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DE LA THÉRAPEUTIQUE ET DE LA. MATIÈRE MÉDICALE

certaine efficacité. Puis ils le voient franchir le pylore, arriver au milieu alcalin où il prend définitivement la forme de solution ou d'émulsion. Il peut ainsi se présenter aux origines glandulaires du système lymphatique, arriver dans le courant sanguin, puis pénétrer dans l'intimité des tissus où Dieu seul sait ce qui se passe et d'où ils reviennent plus ou moins altérés pour se présenter définitivement à leur émonctoire d'élection. Si vous leur demandez ce qu'ils concluent de toutes ces transformations où le réel fait défaut, ils vous disent avec un grand air de conviction que décidément le médicament agit par action réflexe sur les vaso-moteurs.

Un autre caractère auquel on reconnaît encore les médecins physiologistes est le suivant : Aussitôt qu'il est question d'un remède nouveau, ils l'essayent sur tous leurs malades pour en connaître la valeur et, quelle que soit la maladie pour laquelle on vient les consulter, ils ordonnent le médicament à la mode. Si bien qu'il est à peu près inutile d'aller les trouver et qu'on pourrait aller directement acheter les médicaments en vogue.

En résumé, il ne faut nullement confondre l'expérimentation physiologique ou toxicologique avec la thérapeutique. L'une est une science, l'autre est un art; l'une s'exerce surtout sur les animaux, l'autre sur l'humanité; la première détruit, la seconde conserve et soulage. Ce n'est donc pas dans la toxicologie qu'il faut chercher les bases de la thérapeutique; mais alors où sontelles ? Ici, je demande la permission d'exposer un fragment d'histoire contemporaine.

Lorsqu'en 1832, Trousseau, âgé de vingt-neuf ans, vint partager avec Récamier le service des salles Saint-Bernard et Sainte-Monique, à l'Hôtel-Dieu, il rapportait de Tours la thérapeutique traditionnelle que Broussais avait rompue et que la Faculté méconnaissait, si bien que, lorsqu'en 1839, il conquit la chaire de thérapeutique, c'est h Alibert qu'il succéda.

L'Ecole n'enseignait alors que la matière médicale. Ecoulez ce qu'en disent les auteurs du Traité de thérapeutique, dans la préface de la huitième édition (1868) :

« Les ouvrages de Cullen, de Krantz, de Desbois de Rochefort, de Swilgué, d'Alibert, de Barbier (d'Amiens), de Martinet

servaient moins aux médecins qu'à la préparation du quatrième examen de doctorat.

« Ces traités spéciaux n'avaient, en effet, rien de vraiment médical. L'influence de l'observation clinique ne s'y faisait pas sentir. Après l'histoire naturelle et pharmacologique des médicaments, après l'indication nominale des maladies dans lesquelles on les emploie, et la nosologie, on n'y trouve presque plus rien. L'Apparatus medicaminum de Murray leur était supérieur, mais il était écrit en latin. Le Dictionnaire de matière médicale de MM. Mérat et Delens n'offrait qu'un compendium des ouvrages que nous venons de citer. La Bibliothèque de Thérapeutique de Bayle, travail de pure érudition, bornée à la monographie exacte de quelques médicaments, ne répondait pas aux besoins de la pratique et de l'enseignement. »

N'oublions pas qu'à cette époque la doctrine physiologique était en pleine faveur et que si la matière médicale existait dans l'enseignement et dans les livres, elle avait disparu de la pratique. «Des sangsues, des émollients, quelques révulsifs, un peu d'opium en faisaient tous les frais (1) ».

Tandis qu'à Paris, la thérapeutique reprenait ses droits sous l'influence de MM. Trousseau et Pidoux, elle était encore remplacée en province par la matière médicale.

L'idée que la thérapeutique n'est que l'emploi des médicaments avait pour conséquence, il y a quelques années à peine, que les chaires de matière médicale et de thérapeutique de nos écoles de province étaient, en grande partie occupées par des pharmaciens. Ils décrivaient de leur mieux les médicament- el leurs .usages ; mais il n'en résultait pas moins que celui qui enseignait la thérapeutique, c'est-à-dire l'art de guérir les malades, n'en avait souvent jamais vu de sa vie (2).

Trousseau, avec son grand bon sens, comprit de suite qu'il fallait renverser les termes du problème et que la matière médicale ne fût plus qu'une annexe de la thérapeutique.

(1) Préfaco de la huitième édition, p. U

(2) Depuis la création des nouvelles facultés, les écoles secondaires ont été remaniées, et les chaires do thérapeutique données non plus à des pharmaciens, mais à des médecins el à des toxicologistcs.

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