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CHAPITRE VIII

Dans le chapitre précédent, en traitant des palpitations et des troubles du rythme cardiaque, j'ai eu surtout en vue d'éliminer toutes les affections qui troublent le cœur, sans constituer par elle-même des maladies du cœuF. On a pu voir comment la dyspepsie et la phtisie commençante peuvent donner le change et faire croire à une maladie du cœur au premier abord, mais aussi qu'un examen approfondi vient bientôt rectifier le diagnostic.

11 nous faut faire le même travail d'élimination pour l'anémie.

Il arrive souvent, en effet, chez les jeunes gens et chez les jeunes filles, que l'anémie détermine des palpitations d'une telle violence, que bien des médecins ont dû songer à l'hypertrophie. Bien plus, les bruits de souffle produits par l'anémie peuvent avoir toute la rudesse des bruits organiques, et, si leur localisation n'est pas faite avec une très grande précision, bien des anémiques passent pour avoir des maladies du cœur. L'effroi que leur procure un tel diagnostic n'est pas dénature à les guérir de leur anémie, bien au contraire.

11 importe donc de bien préciser ici les caractères des bruits de souffle anémiques. Je n'en donnerai ici que des types principaux, renvoyant, pour plus de détails, au mémoire que j'ai publié sur ce sujet (1).

Observation IV. — Blanche II..., âgée de seize ans et demi, fleuriste,

(1) C. Paul, Sur le bruit de souffle anémo-spasmodique de l'artère pulmonaire, désigné généralement sous le nom de bruit anémique de la base du cœur (Société médicale des hôpitaux, séance du H janvier 1878, et in Union médicale).

entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Jeanne, no 15, le lo avriH877.

Cette jeune fille a été réglée à quatorze ans. Elle a vu ses règles pendant six mois, mais très irrégulièrement. Depuis ce temps, les règles ont été supprimées et remplacées par un écoulement leucorrhéique qui persiste encore. Elle se plaint en outre de gastralgie.

A l'auscultation, on constate dans les jugulaires des deux côtés un bruit de souffle extrêmement intense. A la poitrine, on entend au niveau du deuxième espace intercostal gauche un souffle systolique intense, dur et râpeux. Ce bruit, très limité comme étendue, s'entend dans un espace grand comme une pièce de deux francs; ce bruit, qui est systolique, est suivi d'un claquement valvulairc éclalant. On constate, en outre, que l'espace intercostal est soulevé à chaque systole, et le doigt perçoit manifestement un frémissement cataire. Le bruit du souffle diminue considérablement lorsque la malade s'assied et reste dans la station assise.

La malade, soumise à l'arsénite de fer, s'améliore promptement. Au bout de quinze jours les règles reparaissent, les tissus se colorent, la malade prend de l'embonpoint. Elle quitte le service au bout d'un mois; elle est très améliorée, les bruits de souffle ont diminué, mais ils existent encore.

Tout bruit pathologique est déterminé par trois caractères :

le lieu, le temps, le timbre.

Établissons donc, d'abord, la topographie du bruit anémique.

Le siège fondamental du bruit de souffle anémique est placé dans le deuxième espace intercostal gauche, près du sternum, dans le point qui correspond au tronc de l'artère pulmonaire. Il s'étend , dans cet espace, jusqu'à une dislance de 5 centimètres.

Quand le bruit est réduil à ses plus minimes dimensions, c'est dans ce deuxième espace qu'on le trouve; ce fait est si constant, que personne n'y a fait d'objection (fig. 23).

Mais il arrive souvent que le bruit de souffle n'est pas limité au deuxième espace. Il peut s'étendre au troisième espace et au premier, tantôt h l'un des deux, tantôl à tous deux: mais son

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