‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 2 sur 47 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Voici un malade qui se présente à vous dans les conditions suivantes :

Il est amaigri, profondément débilité, son visage offre une teinte jaune paille, il raconte que, depuis plusieurs années, ses digestions sont devenues difficiles, puis douloureuses, il a eu des nausées, des vomissements d’abord glaireux et alimentaires ; depuis un certain temps, il vomit des matières

temps, apparaissait à la région épigastrique une tumeur que le palper vous fait reconnaître. Il a de la diarrhée, il pourrait avoir de la constipation. Enfin il à une anorexie absolue, et vous constatez un état général profondément cachectique. Pour tout clinicien, ce malade est atteint d’un cancer de l'estomac. Toutes les probabilités sont en faveur de ce diagnostic. Mais il n'y a encore que probabilité, et non pas certitude. Même dans ce cas type, l'hésitation doit servir de règle de conduite, car elle est le résultat de l'expérience. En effet, une thérapeutique intelligente et surtout l'anatomie pathologique, — cette fidèle dépositaire des mystères du diagnostic post mortem, — nous ont révelé tant de surprises, que les plus belles apparences de tumeur sont elles-mêmes

trompeuses.

noires et ses selles ont revêtu la même couleur. En même

vx à

Lee

Avec ce diagnostic. ce malade n’a que deux alternatives : ou il va mourir, ou bien, grâce à la thérapeutique, son état va s'améliorer, ce qui est prouvé par de nombreuses observations, il peut même guérir.

S'il meurt, et que vous fassiez l’autopsie, il vous arrivera de trouver un cancer de l'estomac, ét d'avoir la satisfaction de constater l'exactitude de votre diagnostic, chose rare. Mais vous ne trouvez pas de tumeur : l'estomac est considérablement dilaté, ou bien ses parois sont épaissies, présentant ce que Brinton a appelé le /inetis, ce que Hanot et Gombault ont nommé la sclérose sous-muqueuse hypertrophique, — ou encore, vous trouvez des ulcérations de la muqueuse, ou enfin des tumeurs d'organes voisins, tandis que l'estomac sera absolument sain. — Et cela ne laisse pas que de vous surprendre. Voilà en effet un certain nombre de maladies qui ont offert, pendant la vie, les mêmes symptômes produits par des causes bien différentes.

S’il ne meurt pas, et que les graves accidents qu'il pré-

#sentait, s'amendent à la suite d'un traitement approprié, cette demi-guérison doit vous faire abandonner l'idée de cancer. Mais qu'avait-il donc ? Cet éternel point d'interrogation montre dans quels abimes de doute l'esprit du clinicien se promène.

En troisième lieu, un malade meurt pour une raison ou pour une autre, — il yen a tant; à l’autopsie, vous découvrez un cancer de l'estomac. La surprise se peint sur votre visage et voilà une ‘observation de plus ajoutée à la liste déjà longue des cancers latents. Mais le diagnostic n’en devient pas plus clair.

On pourrait donc cliniquement faire deux divisions symptomatologiques ; les cancers probables, et les cancers latents. — Le diagnostic des seconds ne pouvant pas être fait, nous ne nous en occuperons pas, nous contentant de rapporter quelques observations destinées à montrer la bizarrerie des formes sous lesquelles ils peuvent se montrer.

eo.

Quant aux cancers probables, leur diagnostic est encore entouré des plus grandes difficultés, et les erreurs -sont aujourd'hui légion, car, à chaque pas, l'on se heurte contre ce que notre maitre, M. Dujardin-Beaumetz, a si heureusement appelé du nom de faux cancers. Depuis déjà longtemps, l'inconstance de leurs signes a jeté le désarroi dans la clinique, et l'expérience a appris que les symptômes, sur lesquels Cruveilhier avait fondé le diagnostic différentiel entre le cancer et l’ulcère de l'estomac, — en particulier, l'hématémère, la tumeur et la cachexie, ne méritaient plus la même confiance.

Sans parler des autres signes, chacun de ceux qui composent cette trinité a été fortement battu en brêche, et ils sont maintenant retombés dans le domainé des symptômes qui demandent un placement définitif.

C'est que chacun d’eux, comme nous le montrerons par nos observations, se retrouve dans les autres maladies de l'estomac, et même dans les affections étrangères à cet organe.

En présence de ces difficultés, des médecins se sont adressés à des moyens autres que les moyens cliniques ordinaires. Les uns ont étudié les modifications du suc gastrique ; ce sont en particulier Leube et les Allemands.

D'autres, à la tête desquels se trouve Rommelaëre (de Bruxelles), qui en a eu le premier l'idée, ont fait une étude approfondie des déchets de la nutrition donnant la diminution de l’urée comme signe de diagnostic. Il est enfin des procédés par l'examen du sang, par l'alimentation, etc., qui mériteront aussi de nous arrêter.

Nos recherches sur la symptomatologie du cancer de l'estomac vont donc porter sur trois points différents :

1° Les symptômes tirés de l'examen clinique ;

2 Les symptomes tirés de l'examen des déchets de la nutrition ;

& A 3° Les symptômes tirés de l'examen des propriétés physiologiques du suc gastrique ;

D'où trois chapitres. Dans le premier, nous étudierons les symptômes fonctionnels et physiques. Dans le second, après avoir exposé la théorie de Rommelaëre, nous donnerons nos. expériences personnelles, et les opinions actuelles sur l'origine de l'urée. Dans le troisième, nous exposerons les recherches faites en Allemagne sur les modifications du suc gastrique, — que nous ferons suivre de procédés nouveaux d'extraction et le dosage du suc gastrique.

— Nous essaierons, à la fin de chaque chapitre, de tirer de tout cela des déductions cliniques. — Enfin, un quatrième chapitre, traitera de la pathogénie du cancer en général. ,

La deuxième partie de ce travail comprendra le traitement médicalet chirurgical du cancer de l'estomac; lavage, suralimentation, etc., — résection et gastrostomie.

DE

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