C. Syndrome poliomyélique pur
Il est assez fréquemment réalisé par une lésion localisée dans 1 axe gris (inflammation ; poliomyélite — syringomyélie hématomyélie — tumeurs — myélite péri-épendymaire). La localisation peut être même plus étroite encore, soit dans les cornes antérieures (poliomyélite antérieure, aiguë ou chronique); soit autour du canal épendymaire (syringomyélie, hématomyélie, myélite peri-épendymaire), soit dans les cornes postérieures (syringomyélie, hématomyélie); réalisant ainsi un syndrome poliomyélique antérieur, un syndrome poliomyélique central, un syndrome pol iomyélique postérieu r.
Nous n’avons pas besoin de revenir sur le diagnostic en largeur des limites de la lésion : la classification des symptômes que nous avons donnée plus haut est suffisamment explicite à ce sujet.
Diagnostic de l’étendue de la lésion.
A. Dans les cornes antérieures.
I’our faire le diagnoslic exact du siège et de l’étendue de • • Houx. Maladies nerveuses ,]0
DIAGNOSTIC DES LESIONS EN FOYER
la lésion dans l’axe gris, d’après le siège et l’étendue de la paralysie et de l’atrophie musculaire, il faudrait que la question des localisations médullaires fût résolue.
Quoique cette étude ne fasse que commencer, il nous faut dire un mot des résultats obtenus. En sectionnant des nerfs, en enlevant des muscles, en amputant des membres, puis en examinant la moelle à l’aide de la méthode de NissI, on trouve des groupes cellulaires en chromalolyse. Mômes résultats en examinant des moelles humaines d’amputés.
Une première question se pose’: ces groupes musculaires correspondent-ils à des nerfs périphériques (Marinesco)? à des muscles (Sano)? à des territoires segmentaires (Y. Gehuchten et Nells)? Celte question n’est pas encore résolue.
A. Disposition générale. — Sano distingue deux colonnes de cellules constantes dans presque toute la hauteur de la moelle :
1° Le noyau médian (A fig. 44, nucléus medialis) est situé sur une coupe près du bord interne de la corne antérieure et de la commissure.
Il forme une colonne étendue presque sur toute la hauteur de la moelle et divisée en étages :
a) Au niveau du 1er segment cervical, cette colonne innerve les courts rotateurs de la tète; b) plus bas, le diaphragme; c) plus bas encore, la masse sacro-lombaire; d) elle disparaît au niveau des 1er et 2° segments sacrés; e ) réapparaît au niveau du cône terminal, où il correspond au muscle releveur de l’anus.
Le noyau médian innerve en somme les muscles médians.
2° Le noyau de la colonne latérale (B, fig. 44), situé à la partie externe des cornes antérieures, forme aussi une colonne étendue sur toute la hauteur de la moelle.
a) En haut celte colonne innerve le sterno-cléido-mastoïdien et la partie supérieure du trapèze; b ) plus bas le trapèze et le grand dorsal ; c) plus bas les muscles des pa-
LA MOELLE
rois abdominales ; d) pins bas le crémaster et les muscles du périnée.
Fig. 44. — Schéma de la disposition générale des noyaux moteurs médullaires
A. Colonne grise existant d’une façon presque ininterrompue sur toute la hauteur de la moelle = nucléus medialis : innerve les muscles de la région médiane du tronc : courts rotateurs de la tête, diaphragme, masse sacro-lombaire, releveur de l’anus.
B. Colonne grise existant d’une façon presque ininterrompue sur toute la hauteur de la moelle = noyau de la colonne latérale : innerve les muscles de la région latérale du tronc = sterno-cléidomastoïdien, trapèze, grand dorsal, muscle des parois abdominales, périnée et crémaster.
C. Noyau antérieur n’existant qu’au niveau des renflements = muscles des membres.
Remarque. Chacun de ces noyaux se subdivise en noyaux secondaires.
En résumé le noyau latéral innerve les muscles latéraux du tronc.
■>" Le noyau médian çt le noyau latéral existent dans toute l’étendue de la colonne. Entre eux vient prendre place seulement au niveau des renflements dorsal et lombaire, le noyau antérieur (C) destine aux muscles des membres.
En résumé comme formule générale (1) d’après Sano :
(!) Cette formule générale n’est vraie qu’en partie, cllo est certainement trop schématique, et Sano lui-mêmo s’on est légèrement
DIAGNOSTIC DES LESIONS EN FOYER
a) Muscles médians du tronc (courts rotateurs de la tôle, diaphragme, releveur de l’anus, certains muscles du périnée) = colonne du noyau médian.
b) Muscles latéraux du tronc (trapèze, grand dorsal, muscles abdominaux, certains muscles du périnée) = colonne du noyau latéral.
c) Muscles des membres = noyau antérieur intermédiaire aux deux précédents au niveau des renflements.
B. Localisations particulières :
1° Nerf phrénique = noyau étendu du 4e segment cervical à la moitié inférieure du (D segment cervical (Marinesco) (1) — du 3e segment à la partie moyenne du 6e (Sano) (2).
2° Musculo-cutané = noyau vers le 6e segment cervical (Marinesco) (3), quelques cellules au niveau des 5e et 7e segments.
3° Radial = noyau vers le 7e et 8e segment cervical (Marinesco).
4° Cubital et médian = même niveau et en arrière du précédent (4).
5° Muscles de la jambe = noyau étendu de Lv à S111 (V. Gehuchlen et Nells) (5).
6° Muscles du pied = noyau étendu à S11 et S111 (V. Gehuchten et Nells) ; Lv et St (Cestan) (6).
écarté. Elle est cependant utile à retenir comme disposition très générale.
Dans chacun des noyaux Sano a ensuite établi des localisations multiples (voy . Congrès de Bruxelles, fasc. 2, p. 35). Elles ne sont pas assez solidement établies pour que nous les donnions.
(1) Marinesco, Soc. mèd. des IIùp., 10 déc 1898.
(2) Fritz Sano, Journal mèd. de Bruxelles, 1898, n° 42, p. 501.
(3) Marinesco, Revue neurologique, 1898, p. 463.
(4) A remarquer que radial, cubital et médian (avant-bras) correspondent au même segment médullaire =en faveur de la métam érie motrice.
(5) V. Gehuchten et de Duck, Journ. de neur. de Bruxelles, 5 mars 1898 et Revue neurol , 1898, p. 510; — V. Gehuchten et Nells, Revue de neur., p. 301 .
(0) Cestan, Soc. anatomique, 2 déc. 1898.
LA MOELLE
B. Dans la région centrale et postérieure.
Nous sommes encore beaucoup moins avancés pour les localisations.
Nous savons seulement que les symptômes (troubles trophiq ues et troubles de la sensibilité) affectent une disposition métamérique, sur le tronc et les membres = gant, bracelet, ceinture... plus ou moins haut suivant la localisation mais sans qu’il soit possible de fixer celle-ci d’une façon précise.
Curcio (1) extirpant le fémur et l’humérus a trouvé au bout de 3 semaines un noyau en chromatolyse. au voisinage du canal central, s’étendant du côté du tractus intermédio-laleralis.
D. Syndrome polio-leucomyélique
Lorsque la lésion s’étend de l’axe gris aux faisceaux blancs, aux symptômes poliomyéliques viennent s’ajouter des symptômes ieucomyéliques. Ces derniers sont assez variables, mais peuvent cependant se ramener à deux types.
1° Symptômes poliomyéliques, combinés à des phénomènes de paraplégie spasmodique du côté des membres inférieurs.
C’est ainsi par exemple qu’une lésion de l’axe gris du renflement brachial, déterminant de l’atrophie musculaire des muscles de la main et de la région antibrachiale antérieure, des troubles de la sensibilité en manchettes en gant, des troubles trophiques, etc., etc., pourra s’accompagner du côté des membres inférieurs, de faiblesse musculaire, de raideurs avec exagération des réflexes et trépidation épileptoïde.
(1) Curcio, Ann. (U Medic. nav., au. IV, l'asc. XI, p. 1058-1090.
DIAGNOSTIC DES LÉSIONS EN FOYER
La lésion s’étend alors latéralement du côté des faisceaux pyramidaux (assez souvent réalisé par la syringomyélie).
2° Symptômes polio myéliques combinés à des douleurs fulgurantes, des troubles objectifs de la : sensibilité, de l abolition des réflexes, quelquefois même de l'incoordination tabétique.
L est alors que la lésion s’étend du côté des cordons postérieurs (quelquefois réalisé par la syringomyélie).