SAIGNÉES, CAUTÈRES, NARCOTIQUES
du sang, que le froid est précisément un moyen de retarder ou d'empêcher la coagulation du sang. Ajoutons que cette application est douloureuse et presque toujours mal supportée par les malades (I). C'est un moyen qu'on doit absolument mettre de côté.
5° Saignées locales.
En cas de douleur ou de dyspnée, les émissions sanguines locales, par des sangsues ou des ventouses scarifiées, amènent presque toujours un grand soulagement, et il est tel, que Stokes s'étonne du grand bien qu'on obtient avec peu de sangsues.
6° Cautères.
Stokes rapporte que des cautères appliqués sur la colonne vertébrale à un malade atteint d'anévrysme avec douleur vertébrale ont pu agir utilement pour retarder la marche de l'anévrvsme.
7° Narcotiques.
Les narcotiques employés à l'extérieur ont également soulagé des malades de leurs douleurs. On employait pour cela les liniments et les pommades. Aujourd'hui nous avons dans l'injection sous-cutanée de morphine un moyen beaucoup plus précieux. 11 faudra seulement faire attention à ne pas faire de piqûre trop près de la tumeur, mais dans une région voisine où le tissu cellulaire sous-cutané aura toute sa souplesse.
8° Béquilles.
Lorsque l'anévrysme tend à se porter vers la colonne vertébrale et détruit le corps des vertèbres, il arrive souvent que la colonne vertébrale, devenue moins solide, s'affaisse et amène des douleurs par gêne ou compression des nerfs. Il faut, en pareil
(1) Scliule, Beitvag zw Casuistin und Symptomatologic dev Aorten aneurysmen {Berlin, klin. Wochenschvift, 29 juillet, 5 et 12 août 1878).
cas, souLenir la colonne par des béquilles ou un corset orthopédique.
Stokes (1) rapporte qu'un homme de trente-neuf ans, dans ces conditions, ne soulageait sa dyspnée qu'en s'appuyant sur des béquilles.
9° Autres médicaments.
Quant aux autres médicaments, l'acétate de plomb prescrit par J. Franck et Laennec, l'alun et le petit-lait, prescrits par Kreysig, les injections sous-cutanées d'ergoline, faites par Scheele, Langenbeck, Schneider, etc., ils ont une action des plus douteuses.-
TRAITEMENT CniRURGICAL.
10° Compression des artères.
La compression des artères, qui rend de si grands services dans le traitement des artères des membres parce qu'elle peut se faire entre le cœur et la tumeur, n'a plus sa raison d'être dans les tumeurs anévrysmales de l'aorte thoracique. Ce n'est que dans le cas d'imminence de rupture qu'il y a lieu de faire une douce compression sur la tumeur, non pour la réduire, mais seulement pour maintenir les parois et empêcher la rupture. Dans un cas semblable, Pelletan appliqua une lame de plomb par-dessus un morceau de flanelle avec le plus grand succès. Broca (2) avait soulagé deux malades par l'application de plusieurs couches de collodion.
Je disais qu'il ne faut pas faire de pression pour tenter la réduction. Dans un cas d'anévrysme ayant perforé le sternum et où M. Tillaux faisait une douce pression pour montrer aux élèves l'étendue de la destruction de l'os, tout à coup le faciès du malade subit une transformation inquiétante, il devint pale avec les yeux vitreux, sans expression ; le bras gauche, puis le bras droit devinrent inertes. Au bout d'une demi-heure, l'inlel-
(1) Stokes, Maladies du cœur, p. î>88.
(2) liroca, Gazette des hôpitaux, 187s.