COMPLICATIONS DE LA PKRICARDITE
causes locales qui rendent latente l'inflammation péricardique.
Il est d'autres maladies où l'on doit moins facilement laisser échapper le diagnostic. En effet, il existe certaines maladies où la péricardite est tellement fréquente, qu'on doit toujours la rechercher. En premier lieu le rhumatisme articulaire aigu; et môme les manifestations articulaires qui accompagnent la bk-nnorrhagie, autrement dit le rhumatisme blennorrhagique. Ce n'est pas ici le lieu d'aborder les discussions, tant de fois renouvelées, concernant l'existence d'un rhumatisme blennorrhagique. Pour ce qui a trait à notre sujet, la péricardite et l'endocardite n'y sont pas fréquemment notées. Il faut cependant y penser et les rechercher avec soin.
Puis vient la scarlatine, la rougeole, la variole, l'infecLion purulente, l'infection puerpérale, la fièvre typhoïde.
J'ajouterai l'érysipèle, qui se compliquerait de temps en temps, au dire de M. Jaccoud, de péricardite.
On a signalé encore la péricardite survenant dans le cours du cancer, de la tuberculose, du mal de Bright.
Il faut joindre à Loutes ces causes locales ou générales la possibilité de l'extension au péricarde des lésions inflammatoires du cœur, de l'endocarde, de l'aorte.
Parfois aussi un abcès du foie peut s'ouvrir dans la cavité péricardique. Stokes, Graves, M. Dowel ont rapporté des cas de rupture d'un hydro-pneumothorax dans le péricarde. Cet accident avait donné lieu à un bruit spécial, bruit de moulin, déterminé par les contractions du cœur.
Il ne faudrait toutefois pas confondre ce bruit de rouet avec un bruit extracardiaque assez singulier, déjà signalé par Stokes et que j'ai retrouvé chez un phthisique. Ce malade était atteint de pyo pneumothorax. A un moment, le niveau du liquide est arrivé à un point où le choc du cœur donnait lieu a un bruit systolique desuccussion hippocratique.
La terminaison de la péricardite mérite de nous arrêter quelque temps. La péricardite aiguë prolopathique ou secondaire peut tuer, nous l'avons vu. Mais elle peut guérir ; et la guérison sera réelle, absolue, par résolution et disparition de toute adhérence, ou bien, au contraire, elle consistera dans la
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persistance d'adhérences péricardiqucs : c'est le passage à l'état chronique.
Stokes appelait cette forme de péricardite la péricardite oblitérante, Bouillaud lui réservait le nom d'ankylose du cœur. Aujourd'hui on la désigne sous la dénomination de symphyse cardiaque.
SYMPUYSE CARDIAQUE.
Cette alfeclion n'est pas très anciennement connue. Jadis on croyait à l'absence de péricarde dans les cas rares où l'on ne pouvait isoler l'enveloppe séreuse du cœur. En sorte que Morgagni, au moment où il composait son fameux traité, en connaissait une cinquantaine d'exemples, en comptant les neuf cas qu'il rapportait. Ce n'est qu'en 1578 que Baillou, dans le Sepulchretum de Bonnet, détermine explicitement la nature de ces prétendues absences du péricarde.
L'anatomie pathologique de la symphyse cardiaque est intéressante. Les adhérences peuvent être totales ou partielles. Andral en rapporte un cas où elles se formaient au moment de la péricardite aiguë. Elles se présentent sous trois aspects : ce sont des brides surtout tendues autour des gros vaisseaux, plus rares dans les régions inférieures du cœur. Ces brides peuvent se rompre et donner alors de grands filaments libres par une de leurs extrémités, et ne restant attachées le plus ordinairement qu'au péricarde viscéral.
D'autres fois ce sont des adhérences lamelleuses et partielles disséminées sur la surface du cœur dans une étendue variable. Ou bien enfin, il s'agit d'adhérences totales. Ces adhérences qui recouvrent toute la surface du cœur se présentent sous des aspects bien différents, suivant les cas. Tantôt on rencontre un tissu dur, épais, lardacé, pouvant atteindre jusqu'à 1 centimètre d'épaisseur, comme je me rappelle en avoir vu. La décortication du cœur est alors presque impossible. D'autres fois ce sont de minces lamelles fibro-conjonctives, lâches, qui se laissent rompre assez aisément.
Des vaisseaux sillonnent ces néo-membranes etccs adhérences souvent très vieilles, qui peuvent môme subir parfois la degéné-
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rescence calcaire, tuberculeuse et môme cancéreuse (1), comme Cruveilhier l'a signalé.
Ces adhérences chroniques appartiennent à tous les âges de la vie, on a pu môme chez l'enfant tout jeune les trouver, ainsi qu'il ressort d'un cas de péricardite chronique chez un enfant de onze mois, observé dans le service de Béhier, à l'Hôtel-Dieu.
Les conséquences de la symphyse cardiaque sont remarquable-. Morgagni, Haller et, après eux, Bouillaud admettent que l'hypertrophie du cœur, avec dilatation de ses cavités, en est la conséquence. Stokes a fait des objections à cette manière de voir. 11 ne comprend pas l'hypertrophie dans ces conditions. Il noie un nombre considérable d'adhérences cardiaques, sans hypertrophie ni dilatation. Je me rappelle avoir vu un cas remarquable de symphyse cardiaque avec cœur petit.
Cependant il est bien certain aujourd'hui qu'il existe dans la science un certain nombre de cas de symphyse cardiaque accompagnée d'hypertrophie sans lésion concomitante des orifices du cœur, comme le voulait Stokes. M. R. Blache (2), dans sa thèse, en rapporte trois exemples remarquables.
D'autre part, la dilatation accompagnée d'hypertrophie ou la dilatation pure et simple se rattachent souvent, comme Beau l'a démontré, à l'existence de la symphyse cardiaque. D'autres fois, enfin, l'atrophie peut en être le résultat ultime, ainsi que l'admettent un certain nombre d'auteurs : Chevers, Barlow, Hermedy, Walshe. Cette atrophie est tantôt simple, tantôt elle se produirait par l'intermédiaire de la calcification du péricarde et du cœur, comme Stokes, Smith le montrent. Cependanl le docteur Liouville a publié un cas remarquable de calcification avec hypertrophie.
(1) Chez uue diabétique observée par M. Féréol au dernier degré de la consompliou, on a trouvé à l'autopsie une symphyse cardiaque complète. Les deux feuillets péricardiques, partout confoudus, étaient infiltrés par places de masses caséeuses jaunes ramollies. Il y avait de semblables noyaux entre l'aorte et l'artère pulmonaire. Le myocarde était d'une couleur feuille-morte, les valvules saines. Du reste, pneumonie caséeuse avec cavernes, ganglious bronchiques lombaires et pelviens caséeux et ramollis. (D'Olier, Société anatomique, 22 novembre 1878.)
(2) René Blache, Essai sur les maladies du cœur chez les c?ifants. Thèse de Paris, 1869.
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Enfin, une conséquence ultime peut être la dilatation passive des orifices du cœur.
Cette insuffisance des orifices par dilatation a été mise en lumière par M. Jaccoud (1).
Les symptômes de la symphyse cardiaque sont très souvent méconnus, toujours obscurs, souvent inappréciables. Le premier signe que l'on ait attribué à la symphyse, c'est l'ondulation de l'épigastre, au-dessous de l'appendice xiphoïde ; ce signe a été signalé par Sanders et pir Hein, sous l'influence d'idées probablement théoriques. Barth et Roger, Skoda n'ont pas craint de le considérer comme un signe palhognomonique. Il est probable qu'on a confondu souvent ce signe avec les palpitations hépatiques dues aux lésions de la valvule tricuspide. Forget, en effet, a rapporté un cas d'ondulation épigastrique, dans lequel on ne constate point de symphyse cardiaque.
Aran donne comme signe important l'élévation du cœur !
Bellingham décrit le choc violent de la paroi précordiale, perçu sans qu'on puisse trouver le choc de la pointe du cœur. Mais ce signe appartient simplement à l'hypertrophie cardiaque.
Hope décrit le double choc saccadé du cœur. A la suite de cet auteur, Skoda, Friedreich et Potain lui-même avaient rapporté des cas de dédoublement des bruits du cœur dans la symphyse cardiaque. Mais aujourd'hui que l'on connaît la fréquence des dédoublements physiologiques et pathologiques des bruits du cœur, dédoublements se produisant dans les conditions les plus variées, on ne peut plus y attacher la moindre importance pour le diagnostic de la symphyse cardiaque.
Enfin, Williams a signalé l'agitation avec rétraction syslolique des espaces intercostaux, se reproduisant à chaque révolution cardiaque. On a appelé ce signe la rétraction en godet de la région précordiale. Mais, de l'aveu môme de cet auteur, il faut, pour que ce s.gne existe, une double lésion, c'est-à-dire l'existence
(!) Gazette hebdom., 1801.