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CHAPITRE LVII

La plupart des traitements des anévrysmes en général, et des anévrysmes de l'aorte en particulier, ayant pour but de faire coaguler le sang dans la poche, je rappellerai ici ce que l'on sait du mécanisme de cette coagulation. A l'état normal, lorsque le sang circule dans des canaux sains et à température normale, il reste liquide; mais si les parois des vaisseaux viennent à s'altérer, il se coagule.

La coagulation consiste en ce fait qu'une substance dissoute dans le sang, et connue sous le nom de fibrinogène, se précipite en filaments (1) et emprisonne les globules, en laissant 'suinter le sérum.

Mais quel est le mécanisme de cette coagulation? Autrefois, en voyant que le sang qui s'écoule des vaisseaux se coagule promptement, on croyait que les conditions de cette coagulation étaient l'immobilité, le froid et le contact de l'air. La cause n'est pas là, car on peut conserver du sang dans une veine séparée du corps et ouverte à l'air, sans que le sang se coagule.

D'autre part, le sang se coagule dans les vaisseaux ; donc il n'est pas besoin du contact de l'air.

La première condition de la coagulation a été démontrée par rùcke; c'est le contact avec un corps étranger. Il suffit, en ffet, de faire pénétrer dans une veine un fragment de verre ou de cristal, ou même des parties organiques, comme des fragments d'os ou de tendons, pour que la fibrine se dépose sur ces corps.

C'est pour cette raison que, lorsque la paroi de la veine ou de

(1) Fibrine de Fourcroy.

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946 TRAITEMENT DES ANliVRYSMlîS DE L'AOIlTIi.

l'artère sraltôre, le sang s'y coagule. M. Frédéricq (1), professeur à l'université de Liège, le démontre par l'expérience suivante. Il prend une veine jugulaire sur un cheval qu'on vient d'abattre; après l'avoir liée aux deux extrémités, il fait de nouveau trois autres ligatures pour diviser la cavité de la veine en quatre parties. Dans deux de ces sections, il enfonce des stylets de verre effilés à la lampe, et, plusieurs heures après, il ouvre la veine. Dans les deux segments libres, le sang est liquide; dans les deux autres, un caillot s'est formé autour des stylets de verre.

Si l'on examine un caillot au microscope, on constate de même que le dépôt de fibrine a toujours pour point de départ des amas de globules blancs.

Pour se rendre compte plus facilement du processus de la coagulation, on a soin de la retarder; pour cela, on reçoit le sang dans un vase à large surface, mais de faible contenance et entouré de glace ou d'un mélange réfrigérant. Les globules tombent au fond et le plasma surnage ; mais dès qu'on soustrait ce plasma au froid, il se coagule.

Un second moyen de retarder la coagulation consiste à conserver le sang dans une veine.

Le troisième est un moyen chimique. Au moment de la saignée, on mélange au sang des solutions concentrées de chlorure de sodium, de sulfate de sodium ou de magnésium, et en y joignant le froid on suspend complètement le phénomène de la coagulation.

Dans ces conditions, le plasma se sépare complètement des globules, qui tombent au fond.

Denis (deCommercy),qui a découvert ce moyen, jetait dans le sang du chlorure de sodium en poudre. Il se formait un précipité floconneux qu'il recueillait sur un filtre. 11 obtenait ainsi une pale molle cl floconneuse, qui se redissout parfaitement dans l'eau el forme une solution parfaitement limpide après ûltration. Cette solution abandonnée à elle-même se coagule complètement au boul d'une heure ou deux et donne une belle

(1) Frédéricq, Leçon sur la coagulation du sang (Revue scientifique, h décombro JSSO).

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