HYDROTHÉRAPIE
faut surtout veiller à ce que rien ne vienne dépasser la tension modérée qu'elle peut supporter.
Ce n'est là qu'une comparaison, et non pas une identité; mais c'est en somme l'idée qui doit dominer dans le traitement des maladies du cœur. Il y a là pour la pratique beaucoup plus de ressources utiles que de chercher le médicament qui viendra résorber les végétations de l'endocarde ou assouplir les cicatrices rétractées.
Ou verra du reste, par la suite, que cette indication reste constante dans le traitement des maladies du cœur.
Reprenons l'hygiène du malade pendant la période de tolérance, et voyons comment il doit se gouverner.
Suivons donc l'hygiène de chaque jour.
Le premier conseil à donner au malade est de se lever de bonne heure; c'est la première règle d'hygiène pour éviter l'obésité ou la surcharge graisseuse qui est l'un des principaux fléaux des cardiaques.
A. Toilette, hydrothérapie. — Une fois levé, le malade préside à sa toilette. Doit-il redouter l'eau froide, comme le croyaient Priessnitz et les premiers hydropathes? Non.
Le tout est de s'habituer progressivement au contact de l'eau froide en la rafraîchissant graduellement chaque jour.
L'impression réflexe sur le cœur produite par l'eau froide cesse très promptement, comme le prouvent les observations des malades soumis à l'hydrothérapie parFleury, Bouillaud, Auburtin, Hirtz et d'autres.
Donc, le malade alteint de lésion cardiaque peut faire sans crainte chaque matin, des lotions froides (-h 12 à + 16 degrés) (Tub). Si l'on veut arriver à l'hydrothérapie complète, il faut commencer par des frictions pendant quelques secondes avec le drap mouillé très fortement tordu (1). Au bout de quelques jours, on peut aborder la douche en jet do quelques secondes de durée pour éviter la suffocation ; on peut môme donner la douche alternative chez ceux qui ont peu de réaction; car on a observé, dans tous les établissements d'hydrothérapie, que
(l) Fleury, Hydrothérapie, p. 385.
l'impression produite par la douche froide est beaucoup atténuée si cette douche a été précédée d'une douche chaude (30 à 32 degrés) (1). C'est même le procédé qu'on emploie presque constamment aujourd'hui avec les nouveaux malades qui redoutent l'impression du froid.
L'accoutumance se fait du reste si vite, qu'au bout de huit jours ces malades peuvent supporter une douche froide (+ 12 à -f- 16 degrés) d'une minute et même d'une minute et demie de durée en jet sur la région précordiale.
L'âge n'est pas un obstacle, et Fleury cite des cas de malades âgés de soixante ans qui ont fait usage de l'hydrothérapie avec succès dans ces conditions (2).
L'hydrothérapie est donc utile aux malades atteints d'affections du cœur, elle leur donne tous les avantages de cette mesure hygiénique. Mais il ne faut pas lui demander de faire disparaître les lésions cardiaques.
Notons seulement une dernière loi de l'hydrothérapie, trop souvent méconnue dans les établissements. L'eau froide agit d'autant plus qu'elle est plus froide ; mais il faut que l'air des salles et des cabinets ou habilloirs soit chaud.
Eau froide ; air chaud : telle était la formule si juste de Fleury.
Enfin, si la chambre ne peut être chauffée, faire usage, comme aux bains de mer, du bain de pieds chaud pour faire la réaction.
B. Bains d'eau. — Les bains doivent être classés selon leur température. Fleury, dont la division est la seule acceptable, les a classés en trois catégories : froids, de 0 à 25 degrés ; tiedes, indifférents ou neutres, de 25 à 30 degrés; chauds, de 30 à 40 degrés.
Le bain froid ne convient pas aux cardiaques, il refoule le sang dans les viscères centraux qu'il congestionne, il amène le ralentissement de la circulation et la gêne de la respiration. Puis, au moment de la réaction, le pouls prend un peu d'ampleur et de fréquence.
En somme, le bain froid amène une perturbation dans la cir-
(1) Bcni-Bardc, Traité d'hydrothérapie, p. 126, 1874.
(2) Fleury, Hydrothérapie, p. 912.