‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 329 sur 413 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

J'ai défini, dans le chapitre précédent, le but de la thérapeutique, qui est l'art de guérir. J'ai rhontré comment cette définition nous permettait de ne pas confondre la thérapeutique avec la matière médicale et la toxicologie.

J'ai montré, en outre, que toutes les tentatives faites pour constituer une thérapeutique à priori avaient échoué dans le dichotomisme de Themison et avaient été directement stériles; qu'elles n'avaient rendu de services qu'en protestant contre les abus d'un certain nombre d'écoles ou plutôt de modes thérapeutiques.

La thérapeutique ne peut se fonder^ comme toutes les sciences, que sur l'expérience.

Nous n'avons en somme, dans les sciences, qu'un moyen d'établir des lois et de les contrôler, c'est la répétition continuelle des expériences. Les mêmes causes dans les mômes conditions produisent les mêmes effets.

Donc, on ne pourra venir dire que telle médication rend tels services dans une maladie déterminée comme période, comme forme ou comme intensité, que si cette môme médication, appliquée dans les mômes conditions, produit toujours le môme résultat. Or, cette affirmation ne peut être portée sérieusement qu'après que la tentative aura été répétée un grand nombre do fois.

Il n'y a donc pas de thérapeutique à priori, il n'y a de thérapeutique qu'a posteriori, et non pas après une seule tentative ou un petit nombre d'exemples, mais par la répétition constante et continue du même résultat.

Tout médecin qui, se reposant sur la notion des effets patho-

génétiques d'un médicament, annonce que dorénavant telle maladie va guérir par son moyen, ressemble beaucoup au barbier qui avait mis sur sa porte : « Aujourd'hui, on paye pour se faire raser; mais demain, on rasera pour rien. » Ces promesses se valent absolument.

Voyons maintenant sur quelles bases doit se constituer la thérapeutique. Eh bien, il est de toute évidence que, pour savoir si la thérapeutique a, oui ou non, rendu service au malade, il faut d'abord connaître la marche naturelle de la maladie.

Telle est la première condition imposée par Hippocrate, qui a fondé ainsi du premier coup, en thérapeutique, l'école du bon sens.

PREMIÈRE ÉCOLE EMPIRIQUE OU EXPÉRIMENTALE. Hippocrate.

(460 ans avant J.-C.)

Hippocrate compritdu premier coup que la première condition était d'observer la marche des maladies. Mais il faut tenir compte des maladies qu'il avait à observer. Déjà, avant lui, Herodicus de Selembrya traitait les maladies chroniques dans les gymnases (comme on le fait aujourd'hui dans les établissements d'hydrothérapie et d'eaux minérales), tandis que les Asclépiades ne traitaient dans les temples que les malades atteints de maladies aiguës et les blessés (I). C'est un peu ce qui se passe aujourd'hui dans nos hôpitaux.

Le premier problème posé par Hippocrate était de savoir si une maladie relevait delà thérapeutique. Sa conduite se basait sur les principes suivants :

A. Quand une maladie doit guérir spontanément, observer par quels procédés elle guérit.

B. Imiter le procédé qu'emploie la nature pour arriver à la guérison.

C. Quand une maladie ne guérit jamais spontanément, elle est incurable par l'art.

(1) Littré, Œuvre complète d' Hippocrate, traduction nouvelle, 1839, t. Iet > p. 23.

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