C. — Neurasthénies acquises
Nous désignons sous ce nom les cas où le syndrome neurasthénique a d’abord été symptomatique, mais a survécu à la cause, continuant à évoluer pour son propre compte, même après la disparition de celle-ci.
Le diagnostic est alors très difficile et ne peut se baser que sur les commémoratifs et aussi un peu sur les caractères des symptômes.
1° La névrose traumatique apparaît quelques semaines après un violent accident, elle affecte le plus souvent le type myélasthéniqu'e. Très souvent elle est presque uniquement constituée par une paraplégie d’apparence spasmodique avec tremblement des membres inférieurs, exagération des réflexes tendineux et trépidation épileptoïde, ou plutôt pseudo-rétlexes tendineux, et pseudo-trépidation épileptoïde (Voy. p. 210 et 215). Un grand nombre de ces malades sont considérés comme atteints d’une lésion organique de la colonne ou de la moelle; ils sont jugés incurables, et le deviennent bientôt en effet, alors qu’un traitement précoce
bien dirigé pourrait les rendre a la vie active.
2° Les neurasthénies toxiques ou dues à une fusion organique sont le plus souvent des neurasthénies viscérales.
3» Les neurasthénies d'origine émotive sont le plus sou-
vent des cérébr asthénies.
Parmi ces neurasthénies d’origine émotive, la névrose d’angoisse tient une place à part. Elle se caractérise par une angoisse extrême indéfinissable, avec crainte de mort prochaine, de folie, de paralysie. Cette angoisse accompagne soit une idée obsédante, soit le plus souvent un ctat
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émotif dépressif : a ) émotion de la peur : phobies les plus diverses ; b) émotion de l’attente anxieuse avec palpitations de cœur, constriction précoi diale, spasmes du pharynx et de l’œsophage; c) émotion de la jalousie, avec représentation de scènes érotiques pénibles, etc.
11 n’est pas prouvé qu’il faille avec Freud lui attribuer une origine toujours sexuelle.
Traitement de la neurasthénie.
La prophylaxie de la neurasthénie a beaucoup de points communs avec la prophylaxie de l’hystérie parce que l’étiologie en est presque la même. Toutes deux ont pour caractéristique, un défaut d’ adaptation du système nerveux au milieu.
Le système nerveux de l’hystérique succombe presque d’emblée, c’est un esclave soumis au milieu. Le système nerveux des neurasthéniques est en rébellion constante, de sa lutte asœc le milieu résulte un épuisement des forces. L’hystérique se fait une adaptation pathologique, par suppression de certaines fonctions, par restriction de son champ d’activité (1). Le neurasthénique reste sur la brèche, s’épuise dans la lutte : la lutte se traduit dans la conscience par une foule de symptômes subjectifs ; l’épuisement se traduit objectivement par une asthénie de toutes lesfonctions. Le système nerveux de l’hystérique peut être comparé a un réservoir qui a une fuite et se rétrécit pour conserver le même niveau, le même tonus: le système nerveux du neurasthénique a un réservoir dont le niveau baisse, la caractéristique physiologique du neurasthénique c’est l’hypotonus.
(1) Dont le rétrécissement du champ do la conscience n’csl qu’un symptôme.
Nous ne reviendrons pas sur les causes de la neurasthénie : il faut évidemment commencer par les supprimer toutes.
L’éducation de l'enfant et de l’adolescent a une importance plus grande encore pour le candidat neurasthénique que pour l’hystérie. Le choix d’une carrière est capital : il faut que le sujet se trouve dans un milieu auquel l’adaptation ne soit pas trop difficile.
Il n’ y a pas de traitement médicamenteux de la neurasthénie : les médicaments ne peuvent s’adresser qu’aux symptômes .
Les bromures, trop souvent prodigués, ne s’adressent qu’à certains symptômes résultant de l’hyperexcitabilité du système nerveux : palpitations du cœur très souvent soulagées par le bromure de potassium ; tremblement avec exagération des réflexes ; constriction pharyngée et œsophagienne ; insomnies par idées obsédantes avec angoisses.
Les préparations de valériane (sirop, extrait, infusion ; valérianale d’ammoniaque, de zinc, pilules de Meglin) ont les mômes indications, et de plus paraissent atténuer le retentissement pénible de toutes les fonctions organiques dans la conscience.
S’inspirant decetteidée que la caractéristique physiologiquede la neurasthénie, c’est l’hypotonus, on essaiera de relever celui-ci.
Dans les cas où il y a un certain degré d’anémie, le fer sera très utile, il faudra combattre son action constipante. Le manganèse, et spécialement le bioxyde de manganèse, pourra avantageusement remplacer le fer, dont il n’a pas les inconvénients. Le bioxyde de manganèse paraît en particulier avoir une très heureuse influence sur le vertige neurasthénique. S’abstenir avec soin de toutes les préparations dites toniques.
Le tonus nerveux a surtout son origine dans les excitations sensitives périphériques ; en agissant sur celles-ci
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le massage a souvent une très heureuse influence ; l’électrisation statique ou faradique agit de même.
L’hydrothérapie doit être maniée avec prudence : le neurasthénique supporte souvent très mal la douche froide , la douche tiède a une heureuse influence sur les algies périphériques. D’une façon générale ce qui -est le mieux supporté c’est la douche écossaise : douche tiède suivie d’un seul jet froid ; ou à son défaut l’enveloppement dans un drap mouillé : tremper un drap dans l’eau froide, l’exprimer fortement; envelopper le sujet des pieds à la tête, puis le rouler dans une épaisse couverture de laine, le laisser étendu jusqu’à ce qu’il sente une douce chaleur avec sensation de bien-être.
Dans le but de déterminer une excitation des extrémités nerveuses sensitives, Cheron et Maurice de Fleury injectent 4 ou 5 cc. du sérum suivant:
Phosphate de soude Sulfate de soude. .
Chlorure de sodium Ac. phénique neigeux Eau distillée .
Le meilleur moyen de ramener le tonus nerveux à son taux normal, c’est d’abord de supprimer les pertes par un repos aussi absolu que possible et d’augmenter les l’ecettes en activant la nutrition par la sur alimentât ion.
Pour que le repos soit aussi absolu que possible il faut sortir le malade du milieu dans lequel il a fait sa neurasthénie, Y isoler.
Le repos, la suralimentation et V isolement sont la base du traitement dit de Weir Mitchell. Le repos est évidemment, proportionné au degré de neurasthénie; on peut permettre au malade tout ce qui ne détermine aucune sensation de fatigue. La suralimentation est souvent très difficile à réaliser, à cause des troubles digestifs ; il ne suffit
aa 1 gr.
100 gr.
pas que le sujet mange, il faut qu’il digère, absorbe, assimile . la bascule est un très bon guide. L 'isolement est très important dans tous les cas où le milieu moral, l’action de 1 entourage, des soucis, des préoccupations... ont eu une action causale prépondérante. Il faut changer le milieu, pour permettre au système nerveux de s'adapter à un milieu plus clément, et progressivement à toutes circonstances. C est là d ailleurs la partie du traitement, de beaucoup la plus difficile à réaliser.