PREMIÈRE ÉCOLE EXPÉRIMENTALE OU EMPIRIQUE. HIPPOCRATE
D. Quand une maladie doit guérir spontanément, laisser faire.
E. Dans l'agonie, il n'y a rien à faire.
Cette première loi de la thérapeutique est encore aujourd'hui celle qui s'impose la première. La maladie qu'on se propose de traiter, est -elle guérissable par l'art? Car il est des conditions où la thérapeutique n'a pas lieu de s'exercer. Dans l'agonie, il n'y a rien à faire. D'autre part, si la maladie a terminé son évolution et est devenue une infirmité, elle n'est pas du ressort de la thérapeutique.
Enfin, quand une maladie ne guérit jamais spontanément, il n'y a rien à faire.
Si, au contraire, la maladie est légère et doit guérir d'ellemême promptement, le médecin n'a pas à la guérir.
La thérapeutique ,est donc limitée aux maladies curables . C'est bien, en effet, la première question que nous adresse un client de bon sens. Docteur, je viens voir si vous pouvez quelque chose pour moi. En avez-vous, ou en a-t-on guéri de semblables à moi?
Nous voici donc en plein dans la réalité et nous allons voir peu à peu se dérouler ainsi la conduite qu'on doit tracer au médecin.
Hippocrate connaissait pourtant les méthodistes, il les combattait avec son bon sens par des arguments irrésistibles.
« Je reviens à ceux qui, suivant la nouvelle méthode, cherchent l'art d'après une hypothèse. Si c'est le chaud ou le froid, ou le sec ou l'humide qui nuit à l'homme, il faut que le médecin habile guérisse le froid par le chaud, le chaud par le froid, l'humide par le sec, le sec par l'humide. Supposons un homme d'une constitution non pas robuste, mais faible, qui mange du blé tel qu'il sort de l'aire, cru et sans préparation, des viandes également crues, et qu'il boive de l'eau. En suivant un pareil régime, il éprouvera, j'en suis sûr, des incommodités graves et nombreuses; les douleurs le saisiront, le corps s'affaiblira, le ventre se dérangera, et certes, il ne pourra vivre longtemps.
(t) Hippocrate, édition Littrû, 1. 1", p. 599, De l'ancienne médecine.
Quel remède administrer dans de pareilles circonstances ? Le chaud ou le froid, le sec ou l'humide? Evidemment, l'un ou l'autre, car si c'est l'une de ces quatre choses qui le rend malade, il faut y remédier par le contraire, suivant leur propre raisonnement. Or, le remède le plus simple et le plus évident, c'est de changer le genre dévie dont il usait, de lui donnerdu pain au lieu de blé, des viandes cuites au lieu dd viandes crues, et du vin à boire après son repas. Avec ce changement, il est impossible qu'il ne se rétablisse pas, à moins que sa constitution n'ait été profondément altérée par la durée du mauvais régime. Que dirons-nous donc? Sont-ce des substances froides qui l'ont rendu malade, et des substances chaudes qui l'ont guéri ? ou bien est-ce le contraire? Je pense qu'on serait embarrassé de répondre à ces questions ; car, est-ce le froid ou le chaud, ou l'humide ou le sec, qu'on ôte au pain en le faisant ; le pain, qui est soumis au feu et à l'eau, qni subit plusieurs préparations, dont chacune a une 'vertu particulière, qui prenl une partie de ses principes, et qui se combine avec d'autres ?
« Pour moi, quand j'écoute ceux qui font ces systèmes et qui entraînent la médecine loin de la vraie route vers l'hypothèse, je ne sais comment ils traiteront les malades en conformité avêl leurs principes (I).»
D'autre part, Hippocrate réfute encore le système de contraria contrariis, de Themison, par une observation importante qu'il a fuite. C'est la réaction de l'organisme qui rend complexe l'action des contraires :
« Mais, dans le moment même où le froid survient et cause de la souffrance, tout d'abord, et par cela seul, le chaud arrive, fourni par le corps, sans qu'il soit besoin d'une autre aide ni préparation. Et cela s'opère aussi bien chez l'homme sain (pu1 chez l'homme malade. En effet, d'un côté, sien santé l'on veut) pendant l'hiver, se refroidir soit par un bain froid, soit de toulo autre manière, plus on essayera do le faire, sans toutefois 9Éj geler complètement, plus, après s'ôtre rhabillé et mis à couvert, on éprouvera un effet considérable. D'un autre côté, si l'on vent
(1) UipilocNill', édition Lilll'6, t. 1", p. G09..
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se procurer une forte chaleur, soit par un bain chaud, soit par un grand feu, puis demeurer avec le môme vêtement et dans le môme lieu qu'après s'être refroidi, on éprouvera un froid bien plus vif et l'on frissonnera bien davantage, etc. (1). »
En cherchant comment les maladies guérissent spontanément, Hippocrate constate que souvent l'économie rejette des humeurs. Il faut donc observer quelles sont ces humeurs, et par quelles voies elles s'éliminent. Ce qu'il dit dans cet aphorisme : « Les humeurs qu'il faut évacuer, les évacuer du côté où elles tendent le plus et par les voies convenables (2). »
Les premiers médicaments dont nous avons à nous occuper sont donc les vomitifs.
Voici d'abord le traitement de l'embarras gastrique :
a ELant sans fièvre, l'anorexie, la cardialgie, les vertiges ténébreux, l'amertume de la bouche, indiquent qu'on a besoin d'être évacué par le haut (3). »
Les vomitifs employés par Hippocrate étaient de plusieurs sortes. C'était d'abord l'ellébore blanc [veratrum album) de la famille des colchicacées, identique au veratrum viride, plus employé aujourd'hui), puis l'isopyrum [itopyrum halictroides de Linné), plante appartenant à la famille des renonculacées. On en mettait près de 5 grammes dans la potion, dans de l'oxymel ; enfin, Yeuphorbia characias.
Les purgatifs comprenaient d'abord le petit lait (5), puis l'ellébore noir (elleborus niger, L., de la famille des renonculacées), et comme ce purgatif donnait beaucoup de coliques, on y ajoutait des aromatiques : le daucus de Crète (athamanla cretensis, L., de la famille des ombollifères), le cumin, l'anis ou quelque autre des plantes odorantes; enlin, l'euphorbe et le suc d'asa fœlida. L'euphorbe était surtout employé pour provoquer l'expulsion des gaz (5). Hippocrate prescrivait, en outre, les lavements.
(1) Aphorismes, sect. I, xx, p. 469.
(2) Aphorismes, sect. IV, xvit.
(3) Hippocrate, édition Littré, l. II, p. 227, Du régime dans les maladies aiguës.
('.) Ilippoerale, Édillotl LiUtv, t. 1", p. m> De l'ancienne Médecine. (b) Littré, t. II, p. 273.
Les diurétiques comprenaient l'ail pris avant ou après l'ivresse (1), certains vins, la cantharide, qu'on préparait de la manière suivante : « Prenez trois cantharides, ôtez-en la tête, les pieds, les ailes, broyez-en le corps dans trois verres d'eau. Lorsque celui qui a bu ce médicament souffre, on lui fait des onctions huileuses, puis des affusions chaudes. La potion doit être bue à jeun, puis on mange des pains chauds avec de la graisse. »
Enfin, les autres purgatifs étaient la scille et la garance.
Les excitants aromatiques étaient destinés surtout à provoquer les sueurs et les règles. Ils se composaient d'origan, de cumin, de safran, de garance et de myrrhe.
« Les fumigations aromatiques sont emménagogues, et elles seraient fréquemment utiles en d'autres cas si elles ne causaient des pesanteurs à la tête. » (Aphorisme V, série 28.)
Les stupéfiants étaient représentés par le pavot blanc.
Enfin, Hippocrate employait la saignée avec une grande modération : 1° quand la maladie est peu intense ; 2° que le malade est dans la vigueur de l'âge ; 3° que ses forces sont conservées (2).
Dans la pleurésie, il faut d'abord saigner, puis donner des clystères et enfin purger.
A côté de ces médications générales, il y avait les médications locales, qui comprenaient :
1° Les hémostatiques. Pour arrêter les hémorrhagies veineuses, on appliquait de la laine imprégnée du lait du figuier (ce suc est un caustique coagulant). De même pour l'épistaxis, on bouchait la narine avec un tampon fait avec de la présure ou du coaltar, puis on pressait les deux cartilages du nez ; en môme temps on purgeait le malade avec du lait d'ânesse et on lui rasait la tète.
Hippocrate employait aussi les antiphlogistiques sous forme de lavements, d'onctions huileuses chaudes, de bains, de fomentations, de cataplasmes. A l'intérieur, on donnait le miel et 1;) tisane (décoction d'orge dans laquelle on laissait ou non les grains).
Voici comment s'appliquaient ces fomentations :
(1) Hippocrate, édition Liltré, t. II, p. 48a.
(2) Hippocrate, édition Li.llré, Appendice au régime dans les maladies aiguës, t. II, p. 398.
HIPPOCRATË.