MUGUET
La partie de la plante expérimentée par les médecins russes est la fleur; c'est également celle qui avait fait l'objet des préparations anciennes, et de celles que j'ai employées.
J'ai employé d'abord l'infusion à la dose de 50 à 70 centigrammes, comme l'avait fait Troitsky (1). Je n'en ai rien obtenu; j'ai porté la dose à 5 grammes sans succès. Je pense donc, comme M. le professeur Sée, que c'est une préparation à abandonner; j'ai prescrit ensuite de l'alcoolature ; ici, je me rapproche du médecin russe, de Botkin (2) en particulier, qui donnait 40 gouttes, c'est-à-dire 2 grammes par jour. Cette dose est insuffisante; je l'ai portée à 5 grammes, où elle commence à agir. Je suis conduit à penser, par cette différence d'action dans les doses, que le muguet de Russie serait plus actif que le nôtre.
M. Sée regarde comme étant plus actifs : 1° les extraits des fleurs, qui exercent une action très active sur les animaux, moindre sur l'homme; 2° l'extrait de la plante en totalité, comprenant fleurs, feuilles et racines; 3° l'extrait de feuilles, qui est moins actif.
L'analyse chimique de cette plante a été faite plusieurs fois. Valz (3) aurait retiré de cette plante, en 1858, deux principes : un glycoside provenant de .l'extrait aqueux des fleurs et des racines desséchées, qu'il nomme conuallaramine, et un autre principe provenant de l'extrait alcoolique, la convallarine ; ce dernier a peu d'action.
M. Stanislas Martin (i), qui a fait une analyse de celte plante en 1865, a trouvé que l'infusion des fleurs est très acide. Tl en a retiré un alcaloïde qu'il a appelé l'acide maïalique (est-ce l'équivalent de la convallar aminé? M. Tanret, qui l'a recherché, n'a pu le retrouver), et un acide qu'il a appelé l'acide maïalique.
Celte analyse a été reprise dernièrement par M. Hardy, chef du laboratoire d'analyse a l'Académie ; mais il n'a pu encore isoler complètement la convallaramine de Valz.
(1) Troitsky, Allgemeine med. Central Zeitung, p. 292, 188t.
(2) Botkin, Allgemeine med. Central Zeitung, p. 467, 1881
(3) Cité par M. G. Sée.
(4) Stanislas Martin, Composition chimique île la fleur du muguet des bois [Uullctin de lliirapeutiquc, 1SCU, I. II, p. 128).
D'après Skifassowski (I), il existe dans le muguet deux corps • définis par Valz en 1858 :
1° La convallamarine, G',0H36O16, qui est un glycoside provenant de l'extrait aqueux de toute la plante prise au moment de la floraison.
La convallamarine se présente sous la forme d'une poudre blanche, contenant des petits cristaux; elle a une saveur douce- • amère, que la chaleur développe. Elle est soluble dans l'eau et ; l'alcool, mais insoluble dans l'éthcr. L'acide sulfurique lui donne • une couleur violette. Soumise à l'ébullition dans l'eau, elle i donne du sucre, des acides et de la convallarêtine. D'après Tan- • rel (2), la convallamarine dévie à gauche le plan de polarisation ;
2° La convallarine , substance qui provient de Yextrait alcoo- • ligue, cristallise en prismes quadrangulaires, qui ont une sa- \ veur forte. La convallarine est peu soluble dans l'eau, mais • facilement soluble dans l'alcool. En la chauffant dans l'eau avec des acides faibles, elle se transforme en sucre et en convallarêtine.
Action pathogénétique du muguet. — Il faut donc nous borner pour le moment, en attendant que les principes actifs aient été plus nettement déterminés, à décrire l'action des infusions, alcoolalure, teinture et extrait.
L'infusion de fleurs faite avec S grammes pour 250 n'est pas très acide ni très aromatique, elle est supportée par l'estomac ; mais si la dose est plus forte, 30 grammes pour i 000, ou mieux, de 100 pour 1 000, on obtient une infusion acide |qui rougit fortement le tournesol. Cette infusion est, en effet, un émétocathartique, comme l'avaient vu les anciens.
Les premières recherches faites dans ces derniers temps sur l'action pathogénétique du muguet sont dues;à Marmé (1807); elles ont établi que la oonvallarino (extraite par l'alcool) n'a qu'un pouvoir purgatif, tandis que la convallamarine (extraite par l'eau) a une action notable sur le cœur. Il établit que la dose
(1) Skifassowski, Zur Pharmacologie der Convallaria majalis (Wratsch, n»s lu el 18, 1881. Russie), (l) Tanrot, Bulletin de thérapeutique) :<o août 1882.