II. — Augmentation du tonus musculaire
Tant qu’elle ne dépasse pas les limites physiologiques, elle se caractérise simplement par des modifications inverses des précédentes : reliefs musculaires bien dessinés, altitudes fermes, muscles durs et élastiques à la palpation, mouvements passifs limités dans leurs excursions.
Si l’augmentation du tonus se localise dans certains muscles, elle produit des attitudes pathologiques dont le mécanisme est inverse de celui des paralysies. A l’aide des notions de physiologie musculaire exposées plus haut, il est toujours facile de dire quel est le muscle contracturé.
Il faut distinguer de la contracture :
1° Les rétractions musculaires et tendineuses , immobilisant aussi les membres dans des attitudes pathologiques. Mais ces attitudes sont fixées plus solidement : si on essaie de les mobiliser, on éprouve une résistance sans élasticité. Tandis que dans la contracture les segments semblent immobilisés les uns sur les autres par un lien solide mais élastique, dans la rétraction le lien ne se laisse pas distendre, les mouvements sont quelquefois possibles dans certaines limites, au delà de ces limites le mouvement est brusquement et complètement arrêté.
Dans les cas douteux on aura recours à l’anesthésie générale, qui fait disparaître la contracture, sans modifier aucunement les rétractions ; de même l’application d’une bande
TONUS MUSCULAIRE SS
d’ Es march fait cesser les contractures au bout de 5 à 10 minutes (Brissaud).
-I Dans la maladie de Parkinson il y a une rigidité musculaire, qui tientsans doute à une augmentation du tonus, comme la contracture, mais qui se distingue nettement de celle-ci pai les caractères suivants: si on mobilise les membres d un parkinsonnien on triomphe aisément de la rigidité musculaire ; cette mobilisation, si elle est répétée pendant quelques secondes, fait disparaître la rigidité pour quelque temps.
3° Dans la maladie de Thomsen il y a aussi augmentation du tonus musculaire, mais celle-ci atteint son summum au début des mouvements volontaires dure quelques secondes, puis disparaît.
III. — Signification générale des modifications du tonus musculaire
Le tonus musculaire, avons-nous dit, est le résultat d’une élasticité active qui est elle-même sous la dépendance directe du nerf moteur. Le tonus musculaire traduit le tonus du nerf moteur.
Le tonus du nerf moteur est sans cesse, soit excité, soit inhibé par les impressions périphériques, par les centres supérieurs, par le cerveau, par le cervelet.
Nous examinerons successivement l’influence qu’exercent sur le tonus musculaire :
1° Lésions portant sur l’axe réflexe sensitivo-moteur ;
2' Lésions portant au-dessus de celui-ci dans la moelle;
3° Lésions cérébrales ;
i° Lésions cérébelleuses.
I 1 Lésions portant sur l’arc réflexe sensitivo-moteur .
a) Toutes les lésions qui portent sur le neurone moteur périphérique déterminent de l’hypotonus en même temps que de la paralysie (1).
fl) Certaines lésions irritatives portant sur 1
es nerfs périptiéri-
b) Les lésions qui portent sur le neurone sensitif périphérique provoquent habituellement de l’hypotonus. Ainsi la section des racines postérieures détermine toujours de l’hvpolonus, quelquefois de la paralysie (par atonie). Cependant les lésions irritatives peuventprovoquerde l’hypertonus: par exemple les lésions articulaires s’accompagnent assez souvent de contractures, de môme aussi certaines névrites périphériques, les névrites alcooliques, absinthiques surtout.
2 0 Lésions portant au-dessus de l’arc réflexe scnsitivomoteur, sur la moelle.
La question est ici très discutée, ainsi pour ne prendre que le cas le plus simple, le plus schématique, celui de la section complète de la moelle, nous nous trouvons en présence de deux opinions diamétralement opposées.
Pour les uns (Bruns, Bastian, V. Gehuchlen,etc.), celte section de la moelle détermine de la paraplégie flasque; pour les autres au contraire delà paraplégie spasmodique (Charcot, Marie, Mya et Levi, Brissaud, etc.).
Môme incertitude en ce qui regarde les lésions incomplètes transversales de la moelle. Elles peuvent donner soit de la paraplégie flasque (lorsqu’elles sont récentes), soit de la paraplégie spasmodique (surtout quand elles sont anciennes).
Pratiquement (1) la question se pose ainsi: un malade est atteint de paralysie par lésion transverse de la moelle (mal de Polt, fracture de la colonne, etc...), quelles conclusions devons-nous tirer de la constatation soit de la flaccidi Lé, soit de l’état spasmodique.
qucs peuvent cependant donner des contractures ; pour les nerfs mixtes le fait n’est pas embarrassant, on peut invoquer f excitation des filets centripètes, et l'action réflexe. Pour les nerfs exclusivement moteurs, le facial par exemple, cette explication est moins satisfaisante. Il est néanmoins difficile d’admettre qu’un cylindre axecentnfUge puisse être excité d’une façon permanente de façon à produire une contraction permanente.
(1) Pour la discussion théorique, voy. pages 51 et 5:2.
TONUS MUSCULAIRE
A. La paralysie est flasque. — Si la lésion esl Irès récente, il n’y a pas de conclusion à tirer de cette llaccidité, car elle peut se voir aussi bien avec une simple compression qu’avec une section complète.
Si la lésion est ancienne, lesopinions sont Irès partagées: pour les uns (Bastian, Bruns, V. Gehuekten) c’est le signe que toutesles connexions sont supprimées avec les centres supérieurs, que la moelle est sectionnée ; pour Brissaud, c’est que les lésions s’étendent plus bas sur l’arc réflexe ; pour d'autres enfin ce serait l’indice qu’il y a seulement compression de la moelle, sans section, ni dégénérescence du FPy.
B. Laparalysie est spasmodique. — C’est lecas de beaucouple plus fréquent, et l’état spasmodique indique simplement l’intégrité de l’arc réOexesensitivo-moteur. Pour quelques-uns cela indiquerait de plus queloutes les connexions ne sont pas supprimées avec les centres supérieurs.
3° Lésions cérébrales .
A. — Lésions récentes : a) destructives. Elles provoquent de laparalysie fiasque avec kypotonus (ramollissement, hémorrhagies, etc.); b) irritantes. Elles peuvent provoquer des contractures (lésions méningées, hémorrhagies méningées, inondation ventriculaire, etc...).
B. — Lésions anciennes. — Lorsqu’elles ont déterminé de la sclérose descendante du faisceau pyramidal, elles provoquent toujours de l’hypertonus, des contractures.
4° Lésions cérébelleuses.
Provoquent presque toujours de l’hypotonie mais avec exagération des réflexes et trépidation épileptoïde, sauf dans les cas de tumeur, où il y a habituellement de l’abolition des réflexes.
En résumé :
I" La flaccidité d’une paralysie ne comporte pas d'indications absolues : elle peut se voir avec des lésions périphériques, des lésions médullaires, des lésions cérébrales.
Dans les lésions périphériques, elle esl habituelle.
Dans les lésions médullaires, la flaccidité signifie soit que la lésion est récente (absence de dégénérescence du FPy) ; soit que la section est complète (pour Bruns, Rastian, V. Gehuchlen, Marinesco) ; soit enfin qu’elle s’accompagne de lésions de l’arc réflexe (Brissaud).
Dans les lésions cérébrales, la flaccidité indique qu’il n’y a pas de dégénérescence descendante du FPy.
-n L hyperlonus, la contracture ne comporte pas non plus d’indication absolue : elle peut se voir dans les lésions périphériques, dans les lésions médullaires, dans les lésions cérébrales, dans les lésions cérébelleuses.
Dans les lésions périphériques, elle est très rare et se trouve dans des cas assez particuliers (excitation du neurone sensitif périphérique : strychnine, arthropathies, névrites absinthiques).
Dans les lésions médullaires, la paraplégie spasmodique est très fréquente.
Dans les lésions cérébrales, la contracture est l’indice soit d’une lésion irritante (méningite, hémorrhagies méningées, inondation ventriculaire, etc ..), soit d’une dégénérescence du FPy.
Dans les lésions cérébelleuses, l’exagération des réflexes et la trépidation sont habituelles, sauf dans les tumeurs où il y a souvent de l’hypotonus avec abolition des réflexes.