‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 410 sur 413 · MÉTHODE D'ALBERTINI ET DE VALSALVA · texte numérisé non relu

MÉTHODE D'ALBERTINI ET DE VALSALVA

Dans ces derniers temps, M. Thorens a montré à la Société anatomique un anévrysme de l'aorte guéri. L'oblitération de la poche par les caillots actifs était complète (1).

1° Méthode d'Albertini et de Valsalva.

C'est Morgagni (2) qui nous a fait connaître ce traitement en nous apprenant qu'il lui aurait été inspiré par un passage d'Hippocrate (3) sur les varices des veines internes ou du poumon.

Voici en quoi consiste ce traitement :

Le malade doit rester au lit pendant quarante jours dans le repos physique et moral le plus absolu. On lui fait d'abord deux saignées, puis on le réduit peu à peu au minimum d'aliments possible.

On arrivait ainsi graduellement à ne donner pour tout aliment que le matin une demi-livre de bouillie, le soir moitié moins et pour toute boisson de l'eau. On arrivait même à ne donner que 125 grammes d'aliments solides et 250 grammes d'eau. Encore purgeait-on le malade de temps en temps.

On ajoutait à l'eau de la gelée de coings ou de la pierre ostéocole réduite en poudre (carbonate de chaux des fontaines pétrifiantes).

Le malade allait ainsi maigrissant et faiblissant jusqu'à ce qu'il pût à peine soulever la main du lit. A partir de ce moment, on augmentait peu à peu la nourriture jusqu'à ce que le malade eût repris assez de force pour se lever.

Dans ce traitement, les pulsations de la tumeur disparaissaient complètement. Quand le malade se levait, elles reparaissaient, mais, en général, elles cessaient bientôt pour ne plus revenir.

Par ce moyen, Yalsalva a guéri une malade ; peu de temps après, Scarenzio a guéri par le même procédé une jeune rclî-

(1) Thorens, Bulletin de ta Société anatomique, 1873, p. 637.'

(2) Morgagni, Epist. XVII, art. 30, 31, et Epiât. XIV, art. 37 ; XXVI, art. 30.

(3) Hippocrate, De Morùis, liv. I, n° 10.'

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gieuse. Lancisi (1), Ouallani (2), Ifodgson (3), Corvisart (4), Lacnnec, Sabalier (5), Pellelan (G), ont employé avec persévérance celle mélhode; leurs observations prouvent qu'ils ont réellement soulagé leurs malades et qu'ils lesonl l'ail vivre, mais ils n'ont pas pu donner de guérison réelle.

Hope a obtenu également des succès en alternant le traitement: il ne faisait que des saignées de 180 à 220 grammes et ne les renouvelait que toutes les six semaines.

Aujourd'hui, ce traitement est abandonné et on lui préfère la diète sèche de Stokes, qui est beaucoup moins pénible et peutêtre moins dangereuse.

2° Diète sèche.

Dès 1819, Kirby en Angleterre prenait le contre-pied de la mé thode d'Albertini et de Valsalva, et donnait à ses malades des aliments substantiels et des alcooliques ; il fut bientôt imité par Proudfoot et Beatty, puis par Stokes, qui fit une règle de donner aux malades atteints d'anévrysme une diète réparatrice et même généreuse.

Il y a, en effet, moyen de concilier ces deux théories en apparence contradictoires. Le traitement de réduction par la saignée tendait surtout à diminuer la masse de liquide que le sang avait à mouvoir. Le cœur trouvait devant lui des vaisseaux trop grands pour la quantité de sang restante et traversant des organes amaigris; on peut arriver à un résultat analogue par la privation d'eau. Un homme sain perd par jour de l'eau en assez grande quantité, qu'on peut évaluer ainsi :

Eau rendue par les urines 1200

— par la sueur 800

— par la respiration 500

Tolal 2500

(1) Lancisi, De motu cordis et a7icvrijsmatiùus, lib. Il, prop. XXIV, XXVIi et XXXIII.

(2) Guatlani, De exlernis ancvrrjsmatibas, p. 107.

(3) Hodgson, t. I", p. 192 et suiv.

(4) Corvisart, Essai sur les maladies du civui; p. 548.

(B) Sabatier, Médecine opératoire, t. 1", p. 304.

(C) Pellctan, Clinique chirurgicale, t. Ior, p. 54.

Il faut donc, clans la ration quotidienne, rendre à l'organisme 2500 grammes d'eau; il suffit pour cela de régler les boissons et les aliments du malade.

On donnera donc du pain rassis et du pain très cuit, plutôt de la croûte que de la mie, qui exige une grande quantité d'eau pour être digérée ; on réduira ou supprimera les potages, les herbages, les fruits. On se nourrira de consommés, d'œufs, de viandes, de poissons, de friture, de fromages secs et de fruits secs. On boira du thé léger en petite quantité, 250 grammes par repas, ou du vin léger en même quantité, un peu de café et de cognac.

Ce régime amenant de la constipation, on emploiera de temps en temps des purgatifs hydragogues, la scammonéc, le jalap, l'aloès.

On arrivera ainsi, sans épuiser les forces du malade, à réduire de beaucoup la masse du sang que le cœur doit mettre en mouvement.

3° Iodure de potassium.

Les premières observations d'anévrysmes de l'aorte traités par l'iodure de potassium remontent à 1862 et sont dues au docteur Chukerbutty (de Calcutta) (I). Il avait soulagé considérablement ses malades en leur donnant 0e,60 par jour. Depuis ce temps, l'iodure de potassium a été prescrit en pareil cas par un certain nombre de médecins, mais on a beaucoup augmenté la dose ; j'ai été jusqu'à 2 grammes et à cette dose j'ai obtenu des résultats satisfaisants. Dreschfelda été jusqu'à 6 grammes par jour (2) ; W. Ball'our (3) a obtenu de môme un très grand soulagement chez un malade; mais, ce malade étant mort d'une maladie pulmonaire intercurrente, on ne trouva pas le sac oblitéré par des caillots (donc l'iodure n'a pas d'action coagulante) ; mais ce qu'on trouva, c'est une rétraction énorme de la poche.

Le succès de l'iodure de potassium en pareil cas a fait penser

(1) Bulletin de thérapeuti'/ue, 1862, t. LXIII.

(2) Dreschfuld , Revue mensuelle de mddecine et de chirurgie, août 1877, p. BG3.

(3) Balfour, Edinb. Mcd. Journ., p. 1141, 187G.

qu'il s'agissait peut-être de malades syphilitiques. J'ai donné plus haut l'observation d'un anévrysme vrai chez un syphilitique, guéri par l'iodure de potassium. Cependant, chez deux malades du docteur Byrom Bramwell (1), qui n'avaient eu antérieurement ni syphilis ni rhumatisme, il y eut chez ttous deux une amélioration remarquable à deux reprises.

Le même observateur ayant donné l'iodure de potassium à la dose de G grammes par jour en trois fois, à un malade qui avait contracté la syphilis neuf ans auparavant, il y eut guérison au bout de six mois. Malheureusement, chez deux autres syphilitiques traités de la même manière, il n'en fut pas de même : chez l'un, l'anévrysme, gros à l'extérieur comme une orange, se rompit au dehors; chez l'autre, il y eut d'abord une grande amélioration, puis mort subite, par rupture dans la plèvre.

Il résulte de tout ceci que l'iodure de potassium est le meilleur médicament à donner aux malades atteints d'anévrysme de l'aorte. Si, par hasard, il y a des accidents spécifiques antérieurs oubliés, l'iodure n'agira que mieux. La dose est ordinairement de 50 centigrammes à 2 grammes par jour et peut être portée exceptionnellement à 6 grammes.

Quelques médecins américains avaient prétendu que les anévrysmes pouvaient être dus à l'abus qu'on faisait de l'iodure de potassium dans le traitement du rhumatisme et de la syphilis. Mais il leur a été répondu que si l'anévrysme était si fréquenten Californie et, par suite, la mort subite, il fallait bien plutôt en chercher la raison dans l'alcoolisme (2).

■4° Glace.

Beaucoup de praticiens, en appliquant de la glace, croyaient faciliter la formation de caillots (3) dans la poche, mais ils se trompaient du tout au tout. On a pu voir plus haut, dans l'examen des conditions favorables ou défavorables à la coagulation

(1) Byrom Bramwell, Edinb. Med. Jouni., avril 1878, p. 873.

(2) Bidletin de thérapeutique, 1S6S, t. II, p. 332.

(3) Guérin (de Bordeaux), Recueil périodiqtic de la Société de santé de Paris, n° 111.

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