaperçue.

Il en est tout autrement des autres vices de position du cœur, vices congénitaux, en général peu compatibles avec la vie, et relevant beaucoup plus de la tératologie que de la médecine. Je veux parler des ectopies, dans lesquelles le cœur est placé soit dans la cavité abdominale, soit dans la région pharyngienne ou crânienne, ou bien en avant du sternum, hors de la poitrine. Le médecin n'a que rarement à s'en occuper ; la vie de ces malades se prolongeant rarement.

Dans un cas que j'ai observé avec M. F. Franck, il y avait un cœur sous la peau, dans la région épigastrique.

Déplacements du cœur. — Les déplacements que peut subir le cœur sont de deux ordres : il peut se déplacer en totalité dans un sens, soit en bas, soit en baut, soit à droite, soit à gauche, ou bien il peut être déplacé suivant ses axes principaux. Dans ce dernier cas, il y a toujours, en même temps, un déplacement relatif suivant l'un des sens désignés plus haut.

A. Déplacement en bas, abaissement du cœur. — Le cœur peut être abaissé soit par des lésions qui entraînent une augmentation dans son poids, soit par des pressions de haut en bas qu'il vient à subir.

Dans le premier cas, le cœur s'abaisse parce qu'il s'est alourdi; il s'est hypertrophié ou dilaté, et le septum du diaphragme finit par céder sous l'action de la pesanteur.

On se rappelle que j'ai établi plus haut que le bord inférieur du cœur était légèrement oblique, avec une différence de hauteur de 2 centimètres entre l'angle hépatique qui correspond à l'insertion du cinquième cartilage intercostal droit et la pointe du cœur, qui se trouve au-dessous de la cinquième côte, dans le cinquième espace intercostal gauche, à 8 ou 10 centimètres de la ligne médiane.

Lorsque le cœur gauche vient à s'hypertrophier, la partie gauche du cœur, devenue plus lourde que la partie droite, descend, et alors l'obliquité du bord inférieur augmente ; la pointe, au lieu de se trouver à 2 centimètres plus bas que l'angle hépatique, descend à 3, 4 et même S centimètres plus bas et se trouve alors dans le sixième espace intercostal; en même temps le ventricule s'allonge, et, comme le cœur est fixé à droite par la veine cave, cet allongement ne peut se faire que vers la gauche, et, par suite, la pointe s'écarte de plus en plus de la ligne médiane du corps, de 1, 2, 3, 4, 5 et même 10 centimètres, a mesure que le bord inférieur du cœur s'allonge de la même quantité.

f GeUe. descenle de la pointe du cœur avec augmentation de. l'obliquité du bord inférieur est des plus faciles à reconnaître, grâce au procédé de mensuration du cœur que j'ai donné.

Si c'est, au contraire, le côté droit du cœur (oreillette et ventricule) qui vient à augmenter de volume par hypertrophie ou dilatation, c'est ,1'angle droit du cœur qui s'abaisse, et le bord inférieur devient horizontal. Gela se présente dans les cas de rétrécissement de l'artère pulmonaire et dans l'emphysème.

Enfin, si le cœur est hypertrophié dans ses deux moitiés par hypertrophie générale soit primitive, soit consécutive à une lésion aortique, ce sont les deux angles qui s'abaissent, et le cœur change d'espace intercostal, sans modifier son obliquité (cor bovinum).

Dans l'emphysème pulmonaire, le cas est complexe. Selon Skoda, dans l'emphysème le cœur augmente de volume et descend ; mais il descend plus à gauche qu'à droite, et sa pointe se rapproche de la ligne médiane ; il peut même arriver à la ligne médiane.

Bamberger et Schrutter sont d'un avis différent, que je partage entièrement. Ils disent, avec raison, que ce qui a trompé Skoda, c'est que le choc du cœur, qu'on sent sous le sternum et sous l'appendice xiphoïde, n'est pas dû au choc de la pointe, mais au choc de la partie la plus gonflée, qui est le ventricule droit. Pour s'en] convaincre, il suffit de chercher avec soin le lieu où bat la pointe, [en se servant, pour le déterminer, non plus seulement de la percussion, mais de l'auscultation. On s'en rend compte exactement avec le stéthoscope flexible que j'ai adopté, et qui est jusqu'à présent le meilleur instrument pour localiser les bruits du cœur.

On peut en établir, comme Schrotter, le contrôle sur le cadavre, en enfonçant, peu de temps après la mort, de longues aiguilles, selon la méthode de Hope et de Gendrin. Ce qui est remarquable, selon moi, c'est que l'angle droit du cœur descend en même temps que la pointe et que le bord du cœur devient horizontal. La pression du cœur sur le diaphragme est telle, que la systole cardiaque s'indique par un choc à l'épigastre, dont le soulèvement est plus grand que dans les cas d'hypertrophie des cavités droites.

Dans ce cas, l'horizontalité du bord inférieur du cœur tient non seulement à ce que le cœur est entraîné par son poids, mais

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