COMPRESSION DU NERF RECURRENT
Snint-Éloi, n° 30,1e 2G janvier 1878, atteint d'une dilatation anévrysmale du cœur et de l'aorte descendante.
Le début de l'affection remonte à trois années.
Le 1er janvier 187o, le malade, en se réveillant, s'aperçoit qu'il ne peut retirer son bras gauebe plié sous sa tète, son avant-bras est froid et glacé. 11 ne peut faire un mouvement de flexion des doigts sans que la pâleur de la main augmente et que ses doigts ne se fléchissent spasmodiquement pendant quelques minutes.
I! entre à l'hôpital Saint-Antoine, où l'on constate une insensibilité de la peau à la piqûre et au pincement en même temps que de la contracture des doigts, quand il veut faire un effort musculaire.
Ces phénomènes s'améliorant très rapidement, le malade quitte l'hôpital au bout d'une dizaine de jours. Peu à peu, mais bien lentement, la force revient dans son bras gauche, c'est-à-dire que la fatigue musculaire qui détermine la contracture vient de plus en plus tard. A aucune époque il n'a éprouvé les douleurs de l'artérite.
Toutefois, l'amélioration signalée se fait bien lentement, car le malade, qui, est scieur de long, ne peut reprendre son travail qu'au bout de dixhuit mois. Encore à ce moment, il n'a pas de force dans le bras gauche cl ne peut reprendre sa position de scieur d'en haut, il ne peut scier qu'en bas, et encore ne se sert-il guère que d'une main.
Au bout de deux ans, une nouvelle paralysie survient. 11 se trouve un jour subitement aphone et sa Toix reste complètement perdue pendant trois mois. Au bout de ce temps, elle revient, mais son caractère a changé, elle est devenue plus aiguë et souvent elle était en même temps aphone ou rauque. Aujourd'hui sa voix est en partie revenue, elle est aiguë, mais se fatigue vite, et si le malade prononce quelques phrases de suite, il devient apbone. Vers la même époque, le malade est pris d'une petite toux fréquente et sèche, mais sans aucune dyspnée.
Quelque temps après, de nouveaux phénomènes surviennent. Le malade s'aperçoit qu'il a de la peine à avaler, il éprouve une certaine difficulté dans la déglutition œsophagienne, il doit boire beaucoup pour faire passer les aliments solides, encore n'y arrive-t-il pas toujours, et alors il est pris de nausées et môme de vomituritions.
Un peu plus tard, dix mois environ avant son entrée à l'hôpital, a commencé à paraître de la dyspnée.
Dans ces derniers temps, depuis six semaines environ, il a ressenti des douleurs dans le côté droit, puis dans l'épaule gauche, elles se sont enfin localisées dans ce côté et sont devenues si vives, qu'il n'a pu se coucher depuis ce temps ni sur le côté gauche ni sur le dos.
Son médecin ordinaire, croyant à une phthisie, le mit à l'usage de l'huile de foie de morue.
Trois semaines avant son entrée, il a été atteint d'une angine pblegmoneuse qui s'est terminée par un abcès de l'amygdale gauche.
DES TUMEURS ANKVRYSMALES.
Cette dernière affection a singulièrement augmenté les douleurs de lf( partie gauche de la poitrine ainsi que la dyspnée, et le malade s'est alow décidé à rentrer à l'hôpital.
État actuel : le malade est pâle et maigre, en lui tàtant le pouls, on s'aperçoit que le pouls radial gauche manque absolument; en remontant le cours • du sang artériel, on ne trouve de pulsations ni dans l'humérale, ni dans l'axillaire, ni môme dans la sous-clavière. Cependant, à deux travers de doigt au-dessus de la clavicule, on perçoit des battements artériels qui sont l déterminés manifestement par une branche artérielle transverse et sinueuse 1 qu'on peut suivre jusqu'au bord du trapèze.
Au cœur, le malade accuse des palpitations depuis quelque temps. La i région précordiale ne présente pas de voussure bien marquée. La pointe du cœur n'est pas trouvée par la palpation. On reconnaît par l'auscultation qu'elle se trouve dans le cinquième espace intercostal, à 10 centimètres de la ligne médio-sternale.
En examinant attentivement, on constate dans le deuxième espace in- • tercostal gauche, à 3 ou 4 centimètres du sternum, un soulèvement systo- • lique isochrone au pouls radial droit. La palpation permet de reconnaître 1 que ce point est le centre d'un battement qui s'étend dans le deuxième ! espace intercostal jusqu'à 7 centimètres du bord du sternum. On ne con- state pas de mouvement d'expansion bien manifeste.
A V auscultation, on perçoit un bruit de souffle systolique très intense ayant son maximum dans le deuxième espace intercostal gauche, tout près* du sternum; ce bruit s'étend, à gauche, jusqu'à 8 centimètres du bord gauche du sternum, et à droite, jusqu'à 4 centimètres de ce bord, dépas- sant ainsi de \ centimètre le bord droit du sternum.
En haut, ce bruit se propage dans le premier espace intercostal gauche, jusqu'au niveau de l'insertion sternale du muscle sterno-cléido-in.istoïdien.
En bas, il se perd dans le troisième espace intercostal gauche.
A la pointe du cœur on entend un souffle systolique doux, mais ample, séparé du foyer supérieur par un espace de 4 centimètres, où les deux bruits ■ du cœur sont perçus faiblement.
Le reste de la mensuration du cœur montre que le bord supérieur du foie correspond à l'insertion du sixième cartilage costal droit; par conséquent, le bord inférieur du cœur est très peu oblique. Le bord de l'oreillette droite correspond au bord du sternum.
La matité cardiaque à la percussion se continue : en haut, dans le deuxième espace intercostal; à gauche, jusqu'à 8 centimètres du bord du sternum, et à droite, jusqu'au bord de cet os. Au-dessus, au niveau du premier espace intercostal, elle couvre le sternum et déborde à gauche de 1 centimètre.
Au cou, on perçoit un léger prolongement du bruit dans les vaisseaux artériels.