‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 364 sur 413 · VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

VÊTEMENTS

culation, perturbation toujours défavorable au cardiaque, si bien qu'on ne peut l'autoriser à prendre des bains froids qu'à la condition que l'eau ait 25 degrés, que l'air soit très cbaud et très calme, et que le bain dure très peu ; enfin, si l'on se baigne dans l'eau courante, il faut que l'immersion soit très rapide et que le bain soit très court.

On aura soin de faciliter la réaction par une cbambre chaude, un bain de pieds, des vêtements chauds, etc.

Ce n'est donc que d'une manière exceptionnelle que le bain froid pourra être accordé. Quant au bain tiède (25 à 30 degrés) et au bain chaud (30 à 40 degrés), ils pourront être permis à titre de bains de toilette, c'est-à-dire à la condition de ne pas durer plus d'un quart d'heure et de n'être renouvelés qu'une fois par semaine.

C. Bain d'éluve, bain (F air chaud, Hammam. — Ce bain est relativement bien supporté par les vieillards et les malades atteints de maladies du cœur, à la condition, toutefois, qu'on n'y enverra pas des malades atteints de myosclérose. Le malade atteint de maladie du cœur peut aller à l'étuve sèche, à la condition que l'étuve ne passera pas 55 degrés (température du Hammam de Paris) et qu'on n'ira pas dans les étuves surchauffées soit à 71 degrés, soit à 91 degrés. Il sera bon d'y faciliter la transpiration par l'ingestion d'eau fraîche et de terminer par les lavages et frictions et, au besoin, une douche en pluie de quelques secondes. 11 sera bon de s'abstenir de l'immersion froide et du massage. Ce n'est pas que le massage ne soit bon pour les cardiaques, au contraire, mais il faudra le faire dans un autre moment, pour ne pas amener trop de fatigue, et selon les règles qui seront indiquées.

D. Bain de vapeur.— 11 ne faut pas songer, pour nos malades, au bain d'étuve humide, où ils sont suffoqués par la pénétration dans les bronches d'un air chaud, saturé de vapeur, où les battements du cœur deviennent précipités et tumultueux; mais il est permis de donner des bains de vapeur, par encaissement, dans la boîte à fumigation, c'est-à-dire que la tête est hors de la caisse et respire l'air de la chambre et non plus celui do L'étuve, Dans ces conditions, les malades peuvent prendre des

bains de vapeur soit simples, soit aromatisés par le genièvre, la térébenthine, etc.

E. Bains d'air comprimé. — Ces bains, qui sont si utiles aux emphysémateux et aux catarrheux alors môme qu'ils ont une dilatation commençante du cœur droit, doivent être absolument proscrits chez les malades atteints de maladie du cœur.

F. Vêtements. — Le malade atteint d'affections cardiaques doit veiller à deux choses au point de vue de ses vêtements. D'abord, il évitera toute constriction par des liens soit au cou, soit à la taille, soit aux membres. Les femmes devront éviter de comprimer le thorax ou le foie par le corset. Cette influence des vêtements est telle, qu'en Angleterre le docteur A. Myers (I) a attiré l'attention sur la fréquence des affections cardiaques dans l'armée anglaise et a regardé comme cause importante la constriction de certaines parties du corps par l'équipement.

G. Régime. — Le régime des malades atteints d'affections du cœur doit avoir pour but d'éviter l'obésité. Il s'agit de ne donner aux organes d'assimilation que le travail nécessaire à l'entretien et de ne charger les appareils que des tissus nécessaires, sans les laisser envahir par la surcharge graisseuse.

Le malade doit boire le moins d'eau possible, la proscrire sous toutes ses formes. Le patient ne prendra rien le matin, ou bien un peu de café noir avec du pain grillé ou une biscotte. Aux repas suivants, il s'abstiendra de manger des féculents ou farineux, parce que ces substances exigent, pour leur digestion, une très grande quantité de liquide.

Le malade ne devra pas manger plus de 200 grammes de pain par jour.

11 pourra manger de toutes les viandes, blanches et rouges, du gibier, des poissons, des crustacés, etc. Il pourra manger des pommes de terre frites ou cuites au four, des lentilles et des llageolets. Il devra s'abstenir le plus possible de corps graa beurre, huile, graisses, crème, pâtisseries.

Au dessert, il pourra prendre des amandes, des fruits secs, des fromages secs.

(1) A. Mycrs, On the Etiologie caïd Prevalence ofthe heavf among soldierS 1870. Cilô par Dujardiii-Bcaumelz, Clinique thérapeutique, t. I", p. 17.

EXERCICE. 8fs5

11 boira du vin pur ou peu étendu, jusqu'à concurrence d'une bouteille par jour. Il ne boira du café que s'il est léger, et s'il ne provoque pas de palpitations.

11 prendra peu d'épices.

Après le repas, un peu de tbé, de coca, de guarana, d'ayapana, de faham.

Il pourra prendre un peu de cognac ou d'une liqueur stimulante, aromatique, comme le curaçao, la chartreuse, etc.

Le malade devra se tenir le ventre libre et y veiller d'autant plus que le régime alimentaire que je viens de prescrire tend à le conduire à la constipation. Il prendra pour cela, le soir en se couchant, une pilule de podophyllin de 1 à 3 centigrammes, des pilules d'aloès de 10 centigrammes, ou les pilules qui en renferment, comme celles de Bontius, de Franck, d'Anderson, etc. ; des follicules de séné, à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme ; de la scammonée, à la dose de 75 centigrammes à l gramme ; de la résine de jalap, à la même dose; un verre d'eau de Montmilailj etc.

H. Tabac. — On devra fumer avec beaucoup de modération, le tabac pouvant produire à lui seul l'angine de poitrine.

I. Exercice. — Au point de vue de l'exercice, nous rappellerons que tout ce qui amène l'effort produit la dyspnée.

Toutefois, il ne faut pas conseiller l'immobilité, qui conduit à l'obésité, ni rester trop longtemps dans la station debout, qui est peu favorable à la circulation veineuse.

Le malade devra faire de l'exercice, mais de l'exercice modéré, par exemple, la marche sur un terrain plat. Quant aux exercices, ils sont presque toujours nuisibles. Je vais les passer en revue.

Le billard est un très bon exercice, à la condition que la salle où il aura lieu n'aura pas l'air infecté par le tabac, comme cela a lieu dans les cafés et dans les cercles.

Les exercices des bras, comme le piano, peuvent être continués ; mais tous les exercices qui exigent un effort, comme la course, le saut, la danse, la natation, l'escrime et surtout l'équitation, seront tout à fait défendus.

La gymnastique, sous toutes ses formes, n'est pas supportée.

Quant à la navigation, elle n'est bonne que pour les passagers, mais impossible pour les matelots. La chasse et le jardinage ne peuvent être exercés que dans des proportions très restreintes, alors qu'il n'y aura aucun effort à faire.

J. Vie sociale. — Il faudra éviter toute espèce d'émotions aux malades atteints de maladie du cœur.

Les rapports sexuels devront être des plus modérés ; car plus d'une maladie du cœur s'est révélée par un accès de suffocation survenu après le coït (Oulmont).

Il résulte de celte difficulté à subir l'exercice et les émotions que beaucoup de professions ne peuvent être exercées par les malades atteints de maladies du cœur; ils ne peuvent être ni soldats, ni marins et moins encore médecins, chirurgiens ou même accoucheurs. Ils ne peuvent guère subir les émotions des affaires, comme celles de bourse, etc.

K. Exercices passifs. — Quant aux exercices passifs, c'est une autre affaire. La voiture, si elle ne secoue pas trop, ne leur est pas mauvaise. Le massage, surtout s'il consiste à faire des frictions sur les membres dans le sens de la circulation veineuse, leur fournit une sorte de cœur veineux accessoire et leur fait le plus grand bien.

L. Température. — Les malades atteints d'affection du cœur craignent le froid ; aussi est -il bon qu'ils évitent, lorsqu'ils le peuvent, les climats froids : c'est donc un bon conseil à leur donner que de les envoyer passer l'hiver dans un climat doux et tonique, comme Cannes, Nice, Menton, Hyères, Alger, Madère, d'autant plus que l'atmosphère marine leur est bonne.

M. Altitude. — Si les cardiaques ne supportent pas l'augmentation de la pression barométrique, ils supportent au contraire très bien une diminution de pression. Ils peuvent donc aller habiter avec avantage des stations d'une altitude modérément élevée, de 300 à G00 mètres par exemple, comme Gérardmer; mais cela à une condition, c'est que les cardiaques y trouveront des promenades horizontales, 'comme il en existe aux Eaux- Bonnes, à Plombières, à Soulzmatt, etc. Sans quoi le séjour leur serait impossible si, pour se promener, ils avaient toujours à monter ou à descendre.

N. Villégiature. — L'usage est venu fort à propos de se reposer de la vie à outrance du dix-neuvième siècle en allant chaque année prendre du repos. Pour que ce repos soit complet, on vient souvent demander au médecin où il convient de le passer. Il y a à cet égard quatre ressources principales : la campagne, la mer, la montagne et les eaux minérales.

Au point de vue des cardiaques, le repos à la campagne est le meilleur qu'ils puissent trouver. Plus d'agitation par le mouvement, le bruit et tout ce qui s'agite dans les villes, air sain plus oxygéné et moins chargé de tous les microbes nuisibles. L'intelligence et le cœur y sont plus facilement au repos.

Les bords de la mer sont encore bons pour les cardiaques : ils y trouvent l'atmosphère marine, un airvif et la promenade ; plus la distraction par le mouvement de la pêche et de la navigation. Mais ils ne doivent y participer que comme spectateurs, tout comme pour les bains de mer, qui leur sont tout à fait nuisibles.

La montagne est bonne pour eux comme séjour, mais non comme excursion. Je m'en suis expliqué plus haut.

0. Eaux minérales. — Les malades atteints d'une lésion cardiaque peuvent-ils trouver quelque bien à certaines stations d'eaux minérales?

Nous avons déjà vu que l'hydrothérapie faite avec soin et que même l'étuve n'étaient pas inutiles aux cardiaques ; il est permis de chercher si des pratiques hydro-minérales ne pourraient pas convenir également.

Fleury avait déjà remarqué (1) que des malades qui étaient allés à Aix à cause de leur rhumatisme articulaire s'en étaient bien trouvés sous le rapport des lésions cardiaques.

Verniôre (2) avait fait la même remarque pour Saint-Nectaire, de môme Bertrand pour les eaux du Mont-Dore, mais ses observations sont loin de porter conviction. Je citerai encore MM. Favart de Mont-Luc à Néris, Dupré à Cauterets, ïzarié aux Eaux-Chaudes, Blanc (3) à Aix, Teissier (4) à Lyon, qui ont éga-

(1) Fleury, Hydrothérapie, p. 383.

(2) Vernièro, Première lettre sur les eaux de Saint-Nectaire, 1852.

(H) Blanc, Rapport sur les eaux thermales d'Aix en Savoie pendant l'année 1880. '

(4) Teissier, Leçons sur les eaux minérales [France médicale, 26 juillet 1881).

lement montré que certaines eaux, minérales pouvaient être utiles.

Mais aucun de ces médecins n'a étudié ce sujet avec la môme persévérance que M. Dufresne de Chassaigne (1). Ce praticien, qui a exercé comme médecin inspecteur, d'abord à Bagnols de la Lozère, puis à Chaudes-Aigues (Cantal), a observé bien des cas de maladies du cœur. Il rapporte 46 cas de guérison à Bagnols, 8 à Cbaudes-Aigues, 9 guéris parle sulfure de potasse à petites . doses et 6 cas seulement de non-guérison. C'est là un résultat bien surprenant, et quand on veut prendre observation par observation pour se rendre compte, on trouve bien des diagnostics douteux non seulement au point de vue de la localisation de la lésion cardiaque, mais au sujet de la réalité même d'une affection cardiaque.

Quoiqu'il en soit, il n'est pas douteux que parmi ces nombreux malades guéris (63) quelques-uns n'étaient réellement atteints d'une maladie du cœur. Il est donc important de savoir comment a procédé le docteur Dufresne de Chassaigne.

Ce praticien commençait par administrer chaque jour pendant quatre à huit jours un bain entier. Le premier jour, le bain est à 34 degrés et la durée de trente à cinquante minutes. On augmente ensuite chaque jour de 1 degré jusqu'à 38 degrés.

Si les bains sont bien supportés, on continue; dans le cas contraire, on se repose deux jours pour reprendre le troisième.

Après le bain, le malade passe dans une étuve à 40 degrés, c'est-à-dire d'une température à peine supérieure.

Le premier jour, il y reste cinq minutes, et chacun des jours suivants on augmente de quatre à cinq minutes jusqu'à un quarl d'heure.

A la sortie de l'étuve, le malade est enveloppé d'un peignoir et d'un caleçon de laine et couché dans son lit, où il commence à transpirer. Cette transpiration est entretenue pendant trois quarts d'heure en faisant prendre un bouillon chaud et un verre d'eau minérale.

(i) Dufresne de Chassaigne, Du traitement et de la guérison de l'anévrysme du cœur, Paris, Asselin, 1877.

Au bout de trois quarts d'heure, on le change de linge et on le laisse reposer pendant une demi-heure.

Dans le courant de la matinée, le malade boit deux à trois verres d'eau thermale à 41 degrés ou à 33 degrés à un quart d'heure d'intervalle; plus un à deux verres dans l'après-midi.

Enfin, à quatre heures du soir, le malade prend un bain de pieds d'eau courante à 40 degrés de quinze minutes de durée.

De temps en temps, on y ajoute un purgatif salin. La durée du traitement est de douze à quinze jours, rarement vingt et un.

En général, au début du premier bain le pouls est agité, mais il se calme après le bain et chaque jour cette période de sédation augmente.

Au bout de dix jours, elle est complète et permanente. Toutefois, il arrivait quelquefois que les malades quittaient la station sans avoir été soulagés ; l'amélioration se produisait alors dans les trois ou quatre mois ultérieurs, et lorsque les malades revenaient l'année suivante, M. Dufresne de Ghassaigne constatait chez eux une diminution des bruits de souffle, une diminution du volume du cœur, des palpitations, de l'oppression et de la dyspnée.

A quoi était due cette amélioration? Etait-ce simplement l'effet d'une cure thermale bien dirigée ou .la composition chimique de l'eau y jouait-elle un grand rôle ?

Je serais assez disposé à accepter la première hypothèse, mais M. Dufresne de Ghassaigne penche au contraire pour la seconde.

Dans le but de contrôler cette opinion, il a traité seize mala des atteints d'affections du cœur par le sulfure do polasse on pilules, à la dose de 10 centigrammes le matin, pendant plusieurs mois avec addition d'un peu de fer et d'acétate de plomb (I).

Le sulfure de potasse n'a guère été essayé dans ce sens. Il faut donc que les remarques de M. Dufresne de Chassaigne soient confirmées par d'autres pour être définitivement acceptées.

Lorsqu'on parcourt les nombreuses brochures écrites par les médecins des eaux minérales, on est souvent embarrassé par le

(1) Formule : sulfate de potasse, 10 grammes; fer rôduit , 10 grammes; asiate de plomb cristallise-, 12 centigrammes. Pour 100 pilules.

nombre considérable des affections que chaque station est censée guérir. Le chapitre des contre-indications est au contraire des plus restreints et se borne en général à cette mention, les eaux sont contre-indiquées lorsqu'il y a maladie du cœur.

La cause de cette proscription est facile à expliquer : elle tient à ce que, chaque année, des malades atteints d'affections • du cœur font un usage imprudent des eaux et meurent, plus ou i moins subitement, dans certaines stations et portent l'effroi , parmi les baigneurs.

Récemment encore, les rapports des médecins inspecteurs signalent trois cas de mort subite ou tout au moins soudaine.

Ces trois cas ont eu lieu, l'un aux Eaux-Chaudes, où une • paysanne abusa de l'eau, malgré la défense du docteur Anglade, et mourut quelques jours après. Le second a eu lieu à Bagnères-de-Bigorre, où un malade, atteint d'affection du cœur, , alla prendre un bain d'étuve, malgré la défense qui lui en i avait été faite, et mourut subitement. Le troisième cas a été i observé à Amélie-les-Bains, sur un capitaine atteint d'emphy- • sème et de dilatation du cœur, qui, lui aussi, mourut subitement.

Si l'on songe que le diagnostic des maladies du cœur est souvent difficile, que la mort subite s'y rencontre de temps en i temps, et que cette mort subite peut être provoquée par des pratiques balnéatoires maladroites, on comprend l'extrême ré- • serve des médecins des eaux minérales.

Mais ces accidents sont surtout à craindre pour des maladies du cœur méconnues. Et l'on peut se demander s'il n'y a pas • moyen de faire du bien aux malades atteints d'affections du cœur reconnues et caractérisées. La réponse à celte question est absolument affirmative.

Fleury avait déjà montré que l'on peut redonner du ton aux cardiaques par l'hydrothérapie, mais à la condition que l'on i commencerait à anesthésier la peau par une douche chaude avant d'administrer la douche froide. Puis, peu à peu, la peau s'accoutume à la sensation de l'eau froide et, au bout de huit jours, on peut faire supporter aux malades une douche en jet sur la région précordiale, avec une température de 12 à 16 de-

grés, pendant une durée d'une minute et même une minute et demie.

Le cardiaque ne doit prendre que des bains tempérés de 25 à 32 degrés ; au-dessous de cette température comme au-dessus, il se fait des congestions locales qui sont loin d'être sans danger.

De même, les cardiaques peuvent aller aux bains d'étuve, mais à la condition que l'étuve sera sècbe, que la température ne dépassera pas 35 degrés et que le malade n'y fera pas un séjour trop prolongé ; après l'étuve, le malade ne fera pas d'immersion dans l'eau froide, mais seulement des lotions tièdes, ou recevra une petite doucbe en pluie.

Quant à l'étuve humide, ou bain de vapeur, elle doit être absolument défendue à ces malades.

On voit donc déjà qu'en observant certaines précautions, les malades atteints d'affections du cœur peuvent profiter de certaines pratiques balnéatoires et hydrothérapiques.

Arrivons maintenant aux eaux minérales proprement dites, et nous allons voir qu'elles ont de fréquentes indications dans les maladies du cœur.

Mais, à cet égard, il faut bien s'entendre : si l'on cherche des eaux qui, par leurs parties constituantes, doivent arriver à dissoudre ou à faire résorber les végétations de l'endocarde, ou assouplir les cicatrices des myocardites, on n'en trouvera pas.

Mais il ne faut pas oublier que les indications, dans les maladies organiques du cœur, consistent d'abord à supprimer les obstacles à la circulation et ensuite, mais seulement après ce premier résultat obtenu, à exciter les contractions du cœur. Une comparaison fera mieux comprendre cette théorie.

Si l'on a à son service une vieille machine à vapeur qui ne peut plus supporter que deux atmosphères de pression, on la fera travailler à une pression moindre. Tant que les choses resteront en cet état, la machine pourra continuer à fonctionner ; mais si les tuyaux viennent à s'engorger, la tension augmentera et la machine fera explosion. La catastrophe sera plus rapide encore si l'on surchauffe la machine pour lui faire vaincre cette résistance.

Si, au contraire, on se hâte de dégager les tuyaux, la ma-

chine ne trouvant plus d'obstacle insurmontable pourra servir et fonctionner encore.

Il en est de môme dans les maladies organiques du cœur. Tant que les autres organes de la circulalion fonctionnent normalement, l'insuffisance du cœur est suppléée par ces autres organes. Mais, lorsque les vaisseaux artériels et veineux viennent à fléchir, non seulement ils n'aident plus le cœur, mais ils lui créent des résistances qui dépassent bientôt ses forces et le troublent de plus en plus. Si, à ce moment, on veut exciter le cœur à surmonter les obstacles, on l'épuisé et la mort en est bientôt la conséquence. Tel est le résultat de l'usage intempestif de la digitale, sur lequel nous avons insisté dans un rapport récent.

Si, au contraire, on dégage la résistance, le cœur reprend luimême de la force, et s'il n'en acquiert pas assez, on peut alors l'exciter et le soutenir sans crainte de le surmener.

Or, si les eaux minérales n'ont pas pour effet de supprimer les lésions cardiaques, elles deviennent fréquemment utiles pour supprimer ces affections secondaires, qui deviennent à leur tour des causes d'aggravation pour la maladie du cœur. Le fait est encore plus vrai, s'il s'agit d'une hypertrophie du cœur consécutive à l'altération d'organes, autres que ceux de la circulation.

Déjà cette application des eaux minérales a tenté un certain nombre de médecins des eaux, qui ont obtenu des résultats des plus satisfaisants. On peut citer à cet égard les résultats obtenus à Aix par Yidal, Fleuryet Blanc, à Saint-Nectaire par Vernière, au Mont-Dore par Bertrand, à Néris par Favart de Montluc, à Cauterels par Dupré, aux Eaux-Chaudes par Izarié, à Chaudes- Aiguës par Dufresne de Chassaigne, îtBagnols de la Lozère, par Rambaud et Coulomb, enfin les excellents conseils donnés paul Lebret et Durand-Fardel, ainsi que ceux donnés par Teissier, de' Lyon.

Dans les rapports que nous avons à analyser cette année (1884), nous trouvons que la question a fait quelques progrès.^

Plusieurs médecins y indiquent des affections du cœur en particulier, en donnent l'observation, et font connaître en détail les procédés qui lour ont réussi.

Le docteur Blanc, médecin inspecteur des eaux d'Aix en Savoie, déclare que sur quatre cent dix-neuf rhumatisants, vingtquatre étaient atteints soit de lésion aortique, soit de lésions mitrales, et que les eaux d'Aix, administrées avec prudence à ces malades, les avaient améliorés pour la plupart, et en avaient guéri quelques-uns.

Telle était, du reste, l'opinion de son prédécesseur, le docteur Vidal, qui en avait fait l'objet^d'un mémoire spécial.

La première condition pour réussir chez; ces malades est de procéder par tâtonnements. Le docteur Belugou, à Lamalou-le-Haut commence par donner des bains de 27 degrés, d'une durée de quinze minutes avec repos au lit après le bain et des douches tièdes. Il a pu arriver ainsi à donner une moyenne de vingt et un bains et près de vingt douches. La condition pour réussir est que la salle de bain soit fraîche et ne soit pas une étuve humide, que le malade se repose dans son lit après chaque bain, et qu'il y ait en général un jour de repos après chaque bain, pour éviter l'excitation thermale.

Dans la station de Bourbon-l'Archambault, la même pratique a été suivie à l'hôpital civil et à l'hôpital militaire. A l'hôpital civil, le docteur Regnault commence par des demi-bains à 20 degrés, et des douches à 28 degrés. Il dit avoir vu le souffle cardiaque disparaître chez ces malades.

Notons qu'en même temps on donne aux malades de l'eau minérale qui amène de la diurèse, et des garde-robes faciles et abondantes. A Bourbon-l'Archambault, on peut encore diminuer la congestion par l'application des cornets, sortes de ventouses qui datent du moyen âge.

On le voit donc : alors même que les congestions et l'hydropisie ont succédé à l'hypertrophie, les eaux minérales peuvent agir en qualité de diurétique et de laxatives, faire disparaître oe? affections secondaires.

Il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'une insuffisance aortique, et surtout d'une insuffisance consécutive à la dilatation athéromateuse de l'aorte, et plus encore si le malade est atteint de myoscléroso ou porteur d'un anévrysme. Ici toute médication thermale serait dangereuse. L'oau pulvérisée peut

être administrée sans crainte à ces malades, d'après le docteur Bourgarel.

Si l'hypertrophie du cœur n'est plus consécutive à une lésion du cœur lui-même, les indications des eaux minérales deviennent bien plus formelles.

Dans les hypertrophies consécutives aux affections catarrhales des voies respiratoires, les eaux sulfurées des Eaux-Bonnes, Cauterets, Allevard, Saint-Honoré, Pierrefonds, Enghien, viendront ramener la contractilité pulmonaire, tarir la sécrétion bronchique et faciliter la circulation de l'action pulmonaire. Si la cause de l'hypertrophie se trouve dans une néphrite interstitielle, les eaux de Saint-Nectaire pourront rendre des services.

Les hypertrophies consécutives aux lésions d'origine gastrohépatique se trouvent bien des eaux alcalines faibles : Ems, Garlsbad, Yichy, Royat, Yittel et Contrexéville.

Enfin, si l'hypertrophie est symptomatique de l'endartérite chronique, les eaux qui soulagent les goutteux, c'est-à-dire Vichy, Yittel, Contrexéville, La Réveille, Montrond, et les autres alcalines, seront également indiquées.

On voit donc par ce résumé que non seulement il ne faut pas refuser le secours des eaux minérales aux cardiaques, qu'ils peuvent, au contraire, trouver du soulagement à un grand nombre de sources, et que les maladies du cœur dangereuses en pareil cas, sont les maladies qui n'ont pas été reconnues, parce qu'elles ne permettent pas de prendre les précautions nécessaires.

En Allemagne, les recherches faites par Beneke (1) à Nauheim permettent de penser que les eaux thermales indifférentes peuvent combattre efficacement les stases sanguines pulmonaires et abdominales. Traube recommande également l'usage de la source n° 4 à Soden (sur le Taunus) en môme temps que l'usage du petit-lait.

P. Cure de petit-lait. — Le petit-lait, sérum lactis, désigné par Galien sous le nom de melca, est nommé en Allemagne Molken et en Suisse Schotten.

C'est du lait dont on a retiré le beurre et le caseum et qui ne

(1) Beneke, Zur Thérapie der Gelenksrhumatismus und die htm verbunden Uerzb-ankheitcn. Berlin, 1872. llirschwald.

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