CHAPITRE LU
Dans les chapitres précédents, j'ai déjà fait connaître : 1° L'hygiène que doivent suivre les malades atteints d'affection organique du cœur ;
2° Les moyens de calmer lés palpitations et l'excitation cardiaque ;
3° Les cordiaux ou moyens de réveiller l'énergie des contractions cardiaques ;
4° Il ne faut pas oublier ce point capital, c'est que l'hypertrophie est toujours secondaire. Par conséquent, lorsque l'hypertrophie aura pour cause une affection d'un autre organe que le cœur, cette affection devra en même temps être traitée avec la même énergie.
Il ne reste donc plus à dire ici quelle est la conduite que doit tenir le médecin en face d'une hypertrophie dont la cause est une lésion du cœur lui-même, soit dans ses valvules, soit dans son tissu musculaire. On a dit et répété que le cœur sollicité par l'obstacle qu'il avait à vaincre s'hypertrophiait pour établir une sorte de compensation, et l'on a même qualifié cette hypertrophie de providentielle. Cette manière de voir serait juste, si cette hypertrophie une fois acquise restait stationnaire ; mais l'expérience a montré que ce surcroît de travail imposé au cœur finit par user ses fibres, qui s'altèrent soit par la dégénérescence graisseuse, soit par le travail d'irritation du tissu conjonctif qui se développe outre mesure et finit par étouffer les fibres musculaires.
S'il est vrai que cette dégénérescence se montre surtout alors que les autres organes de la circulation perdent, par l'âge, leur élasticité et leur contractibililé, il faut ajouter que la dialhèse
arthritique, alcoolique ou syphilitique hâte souvent cette sorte de sénilité de l'organe, et qu'enfin le cœur peut rapidement s'altérer si l'ohstacle cardiaque est considérable.
Il faut donc, tout en respectant ce travail d'hypertrophie, le modérer pour faire qu'il arrive le plus tard possible à la dégénérescence.
Quels sont les moyens que nous avons à notre disposition?
Pendant longtemps, on a compté sur les révulsifs et nous voyons souvent, dans la pratique, des malades porter la cicatrice de vésicatoires, de cautères, de moxas, de pointes de feu qui ont été placés dans ce but; mais l'expérience est loin d'avoir ratifié cette thérapeutique, qu'on abandonne de plus en plus.
Faut-il compter sur l'iodure de potassium, qu'on oppose d'une manière banale à toutes les hypertrophies? Non certainement; cependant, l'iodure de potassium est un succédané du bromure de potassium qui peut rendre quelques services.
Il en est de même du tartre stibié à petites doses, 5 à 6 milligrammes, 10 au plus par jour, et duveratrum viride. Il faut aussi abandonner l'espoir théorique de voir réduire les végétations cardiaques par l'usage des alcalins et des mercuriaux.
Reste donc l'emploi des modérateurs du cœur. Peut-on espérer qu'ils feront à la longue disparaître les lésions cardiaques et que le passage continuel du sang d'une manière régulière et modérée finira par les polir et les user? On n'y peut pas compter. Et, cependant, il n'est pas de médecin qui, déjà avancé dans la carrière, n'ait vu disparaître des bruits de souffle liés à des lésions organiques qu'il croyait définitives.
Pour ma part, j'ai vu, à mon grand étonnement, chez des per-i sonnes à vie calme eL régulière, des bruits de souffle de cet ordre s'amoindrir et finir par disparaître à la longue, sous l'influence do l'hygiène et du traitement. C'est là un résultat exceptionnel] je l'avoue, et sur lequel on ne peut compter. Mais ce fait, si exceptionnel qu'il soit, est réel et positif, et puisqu'il se présente quelquefois, on doit toujours tenter de l'obtenir ou de s'en rapprocher le plus possible.
11 faut maintenant faire une certaine distinction entre les diverses hypertrophies d'origine cardiaque.
Los hypertrophies consécutives aux lésions de la mitralo sont celles qui laissent vivre le malade le plus longtemps quand ces lésions ne sont pas très étendues. On sait qu'elles prédisposent aux stases sanguines et, par suite, aux congestions et aux hydropisies. Dans ces cas, les modérateurs du cœur ont une grande action, et l'on en peut user longtemps.
Lorsque, au contraire, l'hypertrophie est consécutive à une lésion de l'orifice de l'aorte ou du commencement de son trajet, il n'en est plus de même, et l'anémie, qui se présente souvent, indique qu'il y a bien plus lieu de s'adresser aux préparations ferrugineuses; et comme les préparations ferrugineuses, poussées à doses fortes, calment la circulation, c'est à elles qu'il faut s'adresser et non pas à la digitale, qui est mal supportée par ces malades.
Les préparations les meilleures, en pareil cas, sont les préparations solubles : le tartrate de fer et de potasse, dont on donne 30 à 60 centigrammes par jour et môme davantage, le perchlorure de fer à la dose de 50 à 60 gouttes par jour en deux ou trois fois, le protochlorure de fer, le pyrophosphate de fer citro-ammoniacal, l'arsénite de fer sous cette forme :
Entin, les carbonates et les iodures de fer.
Les malades qui souffrent d'athérome de l'origine de l'aorte sont, en outre, soulagés par l'iodure de potassium à petites doses, 30 à 50 centigrammes, h moins que la lésion ne soit de nature syphilitique, auquel cas il faut porter la dose à 2 grammes.
Lorsqu'il s'agit de l'hypertrophie consécutive au rétrécissement de l'artère pulmonaire, les dangers ne sont plus de môme ordre, et la phthisie est la complication la plus à craindre. Ici, il faut mettre le fer absolument de côté et prendre toute une autre série de médicaments : le chlorure de sodium, l'arsenic à petite dose, sous forme d'eau du Mont-Dore par exemple, ou
Sirop d'arséniate de fer.
Sirop simple
Sirop de fleurs d'orauger
Pyrophosphate de fer citro-ammoniacal Liqueur de Fowler
les deux réunis dans l'eau de la Bourboule, les phosphates, l'huile de foie de morue, les sulfures alcalins faibles, comme dans le traitement de la phthisie torpide.
Il faut enfin songer à la diathèse et à la constitution du malade, éloigner les causes toxiques, comme le tabac, l'alcool, etc. Reste le traitement de la diathèse : le rhumatisme, la goutte ou la syphilis.