II. — Troubles trophiques
Les maladies du système nerveux peuvent retentir sur la nutrition de tous les tissus ; les troubles trophiques ont une importance séméiologique considérable.
1° Du côté de la peau.
On peut observer :
a) Les éruptions les plus diverses depuis la simple roséole vaso-motrice, jusqu’au purpura. Un caractère très important des éruptions d’origine nerveusec’esl leur symétrie (I) habituelle, et surtout leur localisation à un terri -
(1) Il y a longtemps qu'on a fait remarquer que ce n'est pas là un caractère distinctif absolu et que la plus symétrique des maladies cutanées, c’est la gale.
TROUBLES TROPHIQUES 22.5
loire nerveux déterminé, d’un nerf périphérique, d’une racine, d'un métamère médullaire.
Parmi les éruptions d’origine nerveuse la plus importante à connaître est le zona ou herpès zoster.
L’éruption zoslérienne ( 1 ) est caractérisée pai des groupe s de vésicules, apparaissant sur une peau rouge, œdématiée, papuleuse. Les vésicules peuvent être très confluentes et donner des bulbes (zona bulbeux) ou au contraire être à peine appréciables (zona papuleux). Dans les endioits où le tissu cellulaire est très lâche (paupières), il se produit un œdème souvent considérable, qui donne au zona 1 aspect de l’érysipèle. L’éruption zoslérienne est souvent compliquée, par des lésions de grattage, par des sulTusions hémorrhagiques, par des phénomènes gangréneux, par de l’adénopathie de voisinage.
b) L’ atrophie de la peau peut être primilive et constituer toute la maladie, atrophie idiopathique de la peau (Buchwald, Touton, Pospelow, Neumann), dermatite atrophiante (Colombini, Behrend, Kaposi) : peau sèche, squameuse, formant des plis profonds, très minces, laissant voir les vaisseaux sous-jacents, conservant les plis qu’on
(1) L'éruption zostérienne est un symptôme qui comme les paralysies, les anesthésies, peut se rencontrer clans plusieurs cas difl'é-
rents :
a) 11 faut distinguer d'abord la lièvre zostérienne, qui, est une maladie générale, probablement infectieuse, peut-être conlagieuse, localisant son action sur un nerf pour y produire des névralgies, des anesthésies, rarement des paralysies (V. à ce sujet Klippol et Arnaud, Gaz. des hôp., 20 mai 1899, no 57) en même temps que l’éruption caractéristique.
b) L’éruption zostérienne peut être symptomatique d’une lésion en foyer du système nerveux : nerf périphérique, plexus, racines, moelle. Dans ce cas le diagnostic se basera, en dehors dos symptômes concomitants et de la notion étiologique, sur la localisation et la. disposition do l’éruption 11 faudra voir si le territoire cutané atteint correspond au territoire d’un nerf, d’un plexus, d’une ou plusieurs racines, ou au territoire correspondant à un mélarnère médullaire (V. plus loin).
!U.:/Time- brusque avec les pari ies saines
L étiologie est obscure.
Secondaire l'atrophie de la peau est très fréquente elle se rencontre non seulement dans les maladies nerveuses ma.s même dans la vieillesse simple. ’
c) V épaississement de la peau, dure, infiltrée, ridée
ayant perdu sa souplesse. ’
d) La sclérodermie : peau lisse, ne selaissantplus plisser donnant au doigt la sensation du cuir, de peau congelée:
s associant le plus souvent à des modifications de la colo! ration.
e) Modifications de l'épiderme, tantôt aminci, fendillé écailleux comme celui qui vient d’être le sujet d’une érup’ tmn ; tantôt épaissi, dur, corné, donnant lieu quelquefois à la formation d un durillon, premier stade de troubles trophiques plus profonds.
/) Modifications de la coloration: soit coloration plus foncée (plaques pigmentées, coloration bronzée de la maladie d Addison) ; soit décoloration (plaques de vitiligo) • soit coloration anormale.
2° Les phanères.
D’origine ectodermique comme la peau elles suivent ordinairement les modifications de celle-ci.
ci) Poils, atrophiés, hypertrophiés, malformés, kératose pilaire.
b) Ongles déformés, striés, cassants, hypertrophiques.
c) Dents malformées, mal implantées, etc... chute sans carie, sans périostite.
3° Le tissu cellulaire sous-cutané
a) Œdèmes purs : 1° aigus , œdème aigu angioneurotique de Quincke, hydrops hyposlrophos de II. Schlesinger;
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non inflammatoire; apparaissant et disparaissant brusquei nient ; récidivant; sans aucune lésion ni du cœur, ni des reins; sans aucune altération locale ; plus fréquent chez les femmes ; souvent en rapport avec la menstruation ou la grossesse ; atteignant la peau ou les muqueuses.
3 Sclilesinger (1) y fait entrer : l’œdème aigu récidivant des paupières ; l’exophtalmos récidivant aigu ; certains coryzas aigus (œdème de la pituitaire); certains œdèmes de la glotte, certains asthmes ; des vomissements, des diarrhées...
b) Œdèmes et sclérose. Myxœdème. Dans ce cas l’œdème est dur, ne garde pas l’empreinte du doigt, la peau est épaisse, sclérosée, fendillée.
c) Œdème et adipose. Adipose. L'adipose fait suite très facilement à l’œdème vaso-moteur ; il est souvent irès difficile de faire la part de l’œdème et de l’adipose, dans le pseudo lipome sus claviculaire, dans les lipomes des tabétiques; dans certains cas de pseudo-lipomes symétriques.
d) Adipose douloureuse. Maladie de Dercum : grands nombres de petits lipomes se développant dans le tissu cellulaire sous-cutané, douloureux dans l’exécution des mouvements volontaires et par la palpation.
4° Le squelette : os (2) et articulations
A) Ostéopathies
a) Les Hypertrophies et épaississements sont très fréquents, mais il est souvent difficile d’affirmer leur nature nerveuse. Il faut éliminer : 1° les affections osseuses, néopla-
(1) IL Schlcsingcr, Muncli. mecl. Woch., 1 809, n° 35, p. 1137.
(2) Pour les explorer: a) palpation; b) pression cl diapason (sensibilité osseuse) ; c) radiographie.
J. Roux. — Maladies nerveuses 13.
sifIues ou infectieuses (tumeurs, kyste, ostéomyélite, tuberculose, syphilis...).
2 Les dystrophies probablement toxiques telles que le rachitisme et l’ostéomalacie.
3° Les maladies systématiques, à pathogénie encore inconnue, où le rôle du système nerveux est obscur : ostéite hyper trophiante-pneumique (Marie) ; maladie de Paget ; leontiasis ossea de Wirchow.
b) Atrophies et raréfactions osseuses. Fractures spontanées.
Les fractures spontanées, ou bien la production brusque dune art hropalhie étaient autrefois les seuls signes qui permissent le diagnostic tardif d’atrophie osseuse. La radiographie nous montre aujourd’hui celte raréfaction beaucoup mieux, et d’une façon précise. Elle coïncide souvent avec les altérations de la sensibilité trouvées par E^^er (v plus haut).
B) A RTHROPATHIES NERVEUSES.
, Les plus typiques sont celles du tabes et de la syringomyélie. Début, brusque, production d’une tuméfaction souvent énorme, disjonction de l’articulation, et dans la suite subluxation et souvent luxation des surfaces articulaires; le tout sans douleurs sponlanées, ni dans les mouvements actifs, ni dans les mouvements passifs.
Les arthropathies nerveuses de l’hémiplégie, des affections médullaires ou périphériques diffèrent de ce type : elles se produisent lentement; sont douloureuses, s’accompagnent de troubles moteurs ; ne donnent pas lieu aux atrophies osseuses, et aux dislocations osseuses du tabes ou de la syringomyélie (I).
(I) Voy P. Lomlc, Nouv. Iconogv., décembre 1897, n° 0, p. 382.