OBSERVATION XXX
Dyspepsie ; tumeur, par Leur, in Deutches Archiv für Klinische Medicin, 90 mars 1883.
G.R... 36 ans, économe. — A 18 ans, sensation de brülure, d'oppression, nausées, vomissements. Ces symptômes se répètent par crises à de longs intervalles, et dans les dernières années, sont devenus plus fréquents et plus opiniàtres. Depuis deux mois, le malade, indépendamment des troubles stomacaux ci-dessus, a des rejets fétides et des vomissements dans lesquels se trouve piusieurs fois un peu de sang coagulé. En même temps, il y a une sensalion de plénitude à l’épigastre et de douleur en un point circonscrit de l'estomac. L’amaigrissement et l'abattement sont très-prononcés. — A la palpation, on trouve une tumeur dure, petite, de la grosseur d’une noix, bosselée, douloureuse à la pression; l'estomac est dilaté jusqu'à 3 et 4 travers de doigt au dessous de l’ombilic. Le pouvoir digestif est très diminué, comme le lavage le montre. Chaque fois on trouve dans le liquide une quantité considérable d'acide libre. — La tumeur est facile à sentir à tous les moments de la digestion,
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paraît très peu mobile, n’est pas plus douloureuse à un moment qu’à un autre. On songe à l’excision de la tumeur, et le malade, après 8 jours de séjour à la clinique, sort pour mettre [ordre à ses affaires, et revient, cinq jours après, se soumettre à l'opération.
La nutrition et l’état des forces ont encore empiré, et les troubles stomacaux n'ont pas diminué. Mais maintenant, sous l'influence du chloroforme, dans le but de l'examen plus complet el au besoin de permettre l'opération, on ne trouve absolument rien à la palpation. L'opération en est restée là.
Grâce au laitage et au régime, l’état du malade va en s’amé liorant depuis un mois. — L’issue de ce cas nous échappe. Je dois dire seulement que ce malade est encore vivant. Il souffre encore de sa dilatation, et pourtant il se trouve bien mieux. Il se présente de temps en temps au médecin, et sa tumeur n’a jamais reparu.
« Je pourrais, dit plus loin le professeur Leube, produire encore au moins 5 cas semblables tirés de ma pratique, dans lesquels les tumeurs, montrant tous les caractères du cancer, et coïncidant avec un amaigrissement considérable du malade, ont disparu dans le cours du traitement. Quant à la nature de la tumeur, je n'ai pas pu la vérifier plus dans ces cas que dans le premier. »
Rommelaëre (Diagnostic du cancer, Obs. XXXIX), rapporte l’histoire d’un homme, atteint de douleurs vives et de vomissements mélaniques abondants, chez lequel existait un empâtement des plus manifestes au niveau de la région pylorique. Sous l'influence d'un traitement approprié, les souffrances ont disparu, ainsi que l'empätement.
Dans la leçon de Trousseau sur la gastrite chronique (1), nous trouvons également une intéressante observation. Le malade avait des vomissements noirs, une induration à l’épigastre, il était cachectique. Le diagnostic fut : carcinome de l'estomac. — A l'ouverture du cadavre, pas de trace de
(1) Cliniques de Trousseau, II, p. 75.
Cie DA tumeur, mais la membrane musculeuse hypertrophiée. — Il n'y avait pas autre chose que de la gastrite chronique avec épaississement des parois.
Mais cet épaisissement donne souvent lieu à des tumeurs pouvant induire en erreur, ainsi que le prouve le savant Mémoire de MM. Hanot et Gombault, sur la Gastrite chronique avec sclérose sous-muqueuse hypertrophique et rélropéritonite calleuse (1). D'après les auteurs de ce travail, cette lésion a été bien étudiée par Andral, Bricheteau, Cruveilher; puis par Hughes Bennett, Handfield Jones et Habersohn. Brinton lui donne le nom de linitis. Wilson Fox (in encyclopédie de Reynolds) dit que c’est une maladie rare à symptomatologie confuse. Leube en fait un cas particulier de la gastrite chronique; ce qui est l'opinion de Jaccoud, ainsi que de Niemeyer et Damaschino.
Quoiqu'il en soit de la nature de cette affection, elle fait errer le diagnostic. C'est ce en quoi elle doit nous arrêter.
Il en existe 3 observations dans les Transactions de la Société pathologique. Nous n'en citerons qu’une, que nous ferons suivre de l'observation si intéressante de MM. Hanot et Gombault.
OBSERVATION XXXI (Résumée.)
Path. Soc. méd. Trans, t. IV, D' Hare, empruntée au Mémoire de MM. Hanor et GomBAULT.
Femme, 33 ans. Douleurs et vomissements depuis 4 ou 5 ans, quelquefois noirs. Tumeur mobile, localisée à la région splénique, qui fait diagnostiquer un cancer de la rate; il existe aussi une petite tumeur, d'un pouce el demi d'épaisseur, au niveau de l'ombilic.
Autopsie. — La tumeur est formée par l'estomac épaissi et diminué de volume ; les parois ont 8/4 de pouce à 1 pouce 1/2;
(1) Archives de Physiologie, 1882, p. 412 et suiv.
la cavité semble ne pouvoir contenir que 4 à 5 onces de liquide. L'examen histologique montre qu'il n'a pas de cancer.
OBSERVATION XXXII (Résumée.) Arch. Physiologie, 1882, par HanorT et GOMBAULT.
Dubasque, 45 ans, entré à l'hôpital des Tournelles en fé vrier 1881. Cachexie profonde, membres inférieurs œdématisé ; a rendu une fois du sang noir, en caillots ; se plaint de lourdeur à l'estomac; ascite ; mort.
Autopsie. — Estomac : capacité diminuée, parois épaissies (1 cent. 1/2 vers l’orifice pylorique) ; rétrécissement de cet orifice. Dans le voisinage de la région malade, ganglions lymphatiques de petit volume, gris, fibreux, sans production cancéreuse. Au pourtour du pylore, le péritoine est le siège de brides et de granulations traduisant l'existence d’une péritonite chronique, mais elles sont formées uniquement par du tissu conjonctif adulte, etc.
Nous croyons inutile de multiplier les observations. Nous avons suffisamment montré que la tumeur peut n'être pas perçue, qu'elle peut appartenir à des lésions de l'estomac autres que le cancer, ainsi qu'à des organes voisins. Voilà donc encore un symptôme bien variable.
Il est certain que, dans bien des cas, son existence pourra assurer le diagnostic, et avec raison, car c'est un des meilleurs signes ; mais il peut induire en erreur, et nous nous sommes imposé pour mission de le constater.
IT. — Acite. — ŒEdème. — Nous dirons peu de mots de ces deux signes. Ils n’ont d'ailleurs jamais été considérés comme ayant beaucoup de valeur dans le diagnostic du cancer de l'estomac.
Qu'ils soient produits par un obstacle à la circulation de la veine porte, ou par altération du sang (cachexie), ils n'apportent que des renseignements très imparfaits. Et il n’est
pas besoin de dire qu'on les trouve aussi dans tous les états de l'estomac ayant amené la cachexie, —dyspepsie, dilatation ou autres. Il suffit de lire nos observations pour s'en con- | vaincre. Si l'on veut un plus grand nombre d'exemples, il n'y à qu’à parcourir les Bulletins de la Société Anatomique, on y trouvera des cas d’æœdème dans l’ulcère (année 1877, p. 321; observation de Maygrier), dans les tumeurs du foie, (année 1873, pages 168, 303 et 328), etc., etc.
IV. — Enfin, dans cet effondrement général des symptômes, un dernier signe restait encore debout, — unique
vestige, et consolation suprême du clinicien au désespoir — je veux parler de la Phlegmatia alba dolens, dont le grand Trousseau, avait dit : « Lorsque vous êtes embarrassés sur la nature d'une maladie de l'estomac et que vous hésitez entre une gastrite chronique, un ulcère simple et un carcinome, une phlegmatia alba dolens, survenant à la jambe ou au bras, fera cesser votre indécision, et il vous sera permis de vous prononcer définitivement pour l'existence d’un cancer de l'estomac... Telle est pour moi la valeur séméiotique de la phlegmatia dans la cachexie cancéreuse en général, que je fais de cette phlegmatia un signe aussi certain de la diathèse cancéreuse, que le sont, de cette même diathèse, les épanchements sanguinolents dans les cavités séreuses. » — Et il en était mort, apportant ainsi une preuve à l'appui de sa théorie.
Mais si ce douloureux événement a pu venir corroborer l'opinion du Maitre, et entrainer à sa suite la conviction de toute une génération médicale, nous devons, en présence de fait récents, rayer d'une façon absolue le mot « certitude » de la célèbre phrase de Trousseau.
En étudiant la pathogénie de la phlegmatia, il est facile de comprendre que tous les états dyscrasiques entraînant la cachexie, prédisposent aux thromboses veineuses, auxquelles
mr ve ont été donnés des noms bien divers : {hrombose de marasme (Virchow), thrombose d'épuisement (Wagner) (hromboses par inopexie (Vogel). Et, comme le dit très bien Dujardin- Beaumetz (loc. cit.) tous les troubles de la nutrition, quelle que soit leur origine, peuvent développer un état inopexique du sang favorisant la production spontanée de caillots, et, à ce titre, les gastrites chroniques, ulcéreuses ou non, s’accompagnant de dilatation de l'estomac, peuvent déterminer de Ja phlegmatia alba dolens au même titre que le cancer. »
D'autre part, les faits sont venus donner raison à la théorie, et démontrer que la phlegmatia peut se rencontrer dans la dilatation. Le professeur Bouchard, dans un Mémoire lu à la Société Médicale des Hôpitaux (séance du 13 juin 1884) (1), dit qu'il faut opposer à Ja phlébite du cancer, la phlebite de la dilatation de l’estomac, et il se base sur » observations de phlébite spontanée à l'un des membres inférieurs, « dans des cas où la dilatation ne s’accompagnait ni de cancer, ni de phtisie, ni d'aucune maladie cachectique propice aux cCoagulations, sauf chez un malade atteint de fièvre typhoïde. »
Cette opinion nous semble trancher le débat d’une façon définitive. |